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contrechamp / ACTUALITÉS

SYSTÈME, CORRUPTION ET RUPTURE


Les cotisations de soutien à la campagne avortée pour un cinquième mandat de Bouteflika portent des montants faramineux. Il est question de dizaines de milliards de centimes par souscripteur.
Les chèques des affairistes soucieux de la “stabilité”, pour reprendre l’argument de l’“entrepreneur” Mazouz, n’ont rien à envier, en termes de valeur, aux lingots des émirs arabes évoqués par Ouyahia. 
En audience, ce patron essaie, comme tous les protagonistes de ces vingt ans de pillage, qu’ils appartiennent au milieu affairiste véreux ou à l’encadrement politico-administratif ripoux, de défendre son innocence. Ce qui est naturel. Mais dans ses efforts visant à se disculper, il révèle d’intéressantes informations sur le mode de fonctionnement de cet infernal binôme mafieux, oligarchie-clan présidentiel : chacun s’informe sur les niveaux de contribution respectifs de ses pairs pour moduler sa participation de sorte à ne donner ni trop ni peu !  C’est un système de commerce argent-pouvoir où la participation est d’abord consentie, sinon recherchée. On ne doit donc pas parler de  “rançonnage”. Certes, la masse d’entrepreneurs honnêtes est là pour valoriser leurs initiatives, leurs investissements et leur gestion et gagner le salaire de leur fonction sociale. Mais à côté de cette catégorie de patrons, domine une faune d’affairistes qui rivalisaient d’empressement autour du clan présidentiel, d’abord, et de tous ceux qui, dans l’État, occupent un poste clé dans le circuit d’enrichissement mafieux et sont disposés à marchander leurs parts de prérogatives, ensuite. 
Ainsi, tous les opérateurs sont l’objet de racket. Subi, parfois, mais d’autres fois volontaire. Et à tous les niveaux. Dans les catégories “supérieures”, c’est souvent le parrain qui sélectionne ses “partenaires”, quand ce ne sont pas ces partenaires qui jouent des coudes pour être admis dans le cercle de la haute criminalité politico-économique. Bien sûr, ici comme ailleurs, la généralisation n’est pas autorisée, mais la métastase est flagrante. 
Si de si nombreux dirigeants, détenteurs d’espaces d’autorité, au sens territorial ou institutionnel, peuvent s’adonner à la corruption, au détournement et à l’accaparement, comme le montrent ces affaires en jugement, c’est parce que, dans le cas algérien, l’État entité a été transformé en organisation mafieuse.
Avec  les caractéristiques de la mafia classique : l’exclusion des acteurs politiques et économiques inadaptés, le rançonnement des revenus honnêtes ou pas, l’omerta qui impose le silence consenti ou imposé, l’étouffement des opposants, la corruption et la répression de la pression, l’insécurité pour les protestataires et  les lanceurs d’alerte, etc. Les procès se succèdent avec leur lot de choquantes révélations. De nombreux autres, prometteurs de semblables scandales, sont programmés. Le risque, avec cette quotidienneté judiciaire, est qu’elle réduise les vingt ans de prédation nationale à un chapelet de forfaits individuels ou collectifs distincts.
Or, nous sommes dans un cas de système  consciemment, voire consciencieusement, conçu et imposé à une fin de pillage de grande envergure de la rente nationale. Si la justice doit s’appliquer en fonction de ses règles d’action, elle n’épuisera pas pour autant la question politique. Un système politique, parce qu’il a sa logique indissociable de sa finalité, ne se réforme pas ; il s’abolit et se remplace.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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