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A la une / Contribution

À l’origine de l’évènement fondateur de la République

1er Novembre 1954 : ses vrais initiateurs et… les autres

Les premiers coups de feu de 1954, avaient débouché sur une tempête politico-militaire de sept longues années. ©D. R.

“Le 1er Novembre, c’est moi”, s’est écriée une haute personnalité nationale peu avant sa mort (Allah Yerhmou). “Dans la nuit du 1er novembre, les hommes de Ben Boulaïd portaient à leur poitrine un écusson à l’effigie de Messali.” “Krim Belkacem a fait le 1er Novembre au nom de Messali”, jurait une escouade de nostalgiques en quête de réhabilitation.

Lire et entendre pareils mensonges n’a pas dérangé la conscience des nombreuses instances et organisations en charge de l’Histoire et de la mémoire. Elles n’ont pas daigné intervenir, comme elles en ont le devoir, pour balayer ces balivernes, dénoncer les impostures et rétablir les faits afin d’éviter à des générations de jeunes de douter, de se poser la question légitime : “Qui croire et que croire ?” Les acteurs de la guerre de libération encore en vie, n’ont pas, eux aussi, réagi, vraisemblablement par pudeur, mais aussi par lassitude, face à tant de tricheurs et de faussaires.
L’immense Didouche Mourad, l’un des artisans, l’un des précurseurs du 1er Novembre, mort à moins de 28 ans, le 16 janvier 1955, moins de trois mois après le déclenchement de la guerre, avait exprimé un seul et unique souhait : “Si nous devons mourir, défendez nos mémoires.” C’est ce devoir de témoignage et l’immense respect que je voue à mes aînés, ceux qui ont ouvert et indiqué la voie à suivre pour libérer notre pays, qui m’ont incité à produire le présent écrit.
A l’occasion du 60e anniversaire du 1er Novembre, célébré en 2014, j’ai eu l’honneur de relater, lors d’une conférence dédiée à cet évènement, les préparatifs du 1er Novembre 1954 et de citer les vrais noms de ses auteurs et acteurs. Depuis, d’autres lectures, d’autres témoignages rapportés par de vieux militants sont venus compléter mes connaissances sur la question. Je me garde d’affirmer que tout y est et que tout est dit. Au contraire, mon souhait est que des historiens, de jeunes chercheurs s’intéressent davantage à cet évènement grandiose afin d’enrichir, par leurs analyses et les fruits de leurs recherches, nos connaissances sur cet évènement majeur. Que la vraie Histoire, la grande Histoire de notre Révolution, soit connue et rapportée, avant tout, par les Algériens, sans falsification des faits et sans usurpation des rôles.

Pour une Histoire sans usurpation des rôles
Le 1er Novembre fut d’abord l’œuvre d’une poignée d’hommes. Les hommes du 1er Novembre eurent le mérite d’être parvenus à exprimer et de mettre en œuvre ce qu’une grande masse d’Algériens pensaient et souhaitaient. Ces hommes eurent l’intelligence de faire confiance au peuple, parce qu’ils décelèrent en lui une force et une énergie insoupçonnables. Ils surent le mobiliser et lui indiquer des objectifs clairs.
Dans ce récit, nous allons suivre ces hommes durant les mois et les semaines qui ont précédé le 1er novembre 1954, reprendre la chronologie des évènements, décrire la situation du mouvement national.
Une première constatation s’impose. Le 1er Novembre fut le “fruit” de la grave crise que vivait le mouvement national, le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques). Parler du mouvement national, c’est évoquer le MTLD, car c’est le seul parti qui revendiqua l’indépendance de l’Algérie, et ce, depuis le fameux meeting de Messali, tenu le 2 août 1936, au stade municipal d’Alger (actuellement stade du 20-Août). Déjà, au temps de l’Etoile nord-africaine, Messali Hadj évoquait l’indépendance totale dans son discours prononcé, en février 1927, au Congrès anti-impérialiste, à Bruxelles, en Belgique. Ce parti était en crise depuis 1952. Deux tendances, deux clans s’opposaient. Il implosa au courant de l’été 1954 : Messali et ses fidèles, tels que Moulay Merbah, Ahmed Mezerna, Abdallah Filali, d’une part, et, d’autre part, ceux qu’on appelait les Centralistes constitués par la direction du parti et le comité central, dont les têtes sont Hocine Lahouel, Benyoucef Benkhedda, M’hammed Yazid, Abderrahmane Kiouane, Ahmed Bouda, Saïd Amrani, Abdelmalek Temmam.
Les Centralistes reprochaient à Messali son zaïmisme, le culte de la personnalité, son désir de devenir président à vie du parti et de conserver son droit de veto. L’autre gros grief tenait de la gestion du parti par délégation. Messali étant souvent absent (emprisonné ou assigné à résidence), il confiait la gestion à ses fidèles Moulay Merbah, Ahmed Mezerna et Abdallah Filali.
Pour sa part, Messali traitait les responsables du comité central de réformistes, de bureaucrates coupés du peuple, qui ne pensent qu’aux postes d’élus.
En réalité, la crise du parti eut des origines et des causes plus vieilles. Il faut remonter à 1950, mars plus précisément, et au démantèlement de l’Organisation spéciale (OS) par les services de sécurité français, que le parti a attribué à un complot de l’administration coloniale qui cherchait à interdire le MTLD.

