Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

contrechamp / ACTUALITÉS

Ni République ni théocratie

Un ministre a failli instituer une interdiction de monter dans les transports pour les Noirs. Puisque c’est à leur couleur d’abord qu’on reconnaît “nos” migrants. Et il s’est trouvé un directeur de wilaya pour mettre en œuvre la directive.
Au même moment, des menaces contre les chiites courent les réseaux sociaux. Ce ciblage morbide des chiites ne peut pas être étranger au statut de secte dont le ministre des Affaires religieuses les accable.
Ce cheminement du verbe à l’acte rappelle une époque où Belaïd Abdeslam, chef de gouvernement (juillet 1992-août 1993), pointait les “laïco-assimilationnistes” à l’intention des tueurs islamistes pour se démarquer des républicains qui s’opposaient au projet obscurantiste. Dans les faits rapportés plus haut, il y a l’illustration de la relation entre les actes “isolés” d’exclusion et de violence et le discours institutionnel de l’intolérance.
Bien avant l’indépendance, la question religieuse était instrumentalisée dans la lutte pour le pouvoir qui secouait inlassablement le mouvement national. La manipulation politique de la sensiblerie religieuse a donc toujours constitué une “constante” du système. Même si le mouvement religieux n’a pas été, pour le moins qu’on puisse dire, pionnier dans la promotion de l’idée d’indépendance nationale.
Après 1962, tous les régimes succombèrent à la tentation de la bigoterie comme moyen de légitimation d’appoint. Ils étaient alors loin de se douter qu’un jour, et malgré l’institutionnalisation — et la constitutionnalisation — de “l’islam religion d’État”, ils seraient débordés sur leur côté dévot et que c’est de là que viendrait l’ouragan qui passera près de les emporter. Mais cette tornade qui a failli emporter le pays, au lieu de les convaincre du danger historique que comporte l’usage politique de la religion, les poussa à s’y agripper plus encore.
Le système est né et vit de la rente. La rente économique, d’abord, sur laquelle il est inutile de revenir ici. La rente révolutionnaire, ensuite, qui permet au sérail de revendiquer le monopole du patriotisme. Comment pouvez-vous contester la légitimité d’un pouvoir si, en même temps, lui vous somme de faire la preuve de votre nationalisme ? La rente religieuse, enfin. Voyez comme l’État redouble d’efforts quand il s’agit d’encadrer et de financer le hadj, de construire des mosquées, d’“islamiser” l’école, de pourchasser les “mangeurs de Ramadhan”, de fermer les bars…
Contestés dans leur foi et dans leur piété par le FIS et ses héritiers, les “toughat” du pouvoir, tout en défendant leur citadelle par la force, se sont lancés dans une fuite en avant éperdue des concessions cumulées aux islamistes. Pour les amadouer, croient-ils. Terrorisés par la violence intégriste, ils préfèrent partager le monopole de la religion avec ceux-là mêmes qui leur jettent l’anathème.
Aujourd’hui, les Algériens subissent une double pression visant à tuer leur conscience et à les sevrer de désir de libertés ; la pression de vigiles intégristes de toutes natures (harceleurs de quartiers, télé-prédicateurs, terroristes des réseaux sociaux, partis et associations obscurantistes…) et celle d’un pouvoir qui n’est ni celui d’une République, pour cultiver les libertés, ni celui d’un État islamique qui s’assume.


M. H. 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER