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contrechamp / ACTUALITÉS

Un putsch… pour quelle suite ?

En réunissant le bureau — dont a changé le président — pour déclarer la vacance de la présidence de l’APN, les commanditaires de la destitution de Bouhadja ont voulu donner l’illusion d’avoir mis les formes pour réaliser leur coup d’État parlementaire.
Dans le contexte national, ni le fait lui-même, le putsch, ni la méthode, l’usage de la violence physique, n’étonnent. L’histoire récente de la vie interne de la majorité est jalonnée d’interventions de “dobermans”, de “barres de fer”, de “justice de la nuit”… Encore deux étapes, une réunion de la commission juridique et une plénière élective, et le pronunciamiento sera accompli. Un nouveau président sera désigné dans une enceinte législative mise en coupe réglée par des députés mutins.
L’entreprise étant parvenue à ce stade, on peut douter qu’elle ait pu s’exécuter sans la bénédiction du président de la République,
voire son injonction. Car nos députés n’ont pas le sens de l’initiative, sinon, on l’aurait décelé dans leur productivité législative. Pourquoi un élu qui n’a jamais une idée à proposer dans sa fonction, celle de faire des lois, aurait-il soudain l’idée révolutionnaire de changer la direction de l’institution législative ?
C’est à leur unanimité qu’on reconnaît l’action commandée de nos parlementaires, ceux de la majorité, les autres étant là pour l’illusion démocratique. S’ils sont si peu à hésiter devant une action à l’illégalité pourtant évidente, c’est qu’ils se savent couverts par la suprême autorité. N’étant pas du genre à prendre des risques pour leur carrière, ils préfèrent immoler un des leurs, fut-il un vénérable apparatchik, plutôt que de mettre leur situation en jeu. Leurs prédécesseurs l’ont déjà fait et aucun état d’âme ne les a étouffés. Nous avons d’ailleurs un principe culturel qui justifie de sacrifier un semblable pour sauver notre peau : “Que pleure sa mère plutôt que ne pleure la mienne.”
Il reste à se demander pourquoi Bouteflika, qui n’a pas cherché à cacher que la destitution, en leur temps, de Bachir Boumaza et de Karim Younès, était de son initiative, n’a pas fait autant avec Bouhadja ? Pourtant, celui-ci s’est d’emblée dit prêt à obtempérer si la démission lui était suggérée par le Président. On aurait gagné en temps et en formes. Une hypothèse explique le choix de cette démarche problématique et coûteuse en image pour l’État : un projet de type “cinquième mandat”, “cinquième mandat aménagé” ou un “substitut au cinquième mandat” qui nécessite le passage par le changement à la tête de l’APN, voire des deux Chambres. Et peut-être que, dans le camp du Président, on ne veut pas assumer qu’on a anticipé la conception et la mise en œuvre de ce processus en développement.
La résistance, imprévue, de Bouhadja a probablement transformé ce qui devait être une furtive formalité en spectaculaire coup de force institutionnel. Dans l’opinion publique, la suite du programme, même si elle sera teintée de plus d’élégance républicaine, sera nécessairement reliée à ce paillard épisode. Et c’est à l’observation de ces prochaines séquences
qu’on comprendra pourquoi il fut si vital de se débarrasser de Bouhadja.
Le peuple dans tout cela ? Ayant déserté depuis longtemps une scène politique privatisée, il se demande ce qui se passe “entre eux”.


M. H.
 


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