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contrechamp / ACTUALITÉS

Rente et renoncement

Jusqu’à ce que Bouteflika émette sa décision, le cinquième mandat continuera à tourmenter ses adeptes comme ses adversaires.
Depuis le temps que le régime nous refait la démonstration, échéance après échéance, de son immuabilité, l’idée de changement a fini par être rangée, chez les Algériens, dans le tiroir des utopies. Ils ont même acquis la conviction, largement partagée, que, malgré l’ordre électoral, le changement, s’il devait advenir, ne pourrait venir d’eux.
À chaque élection présidentielle, ceux qui nourrissent l’espérance d’une interruption de règne se font moins nombreux. Et, à chaque fois, le suffrage perd un peu plus de son crédit. Si bien qu’avec le temps, le vote, lui-même, devenait un acte d’adhésion au régime. Celui-ci a d’ailleurs plus besoin d’agiter le spectacle de la masse affluant au bureau de vote que de ce qui se passe dans l’isoloir dont il peut changer le résultat.
Mais, tout en détournant la fonction du vote, le pouvoir a eu l’habileté de proposer, contre cette pratique d’ajustage autoritaire de “la volonté populaire”, un système de gestion de la rente favorisant l’épanouissement des stratégies individuelles, claniques, corporatistes, catégorielles, etc. Mandature après mandature, le mouvement d’adhésion à ce système d’allégeance par “alléchance” allait en s’amplifiant. Pour la population, la chose politique, déjà disqualifiée par la vanité démocratique des pratiques électorales, est concurrencée par l’attrait d’une rente toujours plus abondante.
Le Trésor public déborde de prodigalité. Et à chacun selon son utilité politique. Le gré à gré  organise les transferts vers une classe naissante d’affairistes téméraires venus s’atteler à des ordonnateurs corrompus, tissant progressivement un système où le pouvoir et l’argent s’entrelacent dans une solidarité quasi organique. Le commerce informel, l’économie souterraine et l’économie de nuit, comme le trafic toléré du sable d’oueds et de plages, de leur côté, agglutinent des catégories de plus en plus nombreuses d’Algériens qui ont perdu le sens du devoir civique le plus élémentaire : payer un semblant d’impôt. Et à l’avenant…, le moins loti du système court après un crédit hypothétiquement remboursable et le plus desservi est inscrit sur une liste d’attente de logements social ou semi-social.
Ce mouvement de conversion morale a provoqué une évolution de fond dans la société. Parce que l’abondance rentière fut durable, il a eu le temps d’opérer une rupture culturelle dans notre société. Celle-ci a bouleversé l’échelle des valeurs mettant le gain matériel et la loi du plus fort au sommet de la pyramide. Tétanisés par la terreur islamiste dans les années 1990, le régime de 1999 nous a cueillis à froid pour nous dépourvoir progressivement de ce qui nous restait de capacité à nous indigner. Dans la vie publique notamment, des “personnalités” et des “responsables” rivalisent d’envolées laudatives au seul effet de servir leurs petites ambitions. Mais pas seulement : nous aussi avons globalement perdu le sens du destin collectif.
Nous n’avons plus l’aptitude à nous rassembler autour d’un projet. Même minimal. Or, une ambition nationale, ce n’est pas une sommation de petites ambitions. À force de démissions et de reniements intéressés, nous voici donc à la merci du hasard.

M. H.


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1 réactions
Fraternity le 14/03/2018 à 12h24

E.De la Boetie explique dans le discours de la servitude volontaire.. que l'habitude qui a le peuple de la servitude, explique la domination du maitre sur ses sujets! Pour asservir le peuple, le dictateur utilise deux moyens: la religion, pour donner une inspiration divine à son pouvoir et la rente, pour satisfaire les besoins terrestres ; Les soumis qui n'ont jamais connu de liberté servant sans regret le despote et font volontairement et participent à leur domination.

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