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contrechamp / ACTUALITÉS

Violence des stades, notre violence

Le jour du crash et les jours suivants, une vague d’émotion a submergé les Algériens. Les plus jeunes d’entre eux, familiers réseaux sociaux, ont massivement manifesté leur peine face au tragique événement et leur solidarité avec les proches des victimes.
Le surlendemain, des milliers de ces mêmes jeunes s’étripaient avec une violence inouïe dans et autour des stades d’Oran et de Constantine. Un spectacle affligeant d’une jeunesse qui se donne hebdomadairement rendez-vous pour s’écharper allègrement à Constantine, à Oran, mais aussi à Béjaïa, à Alger, à Skikda et ailleurs sur le territoire national, au gré des rencontres “sportives”.
Le décalage entre l’émoi devant un drame douloureux mais accidentel exprimé par des Algériens et une sanglante bataille rangée délibérément initiée par une partie d’entre eux. Si bien qu’il s’est même trouvé un dirigeant du club de Sétif pour dénoncer le fait que le déroulement des deux rencontres couronnées par ces barbares empoignades fût programmé en plein deuil ! Il voulait dire que, les rendez-vous de football étant voués à la violence, le mieux aurait été de ne pas polluer cette période de pieuse pensée par des activités génératrices de comportements brutaux. C’est dire que les professionnels de cette activité footballistique ont intégré le fait que cette violence accompagne “naturellement” leur “sport”.
Cela n’est en tout cas pas vrai dans de saines sociétés. Là, le football est prétexte à la fête. À Turin, des milliers de tifosi, pourtant abattus par la défaite de leur équipe, se sont levés comme un seul homme pour saluer l’exploit technique d’un adversaire en train de les humilier sportivement.
Il semble cependant que, chez nous, l’activité footballistique, pourtant profitable mais pas plus qu’ailleurs, s’est accommodée de la violence de sa “clientèle”. Ses clients en veulent pour leur argent de victoires sinon ils “cassent”… pas seulement de l’adversaire, mais aussi du policier, des installations sportives, des abribus…
Mais il n’y a pas que l’affairisme footballistique qui ferme les yeux sur notre violence : la société aussi l’excuse quand elle s’exerce sur un citoyen qui vient se garer sur la voie publique d’une “houma” qui n’est pas la sienne, quand elle s’inflige à un migrant de couleur qu’on offense de tous les quolibets, quand elle s’abat sur une femme qui passe sans avoir eu la prudence de s’accoutrer de la pieuse tenue de rigueur…
L’État aussi a entériné ce glissement vers la normalité de la violence en décrétant l’impunité du crime absolu, le crime terroriste. La “réconciliation nationale” est un éloge subliminal de la violence dont l’onde de choc n’a pas fini de marquer nos générations à venir. Au demeurant, qu’importe pour l’islamiste d’avoir échoué dans la confrontation armée et de n’avoir pas conquis le pouvoir s’il a gagné les esprits ! Nous n’agissons pas tout à fait comme leurs terroristes, mais nous pensons comme eux et nous avons intégré leur fond violent : la loi du talion, le culte du martyre et toutes ces “valeurs” qui entretiennent l’instinct d’agressivité et qui nous autorisent à légitimer, par nous-mêmes, notre violence.
Ce n’est pas de violence des stades qu’il s’agit, mais de notre violence, de la violence de notre société et de notre État.


M. H.


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