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contrechamp / ACTUALITÉS

Répression et politique


Avant-hier, Alger était inquiète et déserte. La journée durant, ses principales artères sont restées quasiment désertes. Les quelques passants, manifestants potentiels ou piétons  vaquant à leurs affaires, se mouvaient avec appréhension au milieu de haies de véhicules et d’hommes en bleu. Les quartiers connus pour leur animation contestataire ont été soumis à la même concentration de force publique. Et les badauds en civil avaient une chance sur deux d’être des policiers. 

Pour le pouvoir, la capitale a toujours constitué le lieu à prémunir, en priorité, contre l’expression publique. Alors, pour que “l’ordre règne” à nouveau dans Alger que le mouvement populaire avait, depuis Février 2019, libéré de sa chape de plomb, il ne lésine plus sur les moyens. Avec une réelle efficacité, d’ailleurs, tant les moyens mobilisés et la violence développée sont, depuis deux semaines, à la mesure du mouvement à étouffer. 

Hésitant à assumer ses excès, le pouvoir tente de dissimuler la brutalité de sa répression… en réprimant la couverture médiatique et citoyenne de cette répression ! À la chasse à l’homme s’ajoute la chasse à l’image, accentuant la nervosité des agents et augmentant la brutalité de la répression. La traque de possibles manifestants, de journalistes et photographes improvisés est soutenue par la paralysie des transports publics, comme les trains, et la suspension de la connexion internet… 

Le même climat de siège a marqué les autres villes qui, d’habitude, accueillent les marches populaires. Seuls les principaux centres de la  Kabylie, “constante” sociopolitique particulière, ont échappé, malgré les tentatives, à ces opérations d’étouffement policier. Près de huit cents interpellations dont une cinquantaine de gardes à vue ont marqué ce dernier vendredi !

Visiblement, le système est arrivé au bout de sa capacité à “gérer” un mouvement populaire de revendication politique, quand ce mouvement est de nature pacifique. Poussé hors de sa zone de confort, là où les crises se résolvent par la corruption et la force, il étale toute son inadaptation génétique à la gestion démocratique des problèmes politiques. 

À l’ère où la démocratie bénéficie de l’assentiment universel, un tel système constitue un anachronisme historique et ses pratiques répressives ajoutent à la légitimité de la révolution de Février 2019 pour un système de pouvoir citoyen.

Certes, les manifestants, effrayés par le niveau de répression disproportionné, se préservent dans la retenue et les manifestations sont contenues tant que s’exerce un verrouillage policier approprié. Mais le mouvement populaire n’est pour autant pas annihilé.  

Pis encore, le pouvoir, en essayant de mettre le Hirak sous l’éteignoir, n’a même plus loisir de quantifier et de qualifier la revendication. Il avance dans l’obscurité d’une répression qu’il doit justifier en lui inventant des alibis complotistes, tant sa surdose est injustifiable !

En fait, et malgré le relatif silence des vendredis, le pouvoir n’est pas plus avancé dans la réponse politique à la demande populaire insistante pour une démocratie. Il aggrave la crise politique qu’il veut enterrer. Qu’importe l’action policière ; à la fin, la réussite ou l’échec se mesurent en termes politiques.

 

M.H

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