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contrechamp / ACTUALITÉS

Pouvoir et martyre

Les victimes de la répression du 8 Mai 1945 “sont reconnues comme chouhada politiquement mais non administrativement”.
C’est le ministre des Moudjahidine qui a donné cette “clarification”, avant-hier, à Guelma. Mais il n’a pas expliqué par quel détour sémantique une victime du colonialisme peut être un martyr politique sans être un martyr administratif. La question “n’est pas de nos prérogatives”, a reconnu Tayeb Zitouni.
C’est une question politique, en effet. Elle n’est donc pas du ressort d’un ministère, mais de celui du pouvoir.
Pourtant la question se pose : qu’est-ce qui fait que les victimes du colonialisme d’entre 1954 et 1962 bénéficient d’une reconnaissance et “politique” et “administrative” de leur martyre et que les victimes de 1945 ne jouissent que d’une “simple” reconnaissance “politique” de leur sacrifice ? Il y a une première raison possible à cela : la différence concrète entre un statut et l’autre est dans ce que l’une induit une pension et quelques privilèges de rente, et l’autre pas. Cette différenciation, effective, n’est pas assumée à travers des textes parce qu’elle est politiquement difficile à défendre. Le pouvoir se contente d’une discrimination de fait.
Depuis le temps qu’on demande à la France de reconnaître sa responsabilité dans les massacres de 1945, l’État algérien aurait pu prendre les devants en accordant aux victimes le statut de chouhada à part entière. Les représentants de la France ont osé des efforts, au niveau de la qualification des faits au moins ; mais, de notre côté, ce moment d’Histoire relève toujours d’une… fondation.
La seconde raison qui explique la gêne du pouvoir à élargir le martyrologue national est la suivante : les forces qui ont détourné l’indépendance à des fins de monopole de la souveraineté et du pouvoir voulaient limiter la phase de légitimation historique à la période qui les arrange. Et dans la précipitation hégémonique, elles ont voulu exclure les parties compromises avec le colonialisme, bien sûr, mais aussi les forces, même révolutionnaires, qui contestaient leur monopole et surtout… les générations d’après-guerre. Et quand, plus tard, la logique biologique les a contraintes à repiquer quelques jeunes pousses dans le système, elles ont inventé “la famille révolutionnaire” pour s’assurer une filiation “patriotique”, ce qui suppose dangereusement une transmission génétique du sentiment national. Mais la préoccupation essentielle est celle de la transmission idéologique de ce sectarisme à connotation nationaliste qui permet aux clans au pouvoir de léguer la rente à leurs lignées et à leurs alliés.
La “réconciliation nationale” n’est rien d’autre qu’une opération de contestation du statut de martyr aux victimes du terrorisme. “Politiquement”, pour reprendre la spécification du ministre, ils ont le même statut que leurs assassins : tous des “victimes de la tragédie”. Et “administrativement”, il n’y a pas de différences entre “repentis”, terroristes abattus et citoyens ou Patriotes assassinés : tous pensionnés !
La réconciliation a pour finalité de vouer la lutte contre le terrorisme islamiste et ses sacrifices à l’oubli. Ainsi, malgré une autre guerre, le monopole du nationalisme n’a toujours pas changé de dépositaire. La rente non plus.


M. H.


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