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A la une / Contribution

A l’origine de l’évènement fondateur de la République

1er Novembre 1954 : ses vrais initiateurs et… les autres

Les Cinq s’attelèrent désormais à ramener la Kabylie. La Kabylie était indispensable. Cependant, elle avait pris fait et cause pour le zaïm. D’ailleurs, Krim avait envoyé des représentants, conduits par Ali Zamoum, à son congrès de Hornu, en Belgique.

Les contacts entre les Cinq et Krim furent l’œuvre du militant Hachemi Hammoud qui déploya pour cette mission tout son savoir-faire.
Plusieurs réunions eurent lieu entre Boudiaf, Didouche et Krim, puis entre Boudiaf, Ben Boulaïd et Krim, accompagné de Ouamrane.   
Krim prit le soin de sonder les Messalistes, en la personne de Moulay Merbah, pour savoir s’ils comptaient engager la lutte armée. Il entreprit la même démarche avec Lahouel pour les Centralistes. Il tira la conclusion qu’aucune des deux tendances ne projetait de lancer la lutte armée. Enfin, après avoir consulté les responsables subalternes et la base, Krim et son adjoint Ouamrane, se décidèrent à rejoindre le comité dirigeant.

Faire adhérer la Kabylie
D’autres sources avancent un autre déroulement des faits à la base du ralliement de Krim au projet des Cinq.
Au cours de l’ultime rencontre entre Krim et Ben Boulaïd, ce dernier se proposa de se rendre chez Messali, en France, afin de connaître sa position quant au déclenchement de l’action armée. Il dira les résultats de son entrevue avec Messali, dès son retour. Au cours de la rencontre, il constata que Messali persistait dans son rejet de toute action armée qu’il qualifia d’aventure sans lendemain. Il rejeta avec véhémence la proposition que lui fit Ben Boulaïd d’être le chef de la lutte armée, le leader du mouvement. Avant de rentrer au pays, Ben Boulaïd prit contact avec Nouaoura Ahmed (futur colonel ALN, chef de la Wilaya I) et Belagoune Messaoud (qui est un ami de Ben Boulaïd) qui étaient établis à Lille et leur ordonna de rejoindre l’Algérie et de demander aux militants de ne plus cotiser au parti. Ben Boulaïd rencontre de nouveau Krim et Ouamrane. Ces derniers, informés par Ben Boulaïd sur l’attitude négative de Messali, comprirent que le moment était venu de s’engager avec les Cinq. Au cours d’une rencontre, rue du Chêne, à Alger, début septembre, où ils présentèrent leurs cadres de Kabylie, Krim fut alors admis au comité dont il devient le 6e membre, avec Ouamrane comme adjoint.    
Les Six plus les Trois de la délégation extérieure du Caire (Ben Bella, Khider et Aït Ahmed) devinrent les Neuf, en septembre 1954.
En ce mois de septembre, les Six réalisèrent qu’aucun d’entre eux n’était connu de la population ou de l’opinion internationale. Ils ressentirent la nécessité d’avoir à leur tête une personnalité connue, qui a une notoriété. C’est au Docteur Lamine Debaghine qu’ils pensèrent en premier. Il était proche de leurs idées, ex-Secrétaire général du parti, exclu du parti depuis 4 ans. Ben Boulaïd, Boudiaf et Krim se rendirent à El-Eulma (Saint-Arnaud) où le Dr Debaghine exerçait. Ils le sollicitèrent pour être le chef. Il demanda un temps de réflexion avant de donner sa réponse. Au cours de la deuxième rencontre, cette fois-ci à Alger, prévue au café Bourahla, rue de la Liberté, il déclina la proposition.  Lamine Debaghine, au tempérament impulsif, s’adressant à Ben Boulaïd : “… Pourquoi êtes-vous venus me chercher, vous auriez dû le faire le jour où vous avez décidé de vous détacher du clan du parti et de faire cavalier seul.” À ces mots, Ben Boulaïd, pourtant très calme de nature, se leva et répondit : “Nous sommes venus te chercher, maintenant, on ne te cherche plus. Nous n’avons besoin de personne.”
Puis, les Six pensèrent à d’autres personnalités maîtrisant l’arabe pour être leur porte-parole. Tour à tour, Abdelhamid Mehri, Larbi Demagh El Atrous, Mouloud Kassim refusèrent. Une tentative auprès des Oulémas n’aboutit à rien. En fin de compte, Boudiaf et ses compagnons renoncèrent à la recherche de leader et porte-parole.

