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contrechamp / ACTUALITÉS

Politique, morale et religion

Dans une Algérie captive des forces prédatrices, des événements inattendus viennent parfois ébranler le système jusqu’à nous faire entrevoir le bout du tunnel. Mais en vain : Khalifa, autoroute Est-Ouest, BRC, Sonatrach… Aucun de ces procès n’a accouché d’un début de moralisation de la gestion des intérêts publics. Mieux, ce sont les responsables préalablement désignés de ces scandales qui ont été réhabilités !
Le système ne cache ni sa finalité accapareuse ni les pratiques mafieuses qu’il autorise. Juste qu’il n’aime pas personnaliser les responsabilités. Qu’elles restent diluées dans le magma d’un système que tout le monde peut dénoncer s’il n’en cite pas les animateurs. À l’occasion, le pouvoir lui-même se dit inquiet de l’expansion de la corruption et, depuis un certain temps, de la soumission croissante de la politique à l’argent sale. Les choses ont, en effet, évolué : à l’origine, la corruption servait à enrichir des responsables et agents indélicats nichés dans les institutions ; mais, de plus en plus, l’argent corrupteur est gagné dans des zones économiques de non-droit  (terrorisme, “économie de la nuit” organisée autour du pillage de sable, détournement foncier, marché informel, contrebande et trafics…) avant de venir corrompre les détenteurs de pouvoir de décision. Et de se recycler dans des activités “légales”, comme l’importation et l’immobilier.
Les nombres infinis de visas, d’agréments, d’autorisations, etc., dont l’octroi est laissé à l’appréciation arbitraire parfois d’une personne, ont créé des milliers de situations de rente de niveaux de profit divers. De ce fait, on assiste à un nouveau profil de corrupteurs, des aventuriers méprisant tout formalisme procédural, convaincus que les quantités d’argent mobilisées les mettent en position de se départir de toute retenue citoyenne ! Seul parle l’argent. Sale ou propre.
D’ailleurs, quand une société ne fait plus attention à la provenance des fortunes, c’est que cette différence est bannie. L’argent sale est blanchi par l’État qui renonce à imposer des règles de traçabilité. Il reste aux brigands et aux ripoux à se blanchir eux-mêmes. Pour cela, les  virtuoses de la rapine et de la concussion convoquent la religion qui les habilite aux yeux d’une foule qui, pourtant, les regarde trafiquer. Le gus commande un chargement de stups, l’autre lui signe l’autorisation de construire une tour à la place d’un parking collectif et tous deux s’envolent ensuite pour La Mecque ! Et après, si les affaires marchent, le bandit financera un projet de mosquée !  
Ainsi est entretenue la virginité morale du larron. C’est que la société est adepte de la religiosité d’apparat. Elle est formatée pour juger sur les apparences. Une bière peut vous coûter le bannissement, pas le détournement d’un puits de pétrole si, après, vous faites une omra ou une visite de zaouïa ! Pour les voleurs comme pour les volés, l’exhibitionnisme religieux est censé camoufler la régression morale. Les uns pour pouvoir continuer à sévir, les autres parce qu’ils ont perdu le ressort de l’indignation.
 D’où ce spectacle d’une société où l’activisme combinard cohabite avec l’apparence dévote. Avec la bénédiction bigote de la politique.

M. H.


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