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contrechamp / ACTUALITÉS

Savoir, dictature et démocratie

L’onde de choc provoquée par les images de la répression sanglante des médecins résidents ne s’est pas encore dissipée.
La scène est ahurissante, en effet. Surtout pour ce qu’elle représente : une gratuite brutalité s’abattant sur un personnel dont la vocation est de puiser dans les sciences les moyens de soulager la souffrance sur l’échelle des valeurs de notre système politique. Cette déconsidération qu’il affiche envers certains espaces de la vie sociale vient de ce que ce système est, dans son essence, orienté vers la défense du pouvoir.
Le monde médical, en particulier celui qui agit dans le secteur public, n’intéresse l’autorité qu’en ce qu’il lui assure la marche, même bancale, de service. Il intéresse aussi, accessoirement, les potentats qui y puisent, parmi les plus qualifiés, leurs “médecins personnels” quand le bobo ne nécessite pas encore un transfert vers des structures plus en rapport avec leur importance.
Ce mépris des grandes fonctions sociales, comme la santé, l’école, les loisirs, l’environnement, vient de ce que l’autorité se préoccupe d’abord d’entretenir les institutions qui aident à accaparer le pouvoir et à le conserver. Outre une vorace clientèle rentière, elle a à gâter les organes qui légifèrent, les institutions qui répriment, les systèmes qui organisent et contrôlent la vie politique et “électorale”, ainsi que les instruments de propagande religieuse, partisane et médiatique… Cela fait beaucoup de monde à couver pour qu’il reste le temps et les moyens à investir dans des institutions qui, comme la santé ou l’école, ne peuvent ni donner ni retirer le pouvoir. En tout cas pas à court terme.
La situation de l’enseignement supérieur est un indicateur plus parlant de cet intérêt politique sélectif. Cette institution est reléguée à une routinière production d’une population diplômée et toujours plus nombreuse, mais toujours moins bien formée et piégée par une politique de contre-développement économique. Une tâche semble bien encadrée : les multiples contrôles des entrées et sorties. Le gouvernement construit des locaux pour pouvoir dire tout ce qu’il a fait pour la formation supérieure des jeunes, ce qui assure à l’institution une existence végétative occasionnellement ponctuée de fuites sur des faits de censure politique et de faux diplômes.
À quoi servirait-il d’investir dans l’intellect puisque, après quinze ans d’autoritarisme inamovible, c’est le haut débat engagé entre Ould Abbes et Tliba qui définira la perspective qui se présente à la nation algérienne ? Et la nuance qui marquera le énième mandat du Président. Pas besoin d’attendre d’être tabassé, on peut se taper la tête contre le mur. Il suffit à nos responsables de louer la perspicacité du Président et de se déclarer au service de son pertinent  programme pour qu’ils apparaissent comme intelligents par procuration. En souscrivant à la pensée unique, ils héritent de l’intelligence unique.
Surtout que, selon Ould Abbes, Bouteflika aurait “donné une leçon de politique à Macron”. La précision s’imposait, en effet : une leçon de politique, pas une leçon de démocratie.

M. H.


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1 réactions
Fraternity le 08/01/2018 à 14h16

Le délaissement et la marginalisation du savoir est une constante du pouvoir. Le savoir se conjugue mal avec la DICTATURE car il est antinomique. Aux yeux des dictatures, le savoir est même synonyme de corruption intellectuelle; Nombreux sont les médecins qui ont choisi l'exil ailleurs, pour exercer leur métier... Des espèces de clowns politiques, comme Tliba, le jeune Ould Abbes..; ne promettent pas beaucoup d'avenir intelligent à nos enfants.

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