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contrechamp / ACTUALITÉS

Terrorisme et sociologie politique


Samedi dernier à Jijel, le ministre de l’Intérieur a demandé aux Algériens ayant quitté leurs fiefs d’origine au cours de la “décennie noire” d’y revenir.
Noureddine Bedoui a déclaré porter “le message du président de la République les invitant à retourner dans leurs régions sécurisées” et
annoncé que des “efforts colossaux” ont été déployés pour “redynamiser l’investissement” dans ces régions.
Dans les années 1990, le terrorisme a, en effet, accéléré un mouvement “naturel” de concentration humaine, corollaire du relatif développement socioéconomique du pays : du hameau vers le village, du village vers le bourg, du bourg vers la cité périurbaine et la ville… À l’attrait des services publics (électricité, eau courante, école, centre de santé, route et emploi) est venue s’ajouter la quête de la protection qui pousse le citoyen désarmé à se rapprocher du commissariat, de la brigade de gendarmerie ou de la caserne militaire. Ceux qui ne pouvaient se déplacer étaient contraints de subir le diktat des groupes armés. Avant que, par endroits, les citoyens ne pensent à s’autodéfendre.
L’étendue du mouvement migratoire dépendait du degré d’isolement des populations et de la qualité du tissu social et de la perception politique et culturelle qu’on a de l’invasion islamiste.  
On ne voit pas où, dans ces régions oubliées, le pouvoir a fait des “efforts colossaux” pour “redynamiser l’investissement”, mais il n’est pas sûr que des familles qui, depuis, se sont socialisées ailleurs, souvent en milieu urbain, disons suburbain, chercheraient à se réinstaller dans des zones qui leur rappellent les privations de l’enclavement et les exactions du terrorisme.  C’est l’occasion, ici, d’observer que ceux qui ont résisté comme ceux qui ont fui forment des catégories de “victimes de la tragédie nationale” que la soi-disant “réconciliation” n’a pas prises en compte.
Mais certains ont préféré pactiser avec le terrorisme islamiste, s’en accommoder sur place et prospérer dans une “économie de la nuit” (racket, contrebande, pillage de sable…) alors florissante. Des fortunes se sont ainsi accumulées au cours des années de sang, avec la bénédiction des “hommes en armes”, sous leur protection et en association avec eux. Cette économie a produit l’essentiel de la bourgeoise affairiste qui domine aujourd’hui l’informel, l’immobilier et une grande partie de l’industrie alimentaire et des marchés de gros de l’électroménager, des matériaux de construction… La corruption institutionnelle a permis à ces enrichis de la terreur de jeter des passerelles entre eux et des milieux
du pouvoir.
Le terrorisme islamiste — et sa gestion politique — a transformé la géographie et la sociologie économiques du pays. Et donc sa sociologie politique.
Cette alliance islamo-affairiste post-terroriste structure notre réalité présente. Elle est la véritable base d’une “réconciliation”… politique, et non populaire. Une réalité qui, de temps à autre, nous explose au visage sous forme de scandales où, on le voit, les démonstrations de religiosité
s’acoquinent avec les pratiques de corruption ! La jonction de “l’économie de la nuit” et de “l’économie de la rente” est faite. Pour le pillage, dans la réconciliation, de ce pays.


M. H.


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