Messali et les réformistes : la genèse de la crise
Que s’est-il passé réellement et quelle est la genèse de cette crise ? L’OS fut créée par le MTLD, en février 1947, lors de son congrès constitutif, afin de doter le parti d’une organisation paramilitaire avec pour objectif de déclencher la lutte armée, le moment voulu. Le premier responsable de l’OS fut Mohamed Belouizdad ; malade, il fut très vite remplacé par Aït Ahmed qui assurera la fonction jusqu’en 1949. Le troisième chef fut Ahmed Ben Bella, jusqu’à mars 1950. Des militants furent sélectionnés pour faire partie de l’organisation ; ils furent choisis au sein de l’organisation clandestine du PPA sur la base de critères tels que : conviction, courage physique, discrétion, etc. Ils s’entraînaient au maniement des armes, à la confection d’engins explosifs. L’OS disposait de formateurs, Abdelkader Belhadj Djillali, aspirant de l’Ecole d’officiers de Cherchell, Souidani Boudjemaâ, Ahmed Bouchaïb, et de manuels d’instruction. Ils étaient plusieurs centaines à se préparer au combat, dans la clandestinité. Un accident bénin, survenu, en mars 1950, sur la route de Tébessa, allait être fatal à l’organisation. Un militant indiscipliné, bavard, Abdelkader Khiat, dit Rehaiem, responsable local de l’OS, était conduit, en voiture, par d’autres militants, pour être sanctionné parce qu’il avait failli à son serment (on ne peut quitter l’OS). En cours de route, il parvint à s’enfuir et se réfugia au commissariat où il raconta tout. Les services de police découvrirent, ahuris, une vaste organisation couvrant tout le territoire, dont les membres s’entraînaient en plusieurs lieux, clandestinement, en vue de passer un jour à l’action armée. La police déclencha une grande rafle, remonta les filières et arrêta ainsi des centaines de membres de l’OS. Ceux qui en échappèrent se réfugièrent dans les maquis ou entrèrent dans la clandestinité. Le parti géra très mal cette affaire. Après avoir crié au complot ourdi par l’administration, il fit parvenir ses consignes aux détenus par l’intermédiaire des avocats : ne rien avouer, reniez devant le juge ce que vous avez reconnu devant la police ; dites que vous avez parlé sous la contrainte de la torture ; surtout, reniez toute appartenance au parti. Les instances de ce dernier craignaient la dissolution. Malgré les consignes, des responsables avouèrent tout. Le démantèlement de l’OS atteignit gravement le moral des militants et des dirigeants. C’est alors que le MTLD commettra une grave erreur. Il décida, en 1951, la dissolution de l’OS. Des centaines de militants de l’organisation dissoute, qu’on appelait les “activistes” furent abandonnés à leur sort. Cependant, une grande solidarité entre les militants atténua la précarité de leur condition matérielle. Avec le démantèlement de l’OS, dont le rôle essentiel était de préparer des militants à la lutte armée, s’éloigna la perspective de passer, un jour, à l’action armée, but de tout mouvement révolutionnaire. Les militants qui s’étaient engagés dans ce processus, n’ont pas admis ce qui pouvait être considéré comme un attentisme. C’est cette affaire de l’OS qui généra la crise au sommet du MTLD, entre, d’un côté, son président et, d’un autre, le comité de direction et le comité central. Les militants furent tiraillés, c’est le désarroi total. Ils furent incités à choisir entre les deux camps, les deux ailes du parti, entre Messali et les Centralistes.

