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contrechamp / ACTUALITÉS

Monde arabe, les Galàpagos de la dictature

Le monde dit arabe vient d’assister à la (re)naissance d’une dictature stalinienne en Égypte. Elle vient d’être confirmée et restaurée dans la forme qu’elle connaissait depuis plus d’un demi-siècle, avant de vaciller le temps d’un “printemps” révolutionnaire en 2011.
Le modèle semble s’être parfaitement acclimaté au contexte arabe et nos dirigeants ont su l’accommoder à un islam pourtant intolérant à la pensée profane. Nos dictateurs ont réussi à concevoir un canevas de pensée unique en fusionnant un militarisme de répression et un socialisme faussement dévot. Ils ont mâtiné cette doctrine d’un arabisme d’étouffement qui concilie un pan-nationalisme d’identité et un nationalisme de sujétion.
Le concept totalitaire d’État, expérimenté en Russie, en Europe de l’Est et en Asie centrale, mais disqualifié par l’histoire, continue donc à prospérer, sous de faux noms, dans la zone arabe. Et, paradoxalement, le modèle adapté par et pour les Arabes est en passe de surpasser l’original en termes de longévité ! C’est quand même dommage qu’un fonds culturel, à ce point capable d’intégrer une philosophie de l’asservissement d’État, s’avère incapable d’appréhender la pensée démocratique !
Cela nous contraint à ce choix cornélien : soit un pouvoir autocratique qui nous prive de notre libre arbitre pour mieux nous assurer le gîte, le couvert et… le salut, soit une théocratie accomplie. Mais, comme cette dernière nous est présentée comme plus contraignante, nous devrions nous estimer heureux de vivre sous des dictatures dévouées au bonheur du peuple. Et à leur bénédiction en prime. Le monde arabe compte tant de “Petits Pères des peuples” (c’est, au singulier, le doux surnom de Staline). Quelle providence donc, ce Sissi, cet “homme de fer” (autre surnom de Staline), venu sauver les Égyptiens de la dictature religieuse de Morsi ! Et pour longtemps. Très longtemps, peut-être.
Ceux qui, en Algérie, présentent le “Printemps arabe” comme un désastre, heureusement, passé sans nous aborder, n’ont peut-être pas tort. Tout au moins, disposent-ils d’un argument probant : on ne peut que se réjouir, a posteriori, de ce que le pays n’ait connu ni le désastre de la Syrie et de la Libye ni l’inutile et sanglant détour fait par l’Égypte avant de reprendre le train de la dictature militaire. On y est ; autant y rester. Même la Tunisie, qui vient de faire le plus grand pas possible vers la démocratie, ne semble pas encore tirée d’affaire.
On pourrait convenir que l’impasse historique dans laquelle le monde arabe est empêtré le condamne à cette sclérose politique. Il continuera encore à s’enfoncer dans ce processus de dépérissement qui, par endroits, est en train d’aboutir au chaos. On pourrait en convenir si l’on n’avait pas assisté à un véritable élan révolutionnaire, à l’expression d’un vrai rêve démocratique, en 2011 à Tunis, au Caire, à Tripoli, à Deraa (le “Sidi Bouzid” syrien)…
Mais un simple “printemps” ne peut pas sauver un monde arabe à ce point ankylosé ; il faudrait un big-bang pour pouvoir inverser sa vertigineuse courbe de décadence. Trop de forces ont pris goût au confort de la dictature et s’activent à la soutenir.

M. H.


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