Un 8 Mars en Algérie

Pour la journée du 8 Mars, le président de la République ne réunit plus autour de lui celles qui, pour le pouvoir, symbolisent la place de choix que la femme occupe dans notre société. Mais tous les responsables d’institution se feront un point d’honneur de célébrer cette date pour marquer leur attachement à la cause. Les médias aussi réserveront des espaces et des programmes à cette question.
Les 8 Mars se suivent et se ressemblent, comme des moments où fleurit la langue de bois. De tous les bords, on se penche sur le sujet : du représentant officiel qui peut égrener la longue liste de droits concédés aux Algériennes par leurs dirigeants éclairés, au machiste moderne qui soutient qu’elles peuvent bien s’épanouir au milieu de nos irréfutables constantes en passant par l’islamiste qui ne se pose pas la question, la religion l’ayant résolue en la codifiant strictement.
Dans les faits, la question fait du surplace. Ou plutôt elle accompagne le mouvement de régression sociétale qui sclérose le pays depuis des décennies. En effet, paradoxalement, à partir de la fin des années 1980 et l’avènement d’institutions “républicaines” et “démocratiques”, la société est entrée dans un processus de déclin culturel et de dégénérescence morale accéléré. Dans sa stratégie de lutte-conciliation contre (et avec) l’islamisme, le pouvoir politique a mis en place les conditions de ce marché tacite : je garde les institutions et je vous abandonne la société.
Depuis, les Algériens en général et les Algériennes en particulier — ceux et celles qui n’évoluent pas dans les espaces protégés de la “République” — sont à la merci de la tyrannie comportementale islamiste. Ceux et celles qui ne disposent pas d’un statut ou de moyens qui les mettent à l’abri de la pression sociale doivent se soumettre au diktat intégriste. Progressivement, ils adoptent la norme, un peu effrayés par l’agressivité islamiste, un peu pour parer au risque de marginalisation sociale. Ce mouvement de conversion, moitié forcée et moitié consentie, a touché même les agents de l’État : il n’est pas rare que, dans le traitement d’un cas de droit, un magistrat ou un policier fasse prévaloir la référence religieuse avant la référence légale. Pourquoi le personnel d’un État résisterait-il à l’agression et à l’occupation idéologiques islamistes quand les dirigeants de cet État ne se lassent pas de donner des gages de dévotion agissante aux promoteurs de cette idéologie ?
 Ainsi, dans les faits, et au quotidien, la “République” agit, indirectement, en théocratie. En laissant l’initiative à toute une faune de vigiles obscurantistes qui a fini par embarquer tout un peuple dans sa campagne permanente de rigorisme religieux. Dans l’espace public marqué par l’hégémonie du rigorisme triomphant, la présence même de la femme constitue une agression à l’ordre. À peine est-elle tolérée sous condition d’un accoutrement qui la néantise.  Même celles que le pouvoir expose comme des exemples d’émancipation ne sont libres que derrière les murs de leurs domiciles, des jardins de leurs villas-casernes des établissements qu’elles dirigent.
L’espace public national est régi par une espèce d’activisme intégriste démocratisé. On connaît la place de la femme dans cette conception du monde. Le reste n’est que langue de bois de circonstance.

M. H.