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contrechamp / ACTUALITÉS

Nos consciences sont sous surveillance

À peine le HCI installé dans sa nouvelle composition, Ghlamallah décoche sa fetwa de circonstance : “La liberté de conscience est garantie uniquement pour les religions connues.”
Connues par qui ? Comme toute matière, une religion est connue par ceux qui la pratiquent et ceux qui, sans la pratiquer, veulent l’étudier. Pourquoi alors un citoyen convaincu par une vision du monde devrait-il attendre qu’un comité de vigiles, qui n’ont peut-être pas envie de connaître son culte, l’autorise à adopter sa foi ?
Dans la Constitution, à laquelle le président du HCI se réfère implicitement, il est clairement énoncé que “la liberté de conscience et la liberté d'opinion sont inviolables” et que “la liberté d'exercice du culte est garantie dans le respect de la loi”. Or, ni le texte fondamental ni aucune loi ne dressent une quelconque liste de religions “institutionnalisées”, comme il dit.
Et puisque c’est la communauté des Ahmadis qui semble visée par cette “fetwa informelle”, délivrée au détour d’une cérémonie, pourquoi une instance chargée “d’encourager l’ijtihad, d’émettre un avis au regard des prescriptions religieuses…sur ce qui lui est soumis”, interfère-t-elle inopinément dans une affaire qui, après tout, est en justice ?
 Si des censeurs installés dans divers miradors exercent ainsi leur vigilance dogmatique sur les institutions et sur les citoyens c’est parce que le système de pouvoir, continûment tenté par l’instrumentalisation politique de l’islam, a toujours entretenu l’ambiguïté sur la place de la religion dans l’État et dans la société. Officiellement proclamée République, l’Algérie est tenue, par cet engagement, de promouvoir les attributs d’une démocratie, en particulier ceux concernant les libertés de conscience, d’opinion et d’expression. Or, le pouvoir a institué “l’islam religion d’État” dans le but d’engranger l’autorité et la légitimité “pontificales” qui, croit-il, en découleraient. Partagé entre l’attrait de l’image moderniste et contemporaine d’une façade républicaine et l’avantage alléchant d’une supervision religieuse du peuple, le pouvoir oscille continuellement entre démocratie et théocratie.
La démocratie, pour être effective, comporte, en plus du principe de respect de la volonté populaire, une condition de libertés individuelles et collectives que ne limitent que les libertés des autres citoyens. Ces limites sont tracées par la loi. Toute autre limitation constitue une entrave à ces libertés fondamentales. Or, en établissant des rapports d’alliance, un pacte de cogestion de la société (l’islam, religion d’État), le pouvoir politique introduit des bornages d’une autre nature, de nature sacrée, aux libertés fondamentales.
Après, il peut discourir sur la compatibilité de la religion et de la démocratie. Cela ne changera rien à la nature hybride de l’État. Il n’est pas une démocratie, parce qu’il ne peut pas assumer les libertés fondamentales de ses citoyens ; et bien qu’État religieux, il refuse d’assumer sa condition de théocratie parce qu’il ne veut pas renoncer à ses prétentions modernistes et démocratiques.
Nous avons ainsi un État qui nous dit libres mais qui surveille jusqu’à nos consciences.


M. H.


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