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contrechamp / ACTUALITÉS

Révolution et principe de réalité

Vendredi dernier, à Alger, des femmes ont été violemment empêchées de déployer leurs pancartes contre le code de la famille et pour l’égalité des droits.Malgré la présence de policiers et d’autres manifestants, elles n’ont pas été défendues contre l’abus de fanatiques machos, défilant, eux aussi, pour la rupture ! Pire, à travers les réseaux, l’agression a été abondamment justifiée et les femmes agressées vilipendées.
Après cet “incident”, l’on est bien obligé de relativiser l’enthousiasme suscité en nous par le pacificisme et la convivialité de ce grand soulèvement. En tout cas, le chroniqueur en ressent la nécessité, ayant d’abord été pris d’émerveillement devant le spectacle d’une nation qui, soudain, se redresse et se réconcilie.
Dur, à certains âges, de commencer à croire au miracle ! Mais qu’à cela ne tienne : il fallait prendre acte, et avec bonheur, de l’effet de cette évolution. Il fallait même trouver une explication à cette brusque mutation ethnoculturelle. On a avancé, entre autres, l’intrusion libératrice et instructrice des réseaux sociaux et la réaction indignée de la jeunesse à l’insistance humiliante à faire durer le règne d’un Président impotent…
On ferma donc les yeux sur les quelques écarts de comportements passagers, les slogans de “dawla islamia harrachia”, les prières collectives de rue, s’en tenant à l’ambiance générale de sérénité et de tolérance.
L’intervention violente contre des manifestantes féministes, au niveau de la Fac centrale d’Alger, remet littéralement en cause la réalité de cette évolution mentale et, du coup, repose la question de l’efficacité politique de cette stratégie d’“accommodements raisonnables”, comme on dit au Canada.
Elle révèle la régression culturelle d’une société que le pouvoir a livrée à la normalisation islamiste depuis qu’il a composé avec l’obscurantisme. Ce n’est pas un hasard si le meneur de cette attaque s’est présenté comme “oulid el-houma”. Le pouvoir a promu ce statut qui autorise les “fils de quartier”, concept exclusivement masculin, à avoir autorité sur la voie publique du… quartier et le type de mœurs qui peut y être accepté. Vigiles de l’intégrisme et bras normalisateur de l’administration.
L’ensemble urbain autour de la Fac centrale  d’Alger a été construit par la colonisation mais qui est hanté par l’esprit de Maurice Audin et de Taleb Abderrahmane, a hébergé des génies comme René Bourdieu, auteur justement de “La domination masculine”, fut fréquenté par de grands esprits anticolonialistes comme André Nouschi ou André Mandouze, a accueilli de brillants professeurs comme Ali El-Kenz, Mahfoud  Kaddache, Djamila Danièle Amrane-Minne, Assia Djebar… Le voici réduit au statut de “houma” où l’expression est supervisée par un misérable guetteur de bonnes mœurs qui a si aisément et si prestement recruté ses soldats. C’est dire que la haine de la femme court les rues ! Ne nous effarouchons pas, mais Alger, c’est Cologne tous les jours, révolution ou pas.Or, c’est à la place de la femme dans la société qu’on reconnaît une démocratie d’un État archaïque. Alors quel système revendique-t-on ?  On sera bientôt contraints de se prononcer. On risque dese désillusionner. 

 

M. H.


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