Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

contrechamp / ACTUALITÉS

Schizophrénie

“Allah a envoyé Mohamed comme bénédiction pour l’humanité et il a envoyé Bouteflika  comme bénédiction pour les Algériens.” C’est Tayeb Zitouni, ministre des Moudjahidine, qui vient de faire cette… révélation.
Quand le chroniqueur a visionné le film de cette déclaration télévisée, il s’est d’abord refusé à croire en son authenticité, penchant plutôt pour un montage malintentionné ou simplement amusé de quelque irresponsable bricoleur vidéo. Il a fallu constater l’absence de démenti, malgré la reprise commentée qu’une télévision égyptienne en a faite, pour se convaincre de la véracité du propos.
On croyait qu’avec “un cerveau du Président qui fonctionne mieux que tous nos cerveaux” de l’ami Benyounès, nous avions atteint le summum de la surenchère courtisane. On pensait aussi qu’avec la remontée dans le temps de Benhammou, président du parti en carton El-Karama — rien que ça ! — exigeant de Bouteflika qu’il partage le butin avec ses soutiens comme le faisait le prophète à l’époque des guerres-razzias, on avait abordé les limites des comparaisons osées !
Mais non, malgré ces improbables trouvailles, les soutiens du Président continuent à creuser. Et le ministre des Moudjahidine vient de placer la barre plus haut, plus “Haut” est-on tenté d’écrire, puisqu’il ose proclamer que Bouteflika est aux Algériens ce que Mohamed est aux humains ! Ainsi, le prophète universel a un équivalent actuel, sauf que ce dernier a été envoyé plus tard pour assurer le salut du seul peuple algérien ! C’est frappant cette image du ministre se tournant vers le public et tirant un rictus mi-ahuri mi-satisfait devant la “performance” apologique qu’il vient, croit-il, de réaliser. Peu importe qu’elle fût accomplie au prix d’une offense au statut unique et ultime du
prophète.
Bien sûr, l’establishment religieux, qui compte des milliers de rentiers du culte, n’a pas bronché : le blasphème serait-il excusable quand il est au service de l’autoglorification du régime ? Un régime qui, par ailleurs, a fait de la bigoterie un de ses éléments de légitimité politique. Et se fait gardien de la bonne pratique du culte pour mieux l’exploiter politiquement.
Imaginons un instant qu’un militant du PT, du FFS, du RCD ou du MSP ait osé la comparaison au profit de son leader vénéré. Cela aurait immédiatement provoqué un soulèvement rédempteur des fonctionnaires et des marchands de foi. Mais là, pas un souffle. Même l’Association des oulémas, d’habitude si vigilante et si prompte à réagir aux agissements sacrilèges, n’a pas frémi.
La “balagha”, technique de la rhétorique arabe, recourt beaucoup à la comparaison et, surtout, à l’exagération. Maniée avec art, elle soutient l’éloquence ; pratiquée de manière inconsidérée, elle peut couvrir de ridicule son bourreau.
Mais le régime n’en est plus à ce genre de précautions. Une fable est par nature surréaliste. Alors, faute d’arguments politiques et de gestion, les hommes et les femmes du régime le défendent en forçant le trait… jusqu’à perdre, de plus en plus souvent, le sens des réalités. Difficile à admettre, mais nous sommes en pleine schizophrénie.

M. H.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER