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contrechamp / ACTUALITÉS

Monde musulman : retard politique sans frontières

Saad Hariri est rentré. En France pour le moment. Et ce n’est qu’à partir de mercredi prochain, quand il sera rentré chez lui — disons au Liban, ayant lui aussi beaucoup de “chez lui” —, qu’on en saura un peu plus sur cette étrange démission à distance.
Mais peut-être que la cocasserie de l’image d’un chef d’Exécutif déchiffrant sa lettre de démission à partir d’un pays même “frère” au sien ne vient que de cette vue de l’esprit qui fait de tout pays doté d’un gouvernement un État. Et ce serait un truisme que de rappeler que le Liban, pour être internationalement reconnu, stratégiquement positionné, largement soutenu et unanimement aimé, n’est pas un État. Il faut vite ajouter, pour être juste, que, dans le monde arabo-musulman, il n’est pas seul dans ce cas.
Un des éléments de mesure de ce sous-développement politique, c’est la prégnance du religieux dans la vie politique. Un pays, si l’on ose appeler ainsi un territoire qui n’est pas encore parvenu à la réalité d’État, ne peut tout de même se proclamer République si les repères doctrinaux et les principes de fonctionnement qui inspirent son organisation et sa gestion proviennent d’un dogme immuable et non de l’expression de la volonté délibérée de sa population.
Un autre élément d’appréciation de l’état politique d’un ensemble géo-humain consiste en la préséance des archaïsmes sociologiques sur les instances institutionnelles émanant de l’effort de modernisation nationale. Observons avec quelle efficacité le tribalisme, se manifestant sous forme de régionalisme, vide les institutions de la prérogative de pourvoir aux responsabilités.
Le troisième élément par lequel se manifeste cette survivance de la culture pré-nationale dans des sociétés prétendument modernes, c’est la place de la force physique — de la force militaire — dans le jeu politique. Dans notre monde, on court aux armes à la moindre impasse politique. Aucun régime, dans le monde arabo-musulman, même aussi structuré et aussi “électoralement démocratique” que l’Iran, ne tient sans le soutien organique de l’armée. Peut-être que la Tunisie, dans sa phase politique actuelle, échappe-t-elle à cette règle ? Et le Liban, pour des raisons de faiblesse de l’armée régulière.
Dans certaines conditions, ce sous-développement culturel peut se manifester sous-forme  d’avatars déterrant un état d’archaïsme qu’on croirait enseveli dans l’inconscient primitif. Ainsi, les Libyens, dont certains se proclament en responsabilité d’État, viennent de ressusciter la pratique du triste souvenir des… marchés aux esclaves ! Il faut dire que l’esclavage, même s’il ne tient plus ses foires, se pratique encore dans plusieurs pays musulmans, et à large échelle dans les royaumes islamiques.
Il faut ajouter à ce faisceau de signes de retard politique le fait qu’il s’agit ici de phénomènes hégémoniques. Ils ignorent la notion de frontière nationale et la transcendent donc. Malheur aux pays faibles ! L’usage politique et hégémonique de la religion, des archaïsmes socioculturels et de la force maintient les musulmans dans une arriération politique qui fait qu’ils n’ont encore ni État ni frontières politiques irrévocables.  


M. H.


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