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contrechamp / ACTUALITÉS

Saha aïdkoum !

Le Ramadhan est passé. Avec, dans la société,  son déploiement de démonstrations de piété  qui servent à dissimuler l’expansion de l’individualisme et le recul des bonnes manières. Et avec, de la part de l’État, ces manifestations de solidarité par lesquelles il cherche à escamoter  les fractures culturelles et socioéconomiques qui disloquent cette société.
Pour le militantisme religion ordinaire, le Ramadhan, c’est le moment d’appuyer sur les salamalikoum et les inchallah, signes de ralliement sur lesquels nous sommes doucement mais continûment testés. À force d’assauts répétés, on finira bien, et on finit bien, par renoncer à ses “sabah el-khir”, “massa el-khir”, “saha”, “azul” et au simple signe de la main ou de la tête.  
Pour tous les desseins idéologiques et politiques à carburant religieux, il est de tradition que le mois du jeûne constitue une opportunité de prosélytisme. C’est un peu la session annuelle d’activisme islamiste sous couvert de regain de foi. Sur le plan rituel, l’intégrisme a fini par imposer l’uniformité de l’apparence et de la pratique. En complément du salut normalisé, les mouvements de groupes aux tenues unifiées et à l’allure empressée, en direction et en provenance des mosquées, viennent accabler de marginalisme les rescapés d’un alignement des apparences supposé traduire un nivellement des consciences. Les “hors-la-foi” qui s’assument sont contraints de recourir à la clandestinité pour vivre leur part de profane existence.
Dans cette fièvre dévote, le pouvoir n’est pas en reste. Nous avons eu à observer l’intérêt souvent manifesté par le président Bouteflika pour la promotion de la religion, un intérêt qui transparaît à travers la personnalisation du projet de la Grande mosquée d’Alger, notamment. Mais pas seulement : ses empressements autour des zaouïas ne s’expliquent pas que par l’utilité politique de leur pouvoir d’influence ; ils sont aussi l’expression d’un réel accès de mysticisme.
L’usage politique que les autorités font de la religion est aussi illustré par l’organisation d’opérations de propagande ciblant la fibre religieuse de la population. Ainsi, en est-il du choix du Ramadhan pour programmer une distribution massive de logements en présence de ministres dans chacune des régions concernées. On sait bien que ces actions offrent autant d’occasions de célébrer le paternalisme bienfaisant du Président. Cette fois-ci, ces autorités ont poussé le zèle manipulateur jusqu’à faire coïncider l’événement avec leïlat el-kadr (la nuit du destin), suggérant la nature providentielle du geste présidentielle.
Pendant que la spiritualité d’imams syndiqués fusait de haut-parleurs qui méritent bien leur nom et de télévisions au populisme lucratif, les affaires, les vraies, celles qui se répercutent par la cherté hérétique de notre ftor et celles qui sentent l’argent sale, le foncier accaparé, l’herbe et la cocaïne, continuent, œuvres criminelles de concitoyens d’apparence bien plus pieuse que la nôtre.
C’est pour cela que, malgré les ostentatoires manifestations de piété générale, le plébéien “saha aïdkoum” reste préférable au “aïdkoum moubarak” altéré par l’usage prédateur de la foi.

M. H.


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