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contrechamp / ACTUALITÉS

Marché, régulation et spéculation

Sur le site maghrebemergent, un expert et un professeur en agronomie viennent de croiser le fer sur le thème de la spéculation.  
Pour Aïssa Mansour, expert agronome, la spéculation est, au plan économique, antinomique de l’idée de régulation, en ce qu’elle favorise la formation de monopoles et constitue une activité illicite qui bat en brèche la réglementation organisant la régulation du commerce.
Cette position contredit le point de vue de Slimane Bedrani, professeur d’agronomie, dont la thèse est que la spéculation, en organisant la répartition de l’offre dans le temps, constitue un élément de régulation, d’adaptation de l’offre et de la demande. Sans la spéculation, les variations de prix connaîtraient donc de plus grandes amplitudes.
Aïssa Mansour se réfère à un contexte commercial, voire de simple “distribution”, où la régulation est l’affaire de la réglementation. Dans ce contexte, le commerçant, au lieu de jouer avec les paramètres du marché, serait un “exécutant” vertueux et légaliste des procédures d’achat, de stockage et de mise en vente que l’État lui confectionne. Dans cette approche “morale” de l’activité commerciale, la spéculation est un acte de détournement des productions agricoles opéré par des spéculateurs qui, en choisissant le moment de les proposer, déplument les ménages. Il ne va pas jusqu’à suggérer un retour à l’Ofla, à la Capcs, au Souk el- fellah et aux barrages de gendarmerie aux limites interwilayas pour remédier à cet état d’anarchie de l’économie agricole.
Son contradicteur, le Pr Bedrani, se place en contexte franc d’économie de marché. Celle-ci est animée par des acteurs “rationnels”, producteurs, commerçants, travailleurs (et consommateurs) qui optimisent leurs intérêts respectifs. L’État oriente la filière de production-commercialisation à travers un système de normes et un système fiscal en fonction d’objectifs sociaux et économiques. C’est cela la part de régulation qui incombe à l’État. Mais l’essentiel de la régulation est l’effet de lois naturelles, dont l’inclination “rationnelle” de l’homo oeconomicus à la spéculation.
Dans une économie de marché, comme c’est officiellement le cas en Algérie, la notion moraliste de spéculation n’as pas de sens. Nul besoin donc de morale et de police de la spéculation si l’État jouait son rôle d’incitation et de normalisation. Mais s’il ne peut prescrire et faire respecter des normes d’hygiène, de qualité, de conditionnement, décider de l’impôt et le collecter, comment peut-il réprimer les spéculateurs- profiteurs qui, justement, échappent à son contrôle ? En situation de marché, c’est lui qui fixe les prix moyens, à terme ; les “spéculateurs” optimisent leurs gains en jouant avec la possibilité légale et légitime d’étaler leurs offres individuelles dans le temps. L’Opep, par exemple, ne fait que cela ! Et là, l’amoralité pour un des membres serait de trop offrir !
La version infamante de la notion de spéculation n’a de sens que pour qui se place en économie administrée. Chez nous, où les prix sont libres, elle sert surtout à camoufler une des manifestations de la défaillance de l’État, défaillance imposée par la fameuse collusion entre l’argent et la politique : l’incapacité de l’État à remplir sa fonction d’autorité de normalisation, d’imposition et de régulation.

M. H.


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