La naissance du FLN
Les Six décidèrent d’une réunion pour mettre au point leur organisation, choisir le nom à lui donner, arrêter la date du jour J de passage à l’action. Ils se réunirent, le 10 octobre 1954, au domicile du militant Boukchoura, dit Si Mourad, tailleur de son métier, situé au numéro 24 de la rue Comte-Guillot (actuellement avenue Bachir-Bedidi), à Pointe Pescade (Raïs Hamidou). Au cours de cette rencontre, ils choisirent la dénomination de “Front de Libération Nationale, le FLN” au lieu de “Front de l’indépendance” ou “Mouvement de libération” qui furent aussi proposés, entre autres. C’est donc là que le FLN naquit. Ben Boulaïd proposa de constituer une organisation militaire à côté de l’organisation politique. Ils créèrent donc “l’Armée de libération nationale, l’ALN”. Les Six furent soucieux de consacrer le plus grand secret à leur œuvre d’où une proposition du 15 octobre comme date du déclenchement. Mais le délai parut très court. Ils optèrent pour le 1er novembre à 1h. Mais ils décidèrent que ce jour devait rester absolument secret. Leurs adjoints ne devront le savoir que la veille ; tous les autres, les exécutants, quelques heures seulement avant. Les choix des objectifs militaires et de sabotages furent laissés à l’initiative des chefs de zones et leurs adjoints.
Bien plus, pour s’assurer qu’il n’y a pas de fuite d’indicateur, les Six propagèrent une fausse information quant à la date du déclenchement. Ils parlèrent du 23 octobre, jour J, afin de vérifier que les services français ne disposaient pas d’indicateurs. Il ne se passa rien du tout, ce 23 octobre : pas d’alerte, pas de mouvement suspect. Ils conclurent que les services français ignoraient tout des préparatifs.   
Les hommes du 1er Novembre n’eurent que trois semaines pour se préparer. Les Six convinrent d’une ultime réunion. Elle eut lieu le 23 octobre 1954, au même endroit, la maison de Boukchoura. La veille, les Six s’étaient rendus à Bab El Oued, avenue de la Marne (Mohamed-Boubella), chez un photographe, qui les prend en photo. Lors de la réunion, ils approuvèrent la Proclamation du FLN et l’appel de l’ALN du 1er novembre 1954. Le document fut rédigé par Boudiaf et Didouche. Ils décidèrent de se retrouver, de nouveau, à Alger, vers le 15 janvier 1955 pour faire le point. Mais, ils ne se rencontrèrent plus jamais.
Le 26 octobre, Boudiaf quitta Alger pour Le Caire, muni d’un exemplaire de la Proclamation qui sera lue, à la radio “Saout El Arab” du Caire par Ben Bella, le 1er novembre 1954, à 18 heures.
Le 27 octobre, Krim conduisit Mohamed Laïchaoui (1), journaliste proche du MTLD, capable de faire la frappe dactylo de la Proclamation du 1er novembre 1954, sur stencils et d’effectuer le tirage sur une ronéo en Kabylie. Il confia Laïchaoui à Ouamrane qui le conduisit à Tizi Ouzou d’où Ali Zamoum l’emmena à Ighil Imoula. C’est là que furent tirées, durant toute la nuit, quelques centaines d’exemplaires de la Proclamation. Le militant Mohand Akli Benchabane prit le car Ouadhias-Alger, le 28 octobre, transportant la valise contenant les tracts. Il cacha la valise derrière le siège du chauffeur et s’installa à l’arrière du car. Il remit la valise, à 18 heures, à un contact, à Belcourt, dans un café au rideau à moitié baissé. La Proclamation fut envoyée, le 1er novembre  1954, à la presse et à divers notables. Mohand Akli participa, dans la nuit du 1er novembre, aux actions de sabotage dans sa région.

La nuit du 1er novembre Que s’est-il passé, en divers points du territoire, dans la nuit du 1er novembre 1954 ?
En zone 5 (l’Oranie) : dirigée par Larbi Ben M’hidi. Il avait pour adjoints : Abdelahafidh Boussouf, membre de l’OS et responsable du parti à Tlemcen, Abdelmalek Ramdane, lui aussi de l’OS et responsable de la région de Mostaganem-Relizane.
Il disposa de peu de moyens : 60 hommes environ, une dizaine d’armes. Les armes qui devaient arriver, transitant par le Rif marocain ne parvinrent pas.
Les actions dans l’Oranie toucheront la commune de Cassaigne (Sidi Ali) qui fut sabotée et la gendarmerie locale attaquée ; un transformateur électrique fut détruit à Ouillis. Toutes les fermes et installations des colons sont touchées. Le bilan s’établit à un mort parmi les Européens et plusieurs blessés.
En Zone 4, Alger et la Mitidja : sous l’autorité de Rabah Bitat, aidé de deux adjoints, Souidani Boudjemâa et Bouchaïb Ahmed, tous deux réfugiés depuis des années dans la Mitidja, les actions menées dans la nuit du 1er novembre, furent nombreuses.

