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contrechamp / ACTUALITÉS

Système, justice et communication

À peine le scandale éventé, qu’on commence par arrêter les journalistes qui s’en étaient approchés. Cette réaction des autorités était déjà annonciatrice d’une volonté de traiter l’affaire en l’entourant de la plus grande discrétion.
Et au lieu de se contraindre à une discipline de communication, les autorités préfèrent s’adresser aux médias pour les dissuader d’exploiter les éventuelles fuites, intentionnelles ou non, et les sommer de “respecter les institutions”, c’est-à-dire de ne rien dire ou écrire qui pourrait faire douter de l’intégrité des responsables institutionnels. Après le syndicat des magistrats, c’est au tour de leur tutelle de nous “mettre en garde”. Le ministre nous a clairement enjoints de “respecter les institutions, de respecter leurs responsables”.
Cela fonctionne ainsi dans un système tel que le nôtre : au moindre scandale, le pouvoir, dans ses multiples démembrements, se mue en corps compact et se met en alerte. Ce corporatisme fonde la “stabilité” de l’ensemble qui se comporte en organisme. La longévité d’un système de pouvoir est assurée de l’une des deux manières : soit elle repose sur des règles de perpétuation transparentes et collectivement admises, soit le système s’autoreproduit en réprimant les forces de changement et cachant les effets de son entropie, de sa propre autodégradation.
Dans le second cas, celui de notre système, il n’est pas possible de détacher une partie du tout : si l’on dissocie le moindre pan de mur, voire la moindre pierre, c’est l’édifice entier qui risque de s’effondrer. Il n’y a aucun sous-système indépendant, un sous-système qu’on pourrait sanctionner sans menacer l’équilibre du système. Un équilibre de collusion. Chaque partie du tout doit préserver les autres par son mutisme. Et même en cas de règlement de comptes ou d’amputation, cela doit s’effectuer dans le silence qui préserve l’entité. C’est pour cela que ce qui dérange politiquement dans une “affaire”, ce n’est pas tant son caractère criminel ni son aspect préjudiciable à l’économie ou à l’image du pays ; c’est son côté infamant et discréditant pour le pouvoir.  
C’est pour cela qu’à chaque fois qu’un scandale doit connaître une issue judiciaire, le pouvoir s’est arrangé pour ne pas en arriver là (cas BRC et Sonatrach-Khelil), pour organiser un procès a minima (cas de l’autoroute Est-Ouest) ou un procès où le menu fretin trinque pour des agissements de pontes (cas Khalifa).
Mais ce réflexe consistant à lever la chape de plomb dès qu’un scandale risque de faire voler en éclats l’omerta de rigueur ne suffit plus au temps de la communication totale. La presse de métier, “professionnelle” ou pas, n’a plus le monopole de l’information : grâce aux réseaux sociaux, “les gens” s’informent mutuellement. Il suffit que l’un d’eux ait l’information et qu’il ait envie ou intérêt à la “partager”… Si le ministre de la Justice a cru devoir s’expliquer sur le fait qu’une affaire ayant éclaté à Oran soit prise en charge à Alger, ce n’est pas parce que la presse l’a interpellé, mais parce qu’il a su que l’opinion se pose la question à travers ses circuits propres.
Si le pouvoir en est arrivé à condamner un simple blogueur à un emprisonnement de sept ans, c’est qu’il a compris la force dont la société peut disposer avec l’avènement de la communication citoyenne.

M. H.


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aminelicia le 27/06/2018 à 9h23

Bonjour Tout ce qui se passe, me donne l'impression (que je ressentais déjà depuis longtemps), et vous l'illustrez très bien dans votre analyse, que l’administration et les "institutions" adjacentes sont un peu partout, devenues (APC, Wilaya, national) une propriété privée et personnelle, entre les mains d’apparatchiks, qui se la transmettaient entre eux comme un héritage. Gare à celui qui ose se lever, ou qui se révolte contre cette situation où la loi du plus fort reste toujours la meilleure.

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