Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

contrechamp / ACTUALITÉS

Politique de la santé et santé de la politique

Jeudi, le Dr Zoubir Harrath, directeur de l’Institut Pasteur, a laissé entendre qu’il nous faisait une fleur en reconnaissant la réalité d’un processus contagieux de choléra. C’est le pouvoir qui nous fait une fleur, insinue-t-il, en disant que “l’Algérie”, c’est-à-dire son gouvernement, a le courage d’annoncer l’existence d’une épidémie de choléra… contrairement à d’autres pays qui ne le font pas. 
Quels sont ces autres pays ayant caché une épidémie que le Dr Harrath veut nous présenter comme fréquente et répandue ? Le Yémen, le Tchad et le Niger. Un pays sous embargo, dont ce qui reste d’hôpitaux et de personnel médical sont quotidiennement bombardés, et deux pays à, respectivement, 800 et 400 dollars de PIB par habitant, comparés à une Algérie à plus de 15 000 dollars par habitant ! Des pays soit en guerre, soit vingt ou quarante fois plus pauvres !
“Le courage d’annoncer…” Même après l’avoir cachée tant qu’elles le pouvaient, les autorités ont du mal à s’empêcher d’exploiter politiquement l’annonce… tardive d’une épidémie… à déclaration obligatoire, au sens des directives de l’OMS !
Le plus grave est que c’est certainement la politique qui a opté pour la dissimulation et ainsi retardé la diffusion d’une information à l’évidence établie bien avant ce jeudi 23 août. Ce qui ne pouvait être que dommageable au plan de la santé publique, la communauté médicale ayant été durablement privée d’une donnée utile à la conduite de sa tâche quotidienne. Mais, chez nous, ce n’est pas Hippocrate qui dirige l’action publique sanitaire. Juteux secteur commercial infesté d’affairistes, notre santé est, comme tout le secteur public, prioritairement soumise à la l’impératif de la perpétuation du régime.
Le premier décès, d’une “maladie mystérieuse”, a eu lieu le 12 août à Aïn Bessam. Les services de santé ont donc mis plus de dix jours à en connaître la cause, même s’il fut suivi par d’autres morts. Pourtant, ces services ont pris la responsabilité d’évoquer une “gastroentérite aiguë”. Le pire advint avec le décès, le mercredi 22 août, de l’entraîneur de boxe Dahmani : on ne pouvait pas demander à la famille de quelqu’un qui vient de prétendument succomber à un arrêt cardiaque de “brûler ses affaires et laver la maison à l’eau de Javel” ! Cela devenait intenable. D’où l’opération de “communication” commando du jeudi 23. Où est “la transparence” du Dr Harrath ? Jeudi, on a tenté de sauver la face du politique, pas même celle du système de santé !
Le pauvre Hippocrate ne fait pas le poids devant l’impératif de sauvegarde du régime. Le principe vaut pour toutes les fonctions publiques : elles ont appris à tenir compte de l’intérêt politique de l’autorité avant d’agir. La santé, mais aussi la justice et toutes les fonctions institutionnelles : qui peut discerner, dans le mouvement en cours de révocations-démissions, entre ce qui procède de la décision de gestion, ce qui relève de la stratégie politique et ce qui fait partie des effets du scandale de la cocaïne ? Le mystère semble servir d’écran aux jeux de pouvoir.
En Algérie, l’intérêt du pouvoir régime prime dans tout ce que fait l’État. Parce que les institutions ne s’investissent dans leurs missions que dans la mesure où celles-ci servent le marketing du régime.


M. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER