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contrechamp / ACTUALITÉS

Ould Abbes, l’histoire et l’identité

Après avoir “actualisé” son cursus académique et son “itinéraire révolutionnaire”, le secrétaire général du FLN a décidé de s’exercer au révisionnisme historique en proclament la paternité française de la question amazighe. La faribole est d’une grosseur telle qu’il devient inutile de l’aborder dans son absurdité historique. Mais soit. Rappelons à Ould Abbes que pour le sens commun français, Arabes était un terme générique qui désignait les habitants de la colonie. Dans le langage administratif, les “bureaux arabes” s’appelaient ainsi dans les régions berbérophones aussi. Et dans la littérature “pied-noir”, Arabe désigne le personnage qui n’est pas de souche européenne : “l’Arabe” de Camus ne l’est pas par opposition au Berbère, mais par opposition au Français. Et quand, dans le discours colonial, il est question du Kabyle, le vocable, s’il établit une différenciation, souvent de mœurs plutôt que de langue ou de culture, n’évoque pas l’idée d’identité, l’identité générique d’indigène réglant la question du statut de la population autochtone entière. La vocation de l’indigénat étant de constituer une réserve de main-d’œuvre “entretenue” à la marge d’une société coloniale promise à la prospérité.
En quoi le système colonial est, ici, instigateur de la cause amazighe ?
Mais, si, par tactique, l’armée coloniale a essayé de créer des oppositions entre “Arabes” et “Kabyles”, ce serait, si l’on ose dire, de… bonne guerre. En tout cas, elle n’a pas réussi, puisqu’en 1949, et malgré l’injuste issue de la crise, la question de l’unité du mouvement national ne s’est même pas posée pour ses animateurs kabyles. De plus, et comme le rappelle Ould Abbes, le personnel militant et combattant a continué à être majoritairement kabyle tout au long de ce mouvement.
Le constat affligeant est que ces éventuelles manœuvres coloniales de division ont plus servi aux dirigeants algériens convertis au panarabisme par Nasser pour accabler les tenants d’une identité algérienne autonome qu’elles n’ont servi à la France pour nous diviser. C’est, malheureusement, aujourd’hui, ce dramatique diktat qui domine : pour être un bon Algérien, il faut admettre qu’elle n’est qu’une portion d’une entité qui serait plus accomplie, l’entité arabe !
À côté d’un tel reniement, la réappropriation de son identité ne peut pas être un mot, ni une loi, ni même un article de Constitution ; c’est une option politique à contenu programmatique et à perspective historique.
Or, en contradiction de cela, cette potentialité militante de la Kabylie, au lieu d’être comprise et lue, a été, une fois l’indépendance acquise, régulièrement suspectée et dénoncée : les Kabyles — ou des Kabyles — instrumentaliseraient la question amazighe par goût de la subversion ou pour porter préjudice au pays. Pourtant, cette question serait réglée depuis des millénaires ! Faut-il rappeler que jusque dans les années 90, il n’était pas permis aux militants du FLN de parler en kabyle au cours des activités partisanes et dans les locaux du parti ? Faut-il rappeler mille autres formes de répression des signes contredisant la “pureté” arabe de la nation ?
La répression des manifestations en cours est conforme à cet ostracisme jamais définitivement abandonné, même si, selon la conjoncture, le pouvoir lui préfère parfois la manipulation.

M. H.


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