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contrechamp / ACTUALITÉS

Pouvoir, religion et terrorisme

Quatorze Égyptiens ont été condamnés à trois ans de prison pour “débauche” et “prostitution”, chefs d’inculpation qui, dans ce pays, servent à réprimer l’homosexualité. Le procès de ces homosexuels, arrêtés pour avoir brandi le drapeau arc-en-ciel lors d’un concert, s’est tenu avant-hier, au Caire, en pleine période de deuil décrétée après l’attentat qui a fait trois cent cinq victimes dans une mosquée soufie du Sinaï.
Cette concomitance entre les deux événements vient rappeler ce que, dans les pays musulmans, la prospérité du terrorisme islamiste doit à la répression religieuse d’État. Il ne faudrait surtout pas croire qu’il n’y a pas de lien entre l’un et l’autre. Il est même important de rappeler que l’usage répressif de la religion par les régimes musulmans a précédé son instrumentalisation par des entreprises politiques insurrectionnelles. C’est aux États qu’on doit la pédagogie de l’islam politique tyrannique.
Rien de plus commode que de pouvoir régenter un peuple par le sacré ! Et ce ne sont pas des régimes imposés par décision de l’ancien mandataire du protectorat par un processus d’indépendance brutalement détourné ou par un putsch armé qui vont dédaigner ce providentiel instrument d’emprise. Il permet de régir la vie des citoyens jusque dans leur conscience et d’organiser les rapports sociaux selon des règles qui, par nature, sont soustraites à l’examen de la raison, à la remise en cause.
Pour obtenir un tel résultat, le pouvoir politique n’a qu’à transformer le pays en centre de production du fondamentalisme. Selon l’âge de l’individu, l’école, la mosquée et les médias se relaient pour faire de lui le fidèle discipliné et vigilant tout en atrophiant le citoyen autonome qui tente de naître en lui. L’environnement est ébauché pour que chacun se fonde dans la masse d’adeptes qui, comme “bons citoyens”, ont le devoir prioritaire de pratiquer et de défendre le rite. Les institutions de l’État, même quand il se présente en République, sont à leur tour soumises à cette mission de pieuse uniformisation. L’islamisme activiste n’a plus qu’à puiser dans l’immense réservoir de militants auquel les États ont délivré les bases du “tronc commun” de l’intégrisme : l’inscrutabilité du dogme, l’intolérance à la “déviation” et la légitimité de la violence rédemptrice.
De ce point de vue, l’islamisme comme projet politique n’est que “l’approfondissement” de la pratique de l’islam comme religion d’État. L’attentat de Bir El-Abd et le procès du Caire procèdent du même mouvement politique. Ils se complètent comme moments d’expression du projet de normalisation et d’uniformisation des hommes par une violence religieusement légitime. Ce projet, c’est celui de l’éradication de l’individu, de la différence, de la liberté.
Même la lutte antiterroriste, en refusant de prendre acte de cette dialectique, se réduit à une lutte “d’entretien”, de “vivre avec”. En fait, en refusant de s’attaquer au mode de production du terrorisme islamiste, cette lutte perd son sens.


M. H.


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