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contrechamp / ACTUALITÉS

Religion, morale et violence

Le ministre des Affaires religieuses est dans une phase inquiète : “Des radicaux tentent de s’approprier les mosquées de la République. Ils ont réussi à infiltrer des groupes. Ils sont à l’origine de la mort de deux imams, comme ils ont blessé et insulté d’autres imams qui ne partagent pas leur idéologie”, écrit-il sur sa page Facebook.
En phase optimiste, Mohamed Aïssa assurait que “les imams que nous formons sont qualifiés pour abroger les fondements idéologiques du fondamentalisme”. C’est ainsi que, parfois, le ministre nous annonce l’avènement proche de l’islam de Cordoue et, d’autres fois, nous met en garde contre le fait “que l’islam, selon la pratique algérienne, selon le référent algérien, est en danger” et que “les dérives sectaires”  se multiplient.
Mais comment en serait-il autrement dans notre contexte politique actuel ? Un contexte, d’ailleurs, commun à l’ensemble des pays musulmans. L’irruption de l’islam politique, c’est-à-dire du projet de gestion des États à population musulmane, peut-être un jour réunis en Oumma, selon les principes dérivés du Texte sacré et de la tradition islamique appliqué, a, partout, provoqué la même réaction : les régimes en place, généralement déjà en charge de l’administration du culte, s’octroient le monopole de la codification du culte et des mœurs pour conjurer la concurrence des forces politiques à fondement religieux.
Au lieu de soustraire la foi à la manipulation et à la compétition politiques, les pouvoirs de fait de ces pays entrent en concurrence avec l’islamisme séditieux, croyant être mieux placés pour gagner la bataille du populisme grâce aux moyens de l’État.
Dans cette surenchère, il se trouvera toujours quelqu’un pour être justement plus “radical” et pour disqualifier votre version. L’ambiance mentale aidant, nos peuples qu’on éduque à croire qu’ils n’ont que des ennemis, penchent nécessairement vers l’apôtre de la violence, celui qui prêche l’anéantissement de l’ennemi, l’ennemi du fidèle et l’ennemi de l’islam n’étant qu’un ! Alors, face à un auditoire globalement  convaincu de l’injustice du pouvoir, de l’hostilité de l’étranger et de la trahison du mauvais musulman, c’est le prédicateur le plus violent qui l’emporte. Il suffit d’écouter les sermons du vendredi pour comprendre que les imams, eux-mêmes, sont convaincus de l’efficacité de la violence, verbale dans ce cas : sinon, pourquoi un “dars” — une leçon — doit-il être nécessairement et toujours délivré sur un ton impétueux ? Il y a, derrière, comme une pédagogie de la frayeur.
Si on apprend à quelqu’un à avoir peur, il ne faut pas s’étonner qu’au moment du choix, il prendra, par peur, le parti du plus fort, du plus violent.
Là où la religion a cessé d’alimenter la guerre et de susciter la violence, c’est là où elle été mise à l’écart et à l’abri de la vie politique. Elle a laissé place à des règles de civisme inspirées par la morale autant religieuse que philosophique que les charlatans de la foi ne peuvent détourner à leur usage politicien.
Ce n’est pas en manipulant la religion, comme on fait chez nous et dans la plupart des États musulmans, qu’on la préservera de l’exploitation politique. Et qu’on empêchera les apôtres de la violence et de la terreur d’y puiser leurs arguments.

M. H.


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