De gauche à droite, Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf. D. R.
De gauche à droite, Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf. ©D. R.

La naissance du CRUA
C’est dans cette situation que naquit la nouvelle organisation : le CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action). Il fut l’œuvre de Boudiaf accompagné de Ben Boulaïd. Le CRUA fut créé le 23 mars 1954, à la médersa El-Rachad, à la Casbah (Djamaâ El Yhoud). Firent aussi partie du CRUA deux membres du comité central du parti, Dekhli Mohamed (Bachir), responsable de l’organisation, et Bouchebouba Ramdane, alias Si Moussa, contrôleur général du parti, pour que le CRUA puisse bénéficier des moyens matériels du parti, des finances et fichiers des militants, notamment les coordonnées des activistes. La réunion du 23 mars fut précédée par une rencontre au domicile de Hocine Lahouel, réunion qui regroupa Lahouel, Sid Ali Abdelhamid, tous deux du comité central, Boudiaf et Ben Boulaïd. Lahouel encouragea l’initiative des deux activistes, et c’est sûrement lui aussi qui suggéra l’inclusion au sein du comité de Dekhli et Bouchebouba. Ces deux membres quittèrent le CRUA peu de temps après. L’objectif du CRUA fut d’amener les deux clans du parti à dépasser leurs différends, de retrouver l’unité pour passer à l’action. Fin mai-début juin, Mustapha Ben Boulaïd accompagné de Didouche Mourad et de Hachemi Hammoud se rendirent chez Messali. Ils l’informèrent de leur intention de préparer le déclenchement de l’action armée, précisant que leur mouvement se compose de jeunes. Ils suggérèrent à Messali de mettre de l’ordre dans le parti (il était question, en effet, de tenir le congrès en juillet 1954). Ils lui proposèrent, avec insistance, d’être le leader de leur action. Messali affirma son intention d’épurer le parti, sans attendre, mais rejeta toute idée de passer à l’action armée : “Je n’ai encore rien décidé, ce n’est pas des jeunots qui vont m’indiquer ce que je dois faire…” Le “zaïm” fut irrité que des jeunes aient osé décider de lancer la lutte armée, à son insu, alors qu’une telle décision ne pouvait être prise que par lui. Il les a éconduits en les traitant d’aventuriers. À l’issue de l’entrevue, ils retournèrent au café Lutèce (boulevard Saint Michel, à Paris) où les attendait Omar Bendaoud, membre de l’OS et futur chef de la Fédération de France du FLN. Hachemi Hammoud était en colère : “Boulahya ne veut pas entendre raison. Je ne vois pas de solution, Omar. Je retourne au bled, je vends mes vaches, mes chèvres et je prends la route du Cham ou du Caire.” Didouche le reprit et lâcha : “Tu n’iras nulle part. Nous rentrons à Alger. Nous allumerons la mèche. Ils seront tous emmenés en prison.”
À Alger, les responsables du CRUA conclurent que les deux camps ne pouvaient pas se réconcilier. Que chacun d’eux se préparait à organiser son Congrès, séparément. Ils décidèrent donc de convoquer une réunion des anciens membres de l’OS.

