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PRESSE : ENTRE DOCILITÉ ET UTILITÉ


Hier, 3 mai, il n’y avait pas foule au sit-in de commémoration de la Journée mondiale  de  la  liberté  de  la  presse  et  de  soutien  à  Rabah  Karèche, correspondant de Liberté emprisonné pour un article.
Mais  on  peut  dire  qu’il  y  avait  beaucoup  de  journalistes, puisque  un  tel événement, c’est  aussi l’occasion de mesurer le degré de liberté de la presse algérienne. Et l’occasion  de  mesurer  son  degré  d’engagement.  Parce que, dans une profession comme celle-ci, ces vertus  de  liberté, d’engagement et de solidarité sont liées. Quand elles prospèrent, elles prospèrent ensemble, et quand elles reculent, elles reculent ensemble. 
Deux choses peuvent provoquer  le  repli, nécessairement  simultané, de ces attributs qui  font  la  corporation :  la  répression  et  la  corruption.  Inutile  de décrire le ravage accompli par ces deux fléaux sévissant depuis  un quart de siècle contre le journalisme autonome. L’état de délabrement  de  la  fonction d’information est éloquent à ce sujet.  Tant  d’argent  investi et tant de lois et liberté bafouées pour amener les éditeurs et les journalistes à écrire, à filmer ou à parler pour ne rien dire, pour ne rien montrer ou pour  dire et montrer ce que l’oppresseur ou l’ordonnateur veulent dire ou montrer. On peut donc faire ce métier sans avoir d’avis ! Même sans être un commentateur statutaire, comment l’auteur d’un article, d’une information ou d’un documentaire peut-il quotidiennement exécuter ces nobles tâches en étant amputé de son opinion, voire de sa conscience ? Et pouvoir ainsi couvrir  et  expliquer un  concert, un match de football, un attentat, une manifestation, un attentat… avec le même état d’âme ? Puis traiter un procès juste ou injuste, une élection truquée ou honnête… avec les mêmes mots, le même sentiment ?
Il n’y a, pour dépasser cette impossibilité humaine, qu’une solution : servir une autre opinion, une autre conscience, ou inconscience, que la sienne. 
Si un article ou un documentaire n’a rien à mettre en valeur, rien à promouvoir, rien à défendre et rien à dénoncer, à quoi sert-il de l’écrire ? “à quoi sert une chanson si elle est désarmée ?”, chante Julien Clerc (sur des paroles d’Étienne Roda-Gil). Plus loin dans le texte, il explique pourquoi il se pose la question : “Je veux être utile/Utile à vivre et à rêver.”
Et pourtant, une chanson, cela peut être beau sans être forcément utile. Mais un article, une émission radiophonique, un documentaire, en quoi peuvent-ils être beaux s’il n’y a pas de message, s’il n’y a pas de morale de l’histoire ? Même une fable si joliment menée n’est appréciable que si elle débouche sur une sagesse ! C’est l’engagement et l’indépendance qui font l’utilité du journalisme. Une utilité que la presse conçoit par elle-même dans l’autonomie et la diversité qui font sa crédibilité. Le pouvoir ne l’entend pas de cette oreille ; il préfère promouvoir, par la carotte et le bâton, au choix, une presse normalisée.  
Le rassemblement d’hier rassure : même si la presse  utile est réduite à sa plus simple… expression, elle  atteste  qu’il  subsiste  un  fonds  de presse indépendante,  engagée   et  solidaire.   Utile.  Comme  une  promesse  de résiliation. 
 

M. H.
[email protected]


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