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contrechamp / ACTUALITÉS

Régime, justice et peuple


Le sénateur du tiers présidentiel Ouraghi et beau-frère de l’ex-ministre de la Justice Tayeb Louh est en fuite. Cela commence à faire beaucoup : deux anciens ministres, un ancien vice-président de l’Assemblée nationale et un sénateur… Tous en fuite. D’autres ne le sont pas parce qu’ils n’ont pas pu s’échapper.

“Je fais confiance à la justice de mon pays.” Ces fugitifs font partie du sérail qui nous a imposé l’usage de cette profession de foi que tout citoyen poursuivi dans une affaire à connotation politique devait prononcer avant d’aller endurer la sanction téléphonée. Le but est de ne pas s’attirer l’hostilité du tribunal quand on a déjà à pâtir des représailles judiciaires d’un puissant.
Le fait est que les membres de la secte qui nous tenait lieu de personnel de l’État ne se préoccupaient guère de l’état de la justice. Ses membres attendaient d’elle qu’elle les protège contre les “fuites” et les dénonciations qui parfois se répandaient au sujet de leurs turpitudes. Ainsi, les scandales dont les échos parviennent, malgré une omerta absolue, jusque sur la place publique, débouchent invariablement sur l’étouffement de l’affaire ou sur quelques procès pour diffamation de lanceurs d’alerte ou de journalistes.
La justice algérienne n’a jamais été indépendante, c’est un fait. Mais sous le régime Bouteflika, elle n’a pas été que dépendante ; elle a été réinitialisée pour défendre les membres du régime contre la propre justice de régime. C’est-à-dire que, dans le système qui a prévalu ces vingt dernières années, les hommes du régime étaient égaux dans l’impunité. Cette faveur faisait partie du pacte d’adhésion à la secte. Le principal avantage qu’on pouvait tirer de l’acte d’allégeance envers “la famille” était de se mettre hors de portée de la justice, même en cas de disgrâce. Il suffit de considérer le cas de nombreux déchus du régime pour s’en convaincre : ils ont, sans exception, continué à jouir de leur immunité “politique” après leur déchéance. Certains, qu’une justice, un jour trop diligente, a pu sanctionner, ont été réhabilités de la manière la plus ostensible. L’immunité judiciaire des membres du réseau a été résumée, en avril 2015, par la réplique du président du tribunal siégeant dans l’affaire de “l’autoroute Est-Ouest” à un avocat qui lui réclamait la présence de Ghoul : “Qui suis-je, moi petit juge, pour convoquer un ministre ?” reconnut-il.
Mais qu’est-ce qui a changé dans le régime ou dans la justice pour que ce principe d’immunité s’évapore soudain et que des intouchables d’hier en soient réduits à une vie de bannis ? Question sans réponse, dans un moment où le régime n’a pas encore changé et que la justice n’est toujours pas indépendante. Mais en ce moment où le pays est en mouvement, une chose prête à l’optimisme : le peuple, lui, a changé.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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