Scroll To Top

contrechamp / ACTUALITÉS

SYSTÈME ET RELIGION : LE VICE ET LA VERTU


Le président du HCI vient d’émettre un modèle de sentence totalitaire : “Tout algérien se doit d’être musulman.” 
Mais, lui qui a longtemps servi dans le régime mafieux de Bouteflika, comme ministre dans deux gouvernements Sellal et… neuf gouvernements Ouyahia, en compagnie d’illustres camarades, comme Chakib Khelil, Bouchouareb, Ghoul…, ne nous dit pas si c’est là, dans ce paradis de la vertu, que nous devrions puiser nos modèles de musulmans. À moins qu’il ne sache pas reconnaître un vrai d’un faux musulman.
Le propos est cohérent avec la démarche islamiste d’exclusion qui œuvre à l’uniformisation idéologique et à la mobilisation belliqueuse, et se désintéresse royalement de l’état de piété réel de ses adeptes. Les islamo-politiciens usent de la religion comme d’un parti unique. En Algérie, les deux courants, l’islamiste et celui dit “nationaliste” (lui aussi revendique le monopole d’un sentiment !), s’allient et se mésallient  en fonction de cet enjeu. Ils partagent ou se disputent, alternativement ou aux mêmes moments, l’arme politique de la religion, si pratique pour la manipulation politique des foules.
Sur sa lancée, Ghoulamallah décrète que les non-musulmans sont des “graines semées par la France” et demande aux “Oulémas musulmans algériens” d’y faire face “et de poursuivre le djihad national et théologique pour éradiquer ces résidus”. Comme si les Oulémas étaient pour quelque chose dans l’initiative indépendantiste et que celle-ci n’était pas le fait de jeunes militants pétris de rationalisme révolutionnaire ! Des castes à l’époque acclimatées à un système colonial qui avait politiquement intégré leur domination féodale sur la société pouvaient-ils avoir une si subversive idée ? 
Certes, au déclenchement de lutte armée, la direction révolutionnaire a inséré la référence religieuse dans son appel et dans son discours, mais sans se départir de la finalité émancipatrice, moderniste et humaniste, véritable idéal inspirant de la revendication d’indépendance. Comment pouvait-il en être autrement pour une élite s’adressant à une société si profondément imprégnée par la piété musulmane ? D’ailleurs, devant les visées postrévolutionnaires des islamistes, les mêmes dirigeants ont pris soin de rappeler, au Congrès de 1956, que l’État algérien pour lequel ils se battaient ne pouvait être “ni une monarchie ni une théocratie… révolues”. La précision est éloquente.
Aujourd’hui, les islamistes, sur demande d’un pouvoir converti à l’islamisme politique pour sa vertu aliénante, veulent s’associer à l’initiative de 1954 ! Et même se l’approprier et monter la garde sur son butin ! 
Cette entreprise révisionniste n’aurait pas été  possible sans un régime en déchéance qui voit son salut dans une “sainte alliance” islamo-conservatrice supposée apte à étouffer le Hirak démocratique. La proposition “Novembria-Badissia”, violant allégrement l’Histoire, autorise Ghoulamallah à proclamer que “l’islam et le nationalisme sont les deux faces d’une même pièce”, sous-entendant que les Oulémas ont pris part à la décision de déclenchement de la guerre de Libération. Comme l’école et les médias, l’institution religieuse est invitée à contribuer à façonner une société à l’image de la convergence islamiste-conservatrice qui désormais sévit dans les institutions. 
 

M. H.
[email protected]


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER