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contrechamp / ACTUALITÉS

Reste-t-il quelque chose à amnistier ?

Mercredi dernier, sur les ondes de la Chaîne III de la radio publique, et unique, Ouyahia rappelait sa position favorable à l’amnistie fiscale.
Une amnistie déjà advenue de fait et de jure, lorsque Sellal autorisait, en 2015, les dépôts libres et discrets de l’argent de l’informel à la seule condition de s’acquitter d’une espèce de “taxe de blanchiment” de 7%. Cette année-là, l’ancien Premier ministre reconnaissait même à l’économie informelle “un rôle dans la croissance” économique du pays et, de ce fait, le droit d’“entrer dans le secteur économique réel”. L’amnistie fiscale, soutenait-il, n’est pas “un blanchiment d’argent”. Devant l’échec de l’opération, il a voulu faire mieux avec un emprunt obligataire qui devait ignorer l’origine des fonds. Un blanchiment rémunéré !
L’actuel chef de l’Exécutif n’a donc fait que rappeler une résolution déjà en vigueur en la reprenant à son compte. Mais l’État n’est pas en mesure d’attirer les acteurs de l’économie souterraine vers la lumière. Il n’en a pas les moyens techniques et moraux. Et il ne peut pas faire régner l’ordre fiscal et faire en même temps régner l’ordre de l’immunité fiscale, de l’accaparement, du clanisme, du régionalisme, le second étant la négation du premier.
Cela semble paradoxal, mais nous sommes dans une situation où c’est l’argent sale qui refuse d’être blanchi. Et pour cause ! L'État a mis en place un système économico-financier qui sert le grenouillage affairiste occulte et spéculateur plutôt qu’il n’encourage à l’entrepreneuriat producteur et au commerce transparent. Et ce qui, en affaires, donne un net avantage à la dissimulation sur l’honnêteté civique, c’est que les signes extérieurs de richesse ne sont pas compromettants. Et c’est le pouvoir qui, le premier, s’en prendrait à celui qui jetterait la pierre à l’un de ses incorruptibles serviteurs !
Il n’y a pas seulement les “signes extérieurs de richesse” de ses enfants chéris qui sont de nul effet, pour le régime. Même les enquêtes de ses propres services et les verdicts de sa propre justice n’arrivent pas à disqualifier moralement ses fidèles. Dès que l’orage du scandale qu’on n’a pas pu étouffer passe, on se hâte de réhabiliter le coupable vite devenu victime. En le recyclant dans les institutions. Sinon en le proclamant, d’autorité, innocent, voire en le déclarant persécuté, comme vient de le faire Ouyahia au sujet de Chakib Khelil.
Cette pratique de réhabilitation “silencieuse” se fonde sur l’obligation d’amnésie. Elle a été éprouvée dans la résolution de la question du terrorisme. Il suffit de fermer les yeux sur tous les crimes de la “tragédie nationale”, cette généralité où se confondent victimes et bourreaux de tous bords, pour qu’il ne se soit rien passé. Et un peuple qui, au bout d’un bain de sang, a pu applaudir à la “réconciliation” politique ne peut qu’agréer, plus aisément encore, une amnistie fiscale. Surtout qu’il y a longtemps qu’il n’est plus en notre culture de nous émouvoir de ce que des concitoyens escroquent l’État. C’est même, en ce temps de morale rentière, l’objet d’une compétition nationale.
La question de l’amnistie fiscale est dépassée. C’est fait !


M. H.


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