La réunion des “22”
La réunion eut lieu le 23 juin 1954, à Alger, dans la villa de Lyes Derriche, au quartier de Clos Salembier (actuellement El-Madania). C’est Zoubir Bouadjadj, à la demande de Didouche Mourad, qui proposa la demeure du militant Lyes Derriche. Les participants, dont certains arrivèrent la veille, furent effectivement au nombre de “22”, y compris Derriche qui faisait le guet. C’est la réunion du groupe des “22”. Mustapha Ben Boulaïd présida la réunion. Il avait à ses côtés quatre autres responsables du CRUA (groupe des 5, devenu en septembre groupe des 6 avec l’intégration de Krim) : Ben Boulaïd, Boudiaf, Didouche, Bitat, Larbi Ben M’hidi. Boudiaf intervient en premier. Il présenta le rapport, élaboré au cours des réunions préparatoires par tout le groupe, relayé de temps à autre par Ben M’hidi et Didouche. Boudiaf fit l’historique des évènements depuis l’OS, décrivit la situation du mouvement national, la position de la direction du parti, celle du CRUA et, notamment, ses rapports avec les centralistes. Il regretta l’absence des “frères de Kabylie encore sous obédience Messaliste et des camarades qui végètent en prison” et il posa, en conclusion, à ces anciens de l’OS, la question principale : faut-il décider le principe de déclenchement de la lutte armée au plus tôt ou attendre que les conditions et les moyens de l’action soient mieux réunis ? Il y eut un intense débat, où deux points de vue s’affrontèrent : les uns proposèrent le passage immédiat à l’action, d’autres suggérèrent que le moment était prématuré, sans toutefois rejeter l’option de la lutte armée. La discussion dura tout l’après-midi. Les débats furent vifs. L’intervention émouvante de Souidani Boudjemâa, les larmes aux yeux, en faveur d’un déclenchement immédiat de la lutte armée, fut décisive. Il déclara : “Oui ou non sommes-nous des révolutionnaires ? Alors qu’attendons-nous pour faire cette révolution si nous sommes sincères avec nous-mêmes ?”
La motion adoptée par les “22” décida “le déclenchement de l’insurrection armée, seul moyen pour dépasser les luttes intestines et libérer l’Algérie”. Mais d’autres évènements ont sûrement pesé dans la décision des “22” de passer immédiatement à la lutte armée avec les moyens de bord. Dans les pays voisins, les nationalistes tunisiens avaient pris le maquis en janvier 1952, et au Maroc, les nationalistes, notamment à Casablanca, avaient entrepris la lutte dès la déposition du Sultan en août 1953. Un autre évènement eut un impact important, c’est le changement de régime en Égypte avec l’arrivée au pouvoir, en juillet 1952, des Officiers Libres et de Jamal Abdel Nasser. Nasser avait affiché son soutien au combat anti-impérialiste et son panarabisme.
Enfin, le gros évènement qui produisit un effet considérable fut, sans conteste, la défaite de l’armée française à Diên Biên Phu, au Vietnam, un mois auparavant, le 8 mai 1954, jour anniversaire des massacres de Sétif et de Guelma.
Les “22” décidèrent aussi de désigner un coordonnateur du Groupe. Le vote à bulletin secret fut décidé et nécessita deux tours de scrutin. Le nom du coordonnateur ne devait pas être divulgué à l’assemblée. Il devait rester secret. C’est le lendemain matin que Ben Boulaïd révéla à Boudiaf que c’est lui qui fut élu.
Rompus aux exigences de la clandestinité et ne voulant prendre aucun risque, les “22” décidèrent aussi de ne désigner que le responsable de l’organisation, lequel choisira par la suite ses proches collaborateurs qui constitueront l’État-major et qui seront connus de lui seul. Les adjoints seraient ainsi protégés. Le lendemain, Boudiaf choisit ses quatre compagnons qui avaient préparé la réunion avec lui : Ben Boulaïd, Didouche, Ben M’Hidi et Bitat pour former le Comité des Cinq et pour diriger, respectivement, les zones des Aurès-Nememchas, le Constantinois, l’Oranie et l’Algérois. La zone de Kabylie n’est pas concernée pour le moment. Elle le fut par la suite. Le groupe des Cinq est né. Le compte à rebours du processus de déclenchement de la lutte armée fut enclenché.
Dès le 28 juin 1954, Boudiaf et Ben Boulaïd invitèrent leurs autres compagnons à une réunion qui s’est tenue au 6, rue Barberousse, Alger, chez Kechida Aïssa, pour la mise œuvre des recommandations de la réunion des “22”.

