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contrechamp / ACTUALITÉS

Religiosité, morale sociale et morale publique

Alors que l’instruction de l’affaire des 701 kilos de cocaïne et de   ses ramifications se poursuit dans la discrétion, une question connexe taraude notre religieuse société : le statut des dizaines, des centaines, dit-on, de mosquées construites par Kamel el-Boucher.
Avant que le scandale n’éclate, personne n’a rien vu de douteux dans cette débauche de charité. Aucune autorité administrative ou sécuritaire ne s’est inquiétée de l’inépuisable générosité du personnage. Qu’il débordât ainsi d’argent jusqu’à en éclabousser ceux qui l’effleuraient n’en a troublé aucun. On peut comprendre que les responsables arrosés ferment les yeux, et les yeux de leurs agents, sur l’origine des cadeaux dont il les couvrait. Mais le quidam qui voit un généreux bienfaiteur bâtir une mosquée, puis une autre, puis une autre encore ou en même temps, pourquoi ne s’interroge-t-il pas sur le secret de cette pieuse largesse ? Une voisine serait sortie à une heure inhabituelle ou dans une tenue non conventionnelle, un voisin aurait exhalé une odeur qui ressemblerait à celle de l’alcool, et le bon citoyen-vigile aurait enclenché son enquête, puis aurait persévéré, consultant l’entourage jusqu’à ce que les fiches de mœurs de cette voisine ou de ce voisin fussent dûment dressées, commentées et diffusées !
En réalité, l’affairisme paré de piété ne trompe personne. Surtout pas ceux qui veillent à la vertu des femmes et surveillent les ordinaires écarts des hommes. Ils ne font que détourner le regard d’un scandale qui ne les incommode pas directement. Pourquoi chercher à lever un lièvre grâce auquel ils pouvaient consommer de la viande à vil prix ? La vox populi connaissait Kamel, boucher bon marché et pieux donateur ; elle ne voulait pas en connaître la face “promoteur” et encore moins l’éventuel côté “narcotrafiquant” !
Si, d’un autre côté, des autorités dissimulaient le scandale auquel elles contribuaient, c’est parce que le Boucher leur appliquait la recette appropriée : la corruption. Mais la société en général s’en accommodait aussi, un peu par avidité, une avidité du pauvre, et un peu parce qu’il drapait son immoralité de dévotion zélée. Comme la généralité d’entre nous.
Le processus d’“embigotement” de la société a commencé par l’ostentation vestimentaire et pileuse, a continué par la pratique visible des rites. Avant d’en arriver à ce que nous n’ayons plus de déférence que pour la bienfaisance matérielle : financement de restaurant de “rahma”, de mosquées… Tant d’escrocs ont trouvé là le moyen d’amender leur conscience et de conjurer les soupçons que peut éveiller leur soudain enrichissement. Par un curieux pacte social, la charité annule la malhonnêteté.
Et dans ce mouvement culturel, l’État n’est pas en reste. À mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie des responsabilités, le titre de hadj, par exemple, a fini par s’associer tacitement aux hautes fonctions de l’État. Pour soutenir son ambition de carrière, il faut au minimum justifier d’une omra. Et le faire savoir ! Nous en sommes là : l’étalage généralisé de religiosité est supposé compenser le déficit moral abyssal.
Si vous ne voyez pas le lien, Chikhi l’a montré, entre la construction exaltée de mosquées, par- ci, et l’accumulation frénétique d’argent sale, par-là.


M. H.


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3 réactions
abel le 12/07/2018 à 12h32

Sid Ahmed Ghozali l'a exprimé dernièrement: le pouvoir en Algérie est un pouvoir obscur, c'est a dire ne dépend pas du seul ressort des hommes mais des forces spirituelles obscures comme celles qui gardent notre peuple prisonnier depuis des lustres. Et donc ne pas s’étonner de cette connivence entre la main qui caresse et celle qui tue. Merci et bon courage Mr Hammouche; Que le Dieu de Vérité vous garde.

Fraternity le 12/07/2018 à 13h55

Cette escroquerie à la charité est devenue une norme de sociabilité. Pour la communauté des croyants (corrompus), l'argent n'a pas d'odeur et déclarer même Halal, la fin justifiant les moyens. une nouvelle pratique coutumière: les nouveaux riches, ayant corrompu ici bas tous les décideurs, ils veulent prolonger et s'assurer une autre vie au delà. Pour faire, construire des mosquées, et uniquement, une garantie d'assurer une place au paradis et des vierges à volonté. Autre temps, autre mœurs.

Louison le 13/07/2018 à 10h16

Le paradoxe de l’algérien. Ne pas penser mais suivre comme un mouton. Donner de l’importance à des futilités religieuses au détriment des choses qui engagent notre avenir. Exhiber le drapeau algérien dans les stades russes pendant la CM quand son équipe a lamentablement échoué de se qualifier.

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