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contrechamp / ACTUALITÉS

Société civile, démocratie et religion

Hier, “la société civile” est donc arrivée à émettre “une feuille de route”. 
Le texte, d’une réelle inconsistance politique et d’une relative qualité rédactionnelle, hésite à traduire la franche revendication républicaine exprimée par l’insurrection pacifique nationale,  mais ne se gêne point pour consigner l’attachement de ses rédacteurs à une forme de république qui, jusqu’ici, a justement permis l’oppression islamiste de la société et la chasse aux droits civiques, dont la liberté d’opinion et de conscience. Et qui a en particulier permis l’exclusion de la femme de l’espace public et  l’étouffement de sa revendication pour un plein statut de citoyenne.
Si le geste ne suffit pas à sa signification, la lecture de “la fatiha” en introduction à cette réunion vient dénoncer l’objet même de la rencontre : celui d’imaginer les modalités de transition institutionnelle d’un État despotique, dont une des caractéristiques est l’instrumentalisation populiste et hypocrite de la religion, vers une République consacrant les libertés individuelles, dont la liberté de conscience, la citoyenneté indépendante de la couleur, de la conviction et du sexe de la personne, ainsi que la règle cardinale de séparation du champ politique et du domaine religieux. Dans la réunion inaugurale, ces principes démocratiques ont été bafoués.
Cette démonstration de bigoterie introductive est significative d’un opportunisme politique qui, dans notre pays, se caractérise par les coutumières concessions bigotes faites à l’islamisme. 
Pourtant, et sauf malentendu, la révolution en cours depuis le 22 février est bien une révolution pour une république. Une république, par nature, laïque. Même si la rhétorique islamiste a frauduleusement affublé le terme d’un effrayant contenu antireligieux. Bien que restant vagues sur la nature de l’État à construire, les “civils” réunis pour commencer à codifier la transition n’ont pas omis d’intégrer “les principes tracés par la déclaration du 1er Novembre”, nous imposant l’inclusion constitutionnelle anticipée des “principes islamiques” évoqués par la déclaration en question. Même s’ils en ont occulté le premier terme, on voit que le germe “badissia-novembria” insidieusement infiltré dans certaines marches a pris ! 
Quatre mois de soulèvement pacifique qu’on a impertinemment surnommé hirak (remuement !) sans entendre la moindre référence religieuse, mais le cénacle baptisé “société civile”, supposé parler pour des millions de manifestants, se préoccupe d’entrée de bénir sa “feuille de route” par une “fatiha” anticipée et de prescrire “les principes islamiques” à la future République !
C’est l’occasion de rappeler qu’il ne s’agit plus, aujourd’hui, de mettre en œuvre la révolution de 1954, mais de faire aboutir celle, révolution à part entière, de 2019 !
On comprend pourquoi la “société civile” a soigneusement évité que ne s’introduisent dans son conclave les militantes féministes et ne s’est préoccupée d’y attirer la jeunesse innovante dont elle admire la brillance engagée tous les mardis. 
Il n’y a pas meilleur prétexte que la religion pour barrer la route au progrès politique ! Et en terre d’islam, la contre-révolution dispose d’une religion normative ayant vocation à ordonner la société. 
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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