Ben Bella en médiateur à Berne
En juillet 1954, Ben Bella se trouvait à Berne, Suisse, pour tenter une médiation entre les Messalistes, représentés par Mezerna et Filali, et les Centralistes, représentés par Lahouel et Yazid. Ben Bella ayant demandé à rencontrer Boudiaf, ce dernier arriva en Suisse le 7 juillet 1954 et mit au courant Ben Bella du projet des “22”. Ben Bella assura Boudiaf du soutien de Khider et de Aït Ahmed qui étaient comme lui réfugiés au Caire (délégation extérieure du MTLD) dont il se chargea d’obtenir l’assentiment.
Comme il se chargea d’obtenir l’appui et le soutien de l’Égypte. Dans la même semaine, Lahouel et M’Hamed Yazid, qui étaient encore en Suisse, manifestèrent le désir d’avoir des entretiens avec Boudiaf. Boudiaf, rejoint par Ben Boulaïd, Didouche et Ben M’hidi, rencontra, toujours à Berne, Lahouel et Yazid. Tous deux donnèrent leur accord pour condamner la ligne déviationniste de Messali, dissoudre le Comité central et intégrer la nouvelle organisation. Un rendez-vous à Alger fut convenu. Lors de la rencontre d’Alger, avec Boudiaf et Ben Boulaïd, dont l’objet était de mettre à exécution les décisions prises en Suisse, Lahouel fit volte-face et parla de propositions et non de décisions.
Messali tint son congrès à Hornu, près de Bruxelles, en Belgique, du 13 au 15 juillet 1954 (Messali, assigné en résidence, n’y assista pas). C’est la rupture définitive entre les deux ailes. Ce congrès exclut du parti les membres du Comité central, lesquels organisèrent leur congrès au Hamma, à Alger, du 14 au 17 août 1954 et exclurent du parti, à leur tour, Messali, Mezerna, Moulay Merbah et Filali.
Constitué en vue de sauver l’unité du parti, le CRUA n’avait plus de raison d’être puisque le congrès messaliste consomma la scission. Par ailleurs, le Comité des Cinq issu de la réunion des “22” prit en charge les préparatifs de l’action armée. La mission du CRUA était terminée. Il fut dissous le 20 juillet 1954.
En août 1954, nouvelle rencontre, à Berne, de Boudiaf et Didouche Mourad avec Ben Bella. Ce dernier confirma le ralliement de Khider et d'Aït Ahmed au mouvement. Il fit part de la disposition de l’Égypte à accorder toute aide que désiraient les Algériens. Ben Bella fut chargé de procurer un lot d’armes, et ce avant le déclenchement de la Révolution. À cet effet, un rendez-vous fut fixé à Tripoli, un autre dans le Rif marocain.
Ben Bella organisa, par ailleurs, une rencontre à Berne entre Boudiaf et Didouche avec un certain Abdelkebir El-Fassi. Ce dernier se faisait fort de fournir des armes dans un délai maximum d’un mois après paiement en sa faveur dans une banque suisse à Zurich. Les responsables nationalistes passèrent commande. De retour au pays, le Comité put réunir la somme de 1 400 000 francs français que Bitat se chargea de faire parvenir en Suisse, au compte de El-Fassi.
Comme convenu, peu de temps après, Ben Boulaïd se rendit à Tripoli (Lybie), Boudiaf et Ben M’hidi, pour leur part, partirent au Maroc, au Rif espagnol.
Deux semaines plus tard, tous les responsables du Comité furent de retour à Alger, se réunirent et firent le bilan de leurs missions à l’étranger. Les promesses faites ne furent pas tenues. En conclusion, aucune arme n’entra au pays avant le 1er novembre 1954, ce qui explique le manque de moyens dont souffrirent particulièrement l’Oranie et l’Algérois lors du déclanchement du 1er Novembre.

O. R.
Membre de l’ALN
(à suivre)


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