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  • Le procès de Kamel Chikhi, dit "El Boucher", est reporté au 19 juin sur demande ses avocats.

contrechamp / ACTUALITÉS

Pouvoir total et unité nationale

Le scénario n’a pas changé. Comme à la veille des échéances passées, il y a d’abord les appels des multiples centres de distribution de la rente érigés en “partis de l’État” et en “organisations de masse”, puis le consentement d’un Président que le devoir oblige. Avec l’appel, hier, de l’UGTA à un cinquième mandat, le pouvoir a probablement clos cette première phase du processus de prorogation du règne Bouteflika.
Et en prévision de son entrée en campagne, le pays est placé sous surveillance accrue. Comme l’a éprouvé le mouvement Mouwatana à Constantine, puis à Béjaïa, le pouvoir ne tolère aucun souffle de vie publique. Quadrillage, arrestations, matraquage, gardes à vue… Et au suivant !
Ce qui conforte le gouvernement dans sa ligne répressive, c’est l’atomisation de l’opposition politique, réduite à une multitude d’états-majors dispersés dans leurs modes d’action et dépourvus de bases mobilisables. Ce qui encourage aussi cette option policière de la gestion politique, c’est l’efficacité des stratégies de corruption sociale et de clientélisation affairiste : elles ont détourné les consciences vers les intérêts particuliers, délaissant l’idée d’intérêt collectif. Les forces de répression n’ont plus qu’à arrêter les quelques animateurs et leaders pour empêcher une manifestation et faire régner l’ordre.
L’activisme citoyen connaît, lui, une répression de grande intensité. Des procès d’internautes aboutissent à des verdicts qui ont tout l’air de châtiments pour l’exemple. Et les mouvements sociaux, qui, parfois, perturbent le fonctionnement de certaines institutions, viennent buter contre un pouvoir opiniâtre qui n’hésite pas à faire payer aux services publics le prix de sa ténacité.
Pour l’heure, le clan Bouteflika a un intérêt tactique à retarder l’annonce de sa candidature. Encore un trimestre à tuer, avec un minimum d’agitation, et il pourra le faire avant que ses adversaires n’aient le temps de se retourner.  
Mais ce ne sont pas les forces alternatives, les oppositions légales, qui menacent la continuité. Non, la “stabilité” est menacée par des forces qui n’empruntent en général pas la voie classique de prise de pouvoir. Elles commencent par s’emparer de la rue, y organiser des démonstrations de force, de force numérique ; elles avancent à dos de revendications socio-économiques, mais en laissant apparaître leurs signes idéologiques distinctifs. D’ailleurs, cela peut être le résultat d’une réelle jonction entre de légitimes réclamations sociales et une initiative idéologique offensive.
À Ouargla, il semble bien que des visées politiques prennent progressivement la place de demandes sociales trop longtemps réprimées. Pour la première fois, l’idée d’une individualisation budgétaire — “notre part de fiscalité pétrolière” — du Sud est exprimée par une foule. Tremplin idéal pour un islamisme converti à l’affairisme, mais en quête d’amarrage “populaire”.
À force de vouloir y prolonger son emprise, le régime est en passe de mener le pays à l’impasse politique, c’est-à-dire à rendre impossible toute transition ordonnée, en passe de nous laisser un pays qui réunit bien des ingrédients de la désintégration. L’arrogance totalitaire du régime aura-t-elle raison de son unité ?


M. H.


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