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contrechamp / ACTUALITÉS

POPULISME, COMPLOTISME ET GÉOPOLITIQUE


“Il y a des complots à partir de l'Europe et en dehors de l'Europe qui visent la stabilité  de  l'Algérie  et  nous  savons  même qui  est  derrière”, nous apprend le président par intérim du Conseil de la nation. 
Qu’est-ce que  serait  ce  pays  sans  la  veille  salutaire  et  pérenne  de son antique sérail ! Les menaces le visent de partout, à ses frontières, “à partir de l’Europe” et “en  dehors  de  l’Europe”…et  des  Algériens,  inconscients du danger, ont le culot de compliquer la tâche de leurs vigilants dirigeants en contestant  leur  feuille  de  route  et  en  les  encombrant  de  leurs déraisonnables revendications ! Des revendications qui se justifient encore moins aujourd’hui puisque “les prochaines législatives et locales donneront un contenu réel au jeu politique et aux institutions minées par la fraude et la corruption”.
En attendant, Salah Goudjil continuera à présider une de ces “institutions minées par la fraude  et  la  corruption”.  Il  y  tient  tellement  qu’il  refuse d’organiser l’élection du président du Sénat pour ne pas prendre le risque d’être déchu de son perchoir.  
Le pays est au bord du gouffre, pillé de l’intérieur, par ceux-là mêmes qui sont censés en prendre soin, mais c’est le citoyen qu’on responsabilise sur “les complots”, forcément extérieurs, qui se  trament  contre  sa patrie. En organisant  les  procès  de  la  grande  corruption  impliquant  les  premiers dirigeants  politiques, le  pouvoir  reconnaît  qu’il  saccage  lui-même le patrimoine national depuis de longues années. L’ennemi a-t-il donc besoin de comploter contre nous, alors qu’en termes de sabotage et de saccage, nous faisons déjà “mieux” qu’il ne pourrait faire ? 
Le complotisme a cela d’indisposant, surtout quand il est utilisé par les responsables  politiques  s’adressant  aux  citoyens :  il  repose  sur l’infantilisation du destinataire. 
Quand le président du Sénat dit qu’il sait “qui est derrière (ces complots)”, il doit le désigner à l’intention des citoyens, s’il les considère comme des patriotes  adultes qui  doivent  connaître  l’identité  de  leur  ennemi, de l’ennemi de leur patrie.
Sinon, cela voudrait dire qu’il ne les trouve pas suffisamment mûrs pour assimiler une  telle  information.  L’Europe, on  lui  confie nos présidents successifs pour  les  soigner, on nous fait  la  publicité  des appels qu’ils reçoivent de leurs pairs européens et, à nous, on nous explique que l’Europe est un repaire de comploteurs contre l’Algérie ! 
Pendant  que  le  sérail  politique  se  perd  en  “complots”, pendant  que certains d’entre eux poussent la déloyauté et l’inélégance jusqu’à acheter et vendre des mandants électoraux de niveau national, on veut détourner l’attention du citoyen vers des complots ourdis de l’étranger.
Bien sûr que les malveillances étrangères existent. Bien sûr que les intérêts de l’autre peuvent menacer les nôtres. Mais c’est même pour cela qu’il faudrait peut-être cesser de faire de nos relations internationales une affaire privée, de mettre de la transparence et du débat dans des questions qui doivent concerner le citoyen, mais pas seulement pour sa partie “complots”. Sinon, en attendant une gestion démocratique de l’État, qu’on ne vienne pas, à tout bout de champ, faire des questions de sécurité et de souveraineté un moyen d’enfumage politicien !
 

M. H.
[email protected]


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