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contrechamp / ACTUALITÉS

Système, élection et abstention


Le pouvoir a eu ses élections législatives. Comme les scrutins précédents, il voulait qu’elles se tiennent, indépendamment du niveau de participation. 
Le président Tebboune l’a rappelé, hier, depuis son bureau de vote : “le taux de participation ne (l)’intéresse pas” ; ce qui lui importe c’est que les députés qui en sortiront “détiennent la légitimité du peuple”. Mais le pouvoir a-t-il le choix d’une autre attitude ?
Les citoyens, qui, depuis février 2019, revendiquent le remplacement du système en place par un système démocratique, n’arrivent toujours pas à se faire entendre. Invariablement, leur revendication ne suscite que dédain, répression et fuite en avant. Celle-ci ne trouve, en fait, l’expression de sa popularité et de sa persévérance que dans le fort taux d’abstention renouvelé à chacune des élections organisées ces deux dernières années. Un niveau d’abstention qui traduit l’ample rejet, non pas de l’élection, mais du cadre systémique du fonctionnement politique du pays. 
Ainsi, les autorités politiques ont beau avoir un autre avis, l’enjeu de l’élection est bien dans la participation populaire à l’évènement. 
Si le pouvoir a mobilisé les moyens de répression et d’étouffement de la demande de changement systémique, il n’a pas encore trouvé le moyen de rallier le peuple, dans des proportions acceptables, à une pratique politique aujourd’hui massivement et durablement réprouvée. Dès la veille du scrutin, il a d’ailleurs donné le ton, en publiant une ordonnance apportant des modifications au code pénal et élargissant la qualité de terroriste à toute personne ou entité accusée d’œuvrer ou d’inciter, par quelque moyen que ce soit, entre autres, à “changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels”.  
Or, la manifestation et l’expression publique  sont bien des moyens “constitutionnels” de revendication et donc “d’action politique”. Pourquoi deviendraient-elles des “moyens non constitutionnelles” dès lors qu’il s’agit de demander un changement de système ? Comme l’amendement en question vient en renfort à la démarche de répression, toujours plus intense, des marches populaires et des publications professionnelles et citoyennes prônant la rupture avec le système en place depuis l’indépendance, on peut craindre que c’est le droit de manifester et d’exprimer ses opinions qui est soudain proclamé “non constitutionnel” !
Toujours la veille de l’élection, une série d’arrestations ciblent des personnes déjà interpellées et poursuivies en raison de leur implication militante ou de leur activité journalistique. Et c’est dans ce contexte de répression, alourdie par la menace de cette épée de Damoclès judiciaire, que le pouvoir prétend progresser “dans l’édification d’une Algérie démocratique” !
Il faut un effort d’amnésie pour voir qu’une élection, tenue dans un contexte marqué par un resserrement du carcan judiciaire liberticide par un accès de répression contre la liberté d’expression et par un record d’emprisonnements pour délits d’opinion, puisse constituer un pas dans un processus de démocratisation du pays. 
Non, dans un système, le taux d’abstention est bien le seul fait politique d’une élection. 

M. H. 
[email protected]


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