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contrechamp / ACTUALITÉS

Réalité politique et comédie démocratique


Le MSP a appelé à voter “non” au projet de révision de la Constitution. L’air de rien, il adopte ainsi une position visant à affaiblir le Hirak dans son aspiration à la rupture avec le système tout en faisant mine de s’opposer à la démarche du pouvoir. 
On comprend mieux cette décision quand on considère le contexte politique : le mouvement populaire qui a éclos en février de l’année dernière n’arrange pas les affaires des partis intégrés à la vie politique telle qu’encadrée par le système. Si les revendications de ce mouvement devaient aboutir, les règles du jeu actuelles disparaîtraient avec ce système. 
Globalement, ce jeu vise à trancher entre les clans en compétition pour le contrôle et la répartition de la rente : le nombre d’“élus” et de “nommés” qu’un parti peut se voir accorder ne correspond ni à son poids électoral ni à la part de pouvoir qui lui sera conférée ; c’est une indication sur ses capacités de branchement aux circuits de la rente.
Dans les faits, le pouvoir s’assure que “l’opposition” n’atteigne jamais un niveau de “pénétration” des institutions qui lui donnerait les moyens d’influer sur l’orientation nationale ou d’entraver certaines de ses actions. Et, à l’opposé, il octroie toujours à “ses” partis une majorité “écrasante” qui le met à l’abri de votes hostiles. 
À force d’entrisme, le multipartisme a évolué vers une vie politique de notables, une activité médiatique et d’entre-soi, mais qui est autoritairement administrée. Avec cette métamorphose, le militant s’est progressivement effacé devant le baron. Et avec le changement d’enjeu, du politique vers le clientélisme, le citoyen a pris acte de son exclusion et s’est peu à peu désintéressé de la chose publique. Cet antagonisme entre comédie politicienne et affairisme politique vient de mettre le MSP en crise. Pourquoi Makri s’offusque-t-il de l’opportunisme de Djaâboub, alors qu’on sait que, dans le sérail politique du système, les intérêts prennent toujours le dessus sur les convictions et les objectifs politiques ? Le MSP a déjà vécu cela, comme le RCD et d’autres formations, d’ailleurs.
C’est même cette disponibilité au compromis clientéliste avec le régime qui fait que beaucoup de partis sont indisposés par le mouvement populaire autonome en action depuis février 2019.  Ils n’ont plus de représentativité à négocier ! La peur du changement, au sens où le revendique le Hirak, fait autant peur au pouvoir qu’à une grande partie de l’opposition. Le choix pour voter… non, c’est le choix de voter, le choix du statu quo en matière de pratique politique. Or, depuis février 2019, la ligne de démarcation, c’est cette question de la rupture systémique posée par le mouvement populaire. Certains partis en ont pris acte et se sont alignés sur l’aspiration populaire. Les autres, qui ne veulent pas sacrifier le confort du système de quotas et de la médiocrité politique pour un système démocratique forcément sélectif, préfèrent ramer à contre-courant de l’espérance citoyenne.
Cela dit, pourquoi exiger une morale politique de Makri et du MSP alors qu’il est de l’autre univers, celui où l’action politique se fonde sur le principe islamiste “el harbou khidaâ” ?

M. H.

musthammouche@yahoo.fr


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