A Alger, d’abord, les opérations de sabotage menées par l’équipe de Zoubir Bouadjadj, visaient :
­- la radio, au 10, rue Hoche (rue Ahmed-Zabana, actuellement) : Mohamed Merzougui ne put s’introduire à l’intérieur des locaux dès minuit, la rue étant encore très fréquentée. Il déposa les bombes sur les rebords d’une fenêtre. Une bombe explosera ;
­- Othmane Belouizdad, frère du 1er chef de l’OS, eut pour mission d’incendier les dépôts de carburant de la société Mory, au port d’Alger. Les bombes explosèrent causant un début d’incendie ;
­- attaque de l’usine à gaz de l’EGA à Belcourt dirigée par Abderrahmane Kaci et son neveu Mokhtar ;
­- sabotage du central téléphonique du Champ-de-manœuvre (1er Mai actuellement) par le groupe de Ahmed Bisker.
Dans la Mitidja, deux cibles importantes :
­- la caserne Bizot à Blida : Bitat et Bouchaïb pénétrèrent avec leurs hommes dans la caserne. Ils avaient un complice, le caporal Khoudi. Ils trouvent le magasin vide ;
­- à Boufarik, opérèrent Souidani et Ouamrane venu en renfort avec des hommes de Kabylie. Ils devaient avec l’aide d’un complice, le caporal-chef Bentobal, frère de Lakhdar Bentobal, s’introduire dans la caserne. Mais, à 23h 45, des explosions furent entendues. D’autres groupes, sûrement, qui opéraient pas très loin, agirent trop tôt. Ce qui obligea Souidani et Ouamrane à passer à l’action immédiatement. Introduits par Bentobal dans la caserne, ils récupérèrent une dizaine d’armes dans le poste de police, à l’entrée. L’alerte fut donnée et ils ne purent atteindre l’armurerie qui était l’objectif visé. Les explosions entendues avant minuit, alors qu’elles étaient prévues à 2h, furent provoquées par trois bombes placées sur la voie ferrée Alger-Oran, sous un pont à la sortie de Boufarik.
D’autres actions ont visé la coopérative d’agrumes de Boufarik qui fut incendiée de même que le stock d’alfa de l’usine Cellunaf de Baba Ali.
Du fait que des éléments anticipèrent leurs actions dans la Mitidja, on peut soutenir que le “1er novembre” commença à 23h45, le 31 octobre 1954.
La Kabylie, zone 3 : possédait plus de moyens que l’Oranie et l’Algérois. Elle avait aussi plus d’hommes, quelques centaines, et assez d’armes pour engager les opérations programmées dans la nuit du 1er novembre. La Kabylie est dirigée par Krim Belkacem, au maquis depuis 1947. Il fut condamné à mort deux fois. C’est le plus ancien moudjahid.
La mairie de Tizi n’Tleta, dans le secteur de Tizi Ouzou, fut saccagée et les poteaux électriques sciés, empêchant les forces de l’ordre de communiquer. Dans plusieurs localités, des actions de sabotage eurent lieu, notamment, à Bordj Menaïel où les dépôts de liège, les hangars de stockage du tabac furent incendiés. Des gendarmeries furent attaquées à Tigzirt, Azazga. Des administrations furent harcelées et des poteaux sciés dans la région.
Le bilan s’établit à 1 mort et 1 blessé grave.
Le Nord constantinois, zone 2, est dirigé par le jeune Didouche Mourad (27 ans). Responsable de l’OS, clandestin depuis 1950, Didouche fut toujours partisan de la lutte armée. Il puisait largement dans les revenus familiaux pour financer ses activités nationalistes. Il avait pour adjoints Zighoud Youcef et Lakhdar Bentobal. La zone connut des dissensions. Ainsi, les militants Mohamed Mechati, Abdelkader Lamoudi, Abdesselam Habachi qui assistèrent, le 23 octobre 1954, à la réunion des “22”, se retirèrent et ne participèrent pas aux actions du 1er novembre.
La zone ne disposait que d’une vingtaine d’armes et quelques dizaines de combattants. Comme actions, il y eut l’attaque de la gendarmerie de Condé Smendou, les harcèlements de camps militaires au Khroub. Une bonne action eut lieu près d’El-Milia, à la mine de Sidi Makhlouf, où un groupe réussit à récupérer un lot important d’explosifs et de détonateurs.
C’est en zone 1, les Aurès et sa région, qu’eurent lieu les actions les plus spectaculaires. Il est vrai que le chef de la zone, le prestigieux Mustapha Ben Boulaïd, l’homme jouissant d’une grande autorité morale, avait réuni plus de moyens humains et matériels pour ce grand jour. Ben Boulaïd avait même offert quelques armes de guerre à d’autres zones, à l’Algérois et la Kabylie, notamment.
