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contrechamp / ACTUALITÉS

Révolution et auto-évolution

Le chef d’état-major a recommandé “l’application de l’article 102” de la Constitution.
Dans la jurisprudence “politique” nationale, on applique les articles, non quand cela s’impose, mais quand cela excuse une manœuvre politique.
Cela fait sept ans que l’article 102 de la Constitution de 2016, ou son équivalent dans la Constitution précédente, pouvait être légitimement convoqué. Or, ni durant ces sept ans d’incapacité du Président, ni même entre le 22 février et le 11 mars derniers, entre le jour où le peuple est sorti crier son indignation devant cette situation humiliante et son engagement à y mettre fin sans délai, et le jour où Bouteflika a fini par concéder de ne pas se présenter à un cinquième mandat, ils n’ont pas pensé à cette solution. Tout en accompagnant d’ailleurs sa concession d’une décision de prolongation de règne.
Maintenant que Gaïd s’est prononcé, et si le Conseil constitutionnel suit sa suggestion, le premier effet en sera que Bouteflika verra son dernier mandat amputé de quelques jours.
Le second effet est que, malgré la satisfaction du préalable de fin de règne de Bouteflika requis par le peuple, la structure de l’État reste aux mains du même régime, le numéro 2 de l’État, devenant le numéro 1, et le gouvernement restant nécessairement sans changement ! De plus, on ignore encore ce qui sera fait durant ces “45+90 jours” ou “90 jours” d’intérim, en matière de réforme politique. Un préalable à la solution n’est pas la solution. Ou pas encore.
Si le chef d’état-major s’est publiquement prononcé pour la destitution constitutionnelle du Président, c’est soit parce qu’il n’a pas rallié les autres institutions (Conseil constitutionnel, notamment) à son idée, soit parce qu’on l’a obligé à y mettre la “caution” de l’armée. C’est le paradoxe de notre “république” : elle a besoin de la “caution” militaire pour avancer vers la démocratie ! Pour l’heure, l’ANP s’est impliquée dans la “solution à la crise” sans suggérer de “feuille de route”. Ce qui lui évite de se mettre en porte-à-faux avec la revendication populaire : la fin du régime et le passage à l’avènement de la République (pas la seconde, la première n’ayant aucun des attributs d’une vraie République).
De son côté, le régime Bouteflika ne tient plus. Ses bases mêmes ont cédé devant la force du mouvement populaire. Qu’il soit déposé sous une forme ou une autre, la suite dépendra de l’endurance populaire et de sa capacité à garder la cap de la rupture démocratique.
Le pouvoir se cache derrière les formes pour ralentir le processus de changement. Alors qu’il y a quelques semaines encore il changeait de président d’APN par un simple cadenas, il redécouvre, ces temps-ci, le constitutionnalisme ! Espérant piéger le peuple par ces formalismes soudains devenus importants pour un personnel politique jusqu’ici tolérant à tous les arbitraires. Le peuple est d’abord engagé par sa cause : passer d’un État autoritariste, qui n’a que trop duré, à un État républicain. Jusqu’à l’atteinte de cet objectif, tout ne sera que péripéties.
Surtout que ce peuple démontre chaque jour que, contrairement à ses dirigeants, il est à la hauteur de cette république rêvée.


M. H.


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