Sous les ordres de Aït Ahmed, chef de l’OS, Ben Boulaïd s’approvisionna en Libye, d’où il a convoyé par caravanes de chameaux, beaucoup d’armes, notamment des fusils Stati de l’arsenal italien.
Dans les Aurès, de tout temps, se réfugièrent les militants de toutes les régions du pays qui étaient recherchés. S’y cachèrent aussi de nombreux bandits d’honneur que Ben Boulaïd sut convaincre de rejoindre le mouvement national. Parmi eux, figurait Grine Belkacem qui fit parler de lui, le 1er novembre.
Ben Boulaïd réunit ses hommes le matin du 31 octobre, à Ouled Moussa, près d’Arris. Ils étaient au nombre de 150, venus par petits groupes. Ils partirent vers leurs objectifs à 19h30, à pied ou par divers véhicules pour ceux dont les lieux d’intervention étaient éloignés. Tous les groupes devaient intervenir à 3h du matin. Les objectifs furent Batna, Khenchela, Biskra, Tkout, Arris. A Batna, le chef était Hadj Lakhdar qui devint plus tard Colonel, chef de la Wilaya I. C’est la sous-préfecture qui fut mitraillée en premier lieu. Puis, le groupe s’approcha de la caserne. Mais l’alerte fut donnée avant 3h, parce que des éléments chargés d’attaquer Biskra agirent avec une demi-heure d’avance ; ils attaquent le commissariat, la caserne, les locaux de la commune, une centrale électrique, des dépôts d’essence. Hadj Lakhdar ne put donc donner l’assaut à la caserne de Batna, avec pour objectif récupérer des armes. Mais, dans leur repli, ses hommes mitraillèrent un véhicule militaire qui rejoignait la caserne, tuant deux soldats.    
A Khenchela, l’un des adjoints de Ben Boulaïd, Abbas Laghrour, débuta ses actions comme prévu à 3h. Le groupe fit sauter le transformateur électrique de la ville. Le commissariat est pris d’assaut et trois agents sont désarmés. Un autre groupe attaqua la caserne des spahis. Mais les tirs au commissariat mirent en alerte les soldats. Le chef du peloton, le lieutenant Darnaud, sorti devant la caserne fut tué et un spahi blessé.
Chihani Bachir avait en charge le secteur d’Arris, Tkout. Dès 3h, Arris fut encerclée, isolée par le groupe commandé par Grine Belkacem. Ses hommes occupèrent les hauteurs et tirèrent sur tous ceux qui tentaient de quitter le village. Les gendarmes qui essayaient de sortir furent mitraillés et retournèrent à leur caserne. Un pont sur la route vers le nord fut saboté. Arris était coupée de tout. Elle resta isolée jusqu’au 2 novembre.
Quant à Chihani Bachir (25 ans, adjoint principal de Ben Boulaïd), il dressa un barrage sur la route Biskra-Arris, dès 3h.
Au matin, le car assurant la liaison Biskra-Arris fut arrêté par les hommes de Chihani. Cette affaire fit un grand bruit, car, parmi les voyageurs du car, se trouvaient le caïd Hadj Sadok et un couple de jeunes instituteurs, les Monnerot. Chihani fit descendre du car le caïd Hadj Sadok et le couple Monnerot. Il interrogea le caïd qui afficha un air méprisant et hautain. A un moment, Hadj Sadok fit un geste pour sortir un pistolet automatique. Un compagnon de Chihani qui vit le mouvement du caïd tire une rafale qui le toucha au ventre. Il s’écroula mais ne mourut pas. Chihani ne l’acheva pas. Mais la rafale toucha aussi l’époux Monnerot, placé juste derrière le caïd. Son épouse fut blessée à l’aine. Les victimes furent abandonnées sur les lieux. Hadj Sadok rendra l’âme à l’hôpital de Batna ; l’épouse Monnerot fut sauvée, mais son époux mourut.
Il y a lieu de préciser que Ben Boulaïd et les autres responsables, qui décidèrent le 1er Novembre, donnèrent des instructions strictes : les exécutions des civils européens étaient interdites.
Au cours des jours suivant le 1er novembre, les autorités coloniales déclenchèrent une intense propagande axée sur “l’assassinat des jeunes instituteurs”. Toutes les actions qui se sont déroulées dans la région furent à peine évoquées par elles. La propagande officielle mettra particulièrement en exergue le sort du couple Monnerot et la personnalité de Grine Belkacem, considéré comme un grand bandit, un condamné de droit commun, membre des groupes auteurs des tueries et des destructions de biens publics et privés.

Quel bilan ?
Quel bilan et quelle évaluation tirons-nous de la nuit du 1er novembre 1954 ?
S’il est vrai que, dans certaines zones, l’activité fut moins intense, que de nombreux objectifs ne furent pas atteints, parce que des armes manquaient ou des bombes, de confection rudimentaire, n’avaient pas toutes explosé ou que des tentatives d’incendies n’avaient pas réussi, il n’en reste pas moins que l’essentiel fut réalisé : des actions concertées, planifiées eurent lieu de l’ouest à l’est de l’Algérie, sur un front de 1200 km, des actions qui mobilisèrent un millier d’hommes et que les forces coloniales n’ont pu ni empêcher, ni arrêter, ni même prévoir.
Les opérations déclenchées, le 1er novembre, par le FLN surprirent les autorités françaises, contrairement aux affirmations bien tardives de certaines sources. Les autorités eurent du mal à savoir pendant longtemps à qui attribuer les attentats et les attaques visant des objectifs précis, à travers tout le territoire, en l’espace de quelques heures, qui suscitèrent l’admiration et la fierté des nationaux.
L’administration coloniale n’a rien vu venir ; les services de sécurité non plus. Ce fut la surprise totale pour eux. Le cloisonnement, le secret fonctionnèrent bien. Par exemple, le chef des équipes d’Alger, Zoubir Bouadjadj, n’informa ses hommes que le 31 octobre 1954, à 17h, pour leur dire : “C’est ce soir.” Ben Boulaïd informa le siens réunis à Ouled Moussa, près d’Arris, quelques heures seulement avant qu’ils ne se mettent en marche vers leurs objectifs. Ses adjoints ne furent mis au courant que la veille.
Autre déroute des services de sécurité et de l’administration coloniale : ils ne réussirent pas à mettre des noms sur les chefs de l’“insurrection”, ces derniers ayant pris des surnoms : Boudiaf, c’est Tayeb, Didouche, c’est Si Abdelkader, Bitat, c’est Si Mohamed, Ben M’hidi, c’est Hakim, etc. Les services français ne surent pas qui était derrière le 1er Novembre. A tort, ils l’attribuèrent au MTLD. C’est pourquoi, dès le 1er novembre, ils accoururent vers le siège du parti, à la place de Chartres, Alger, et arrêtèrent tous ceux qui s’y trouvaient. Ils arrêtèrent notamment Moulay Merbah.
Le lendemain, le 2 novembre, persuadés que le CRUA était une création des centralistes du MTLD, ils procédèrent à l’arrestation de plus de 2000 militants du parti qui n’avaient rien à voir avec le déclenchement du 1er Novembre. Didouche a parlé juste après l’entrevue avec Messali.
Ministre de l’Intérieur au moment des faits, fonction qui en faisait l’homme censé être le mieux informé de la situation, François Mitterrand donna l’exemple le plus significatif de l’incapacité des services français à prévoir l’explosion du 1er novembre 1954. Au moment de quitter l’Algérie, à l’issue d’un voyage officiel en Algérie (19-23 octobre 1954), Mitterrand déclara à l’aéroport Bône-les Salines (Annaba) : “J’ai trouvé les trois départements français d’Algérie en état de calme et de prospérité. Je pars empli d’optimisme.”
Une semaine plus tard, la Grande Révolution éclate.


O. R.
(*)  Membre de l’ALN.
 
1)  Mohamed Laïchaoui fut membre de l’ALN. Il tomba au champ d’honneur, en 1959, dans la région de Zbarbar. 


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