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A la une / Contribution

De “Le peuple veut du pain…, Qu’il mange de la brioche !”

À “Le peuple veut du savoir…, qu’il prenne des vacances !”

Cette anecdote issue de la Révolution française exprime l’ironie, le cynisme et l’ampleur de la rupture entre la noblesse française en déclin et le peuple français en révolte. L’auteur de cette réplique a fini, comme beaucoup de ces compères, à la guillotine. Le peuple ne voulait pas de la brioche, mais du travail, sa dignité et sa liberté.  
Trois siècles plus tard, les relations entre gouvernés et gouvernants ont changé. La communication, les élections, les médias, les acteurs intermédiaires, l’éducation, etc. font que ces rapports ne devraient plus être aussi distendus qu’au temps des monarchies européennes. Or, les réponses totalement irrationnelles et contre-productives à des problèmes cruciaux sont légion. La gestion du système éducatif est un exemple parmi d’autres. Ainsi, au moment où les experts algériens dressent l’étendue des faiblesses des programmes scolaires, où les parents d’élèves se plaignent des retards accumulés dans les programmes et que les classements internationaux confirment un décalage significatif comparativement aux voisins, les gouvernants décident, la veille pour le lendemain, de rallonger la durée des vacances scolaires.
Les gouvernants qui reculent devant des lycéens réclamant plus de vacances signifie que les gouvernants cèdent sous la pression des jeunes dans la rue. Cette décision fait penser à un serpent qui se mort la queue. Elle fait penser à Marie-Antoinette qui suggère de donner de la brioche au peuple et qui finit décapitée au nom de ce peuple. Pourquoi cette comparaison ?
Les gouvernants ont cédé parce que leur priorité absolue est d’empêcher que les jeunes occupent la rue. Qu’ils soient lycéens, supporters ou étudiants, cette catégorie sociale semble faire peur, dès lors qu’elle commence à occuper la rue… Force est de constater que les agriculteurs, les enseignants universitaires, les ouvriers, les industriels, les médecins, les journalistes, les partis politiques…, quant à eux, ne font pas peur. Certes, tous ceux-ci n’occupent pas la rue, ne brûlent pas de pneus, n’endommagent pas les édifices publics… En revanche, les gouvernants estiment que si les jeunes sortent dans la rue, s’ensuivront débordements, désordres, troubles et violences. Cette relation de cause à effet signifie tout simplement que cette catégorie sociale est incapable d’exprimer ses revendications sans menacer ou faire usage de la violence matérielle ou symbolique.
Or, la question est comment en est-on arrivé là ? Comment cette catégorie sociale est-elle devenue comparable à une bombe à retardement qu’il faut ménager de peur qu’elle n’explose ? Au-delà de cette affaire ponctuelle, les scandales et la régression du système éducatif algérien sont le produit de cette relation entre gouvernants-(jeunes) gouvernés. La classe politique algérienne était jeune quand elle a pris les rênes du pouvoir, puis elle a décidé de bannir la jeunesse comme critère d’accession à la responsabilité. Les rares exceptions consenties ne font que confirmer la règle. Cette classe dirigeante alimente un système néopatriarcal dans lequel la jeunesse est immature.
Peu consciente de ses intérêts, elle a donc besoin d’un guide, nommé raïs, cheikh, zaïm... L’un des instruments de pérennisation et de légitimation de cette relation néopatriarcale est l’école.   
En effet, cette population de lycéens, d’étudiants ou de supporters présentée comme une menace potentielle à l’ordre public a en commun sa proximité physique ou temporelle avec l’école. Elle y est ou y a été récemment. Or, si cette population, actuellement ou récemment scolarisée, est si disposée à faire usage de la violence, qu’a-t-elle appris à l’école ? Ou plus précisément de quelles missions les gouvernants ont-ils vidé l’école ? L’école n’incite plus à la réflexion, mais au par-cœurisme ; elle n’apprend plus le respect de l’autorité, mais le devoir de soumission. Ces jeunes, dont les gouvernants ont si peur, sortent d’une école qui ne valorise pas le mérite car cautionne la tricherie et qui ne développe pas le sens de la critique mais celui de l’injure. Par voie de conséquence logique, ces jeunes ne savent pas grand-chose des moyens pacifiques d’expression (parti politique, médias, élections, arts, sports…), mais n’ignorent rien des guerres de gangs, des affaires de corruption dans l’Exécutif et au Parlement, des scandales dans la santé, l’agriculture, le commerce… et des luttes au sein des appareils de l’État. Ils ne savent pas ce que l’espace public signifie et ne connaissent par grand-chose de leurs droits et encore moins de leurs devoirs. Ils pensent que le diplôme (BEM, bac, licence, mastère, doctorat) est un droit acquis, à l’instar du logement social et des crédits non remboursables.
Hier, certains revendiquaient publiquement le droit de tricher au baccalauréat ; aujourd’hui, ils exigent et obtiennent davantage de vacances et le maintien du calendrier de l’examen du bac. Demain, qu’obtiendront-ils ? L’octroi du diplôme au début de l’année scolaire (universitaire), ou une contrepartie financière pour accepter d’aller à l’école (université) ? Si l’Algérie a tant besoin de deux conditions vitales pour se développer, le savoir et la jeunesse, que signifie cette politique qui consiste à priver la jeunesse de savoir ? Les gouvernants gagnent du temps et veulent éviter les troubles dans la rue. Quand comprendront-ils qu’en condamnant l’école à rester un instrument de pouvoir et de contrôle politique de la société, ils préparent une population qui ne saura s’exprimer autrement que par la violence ?       


L. D.-A. H.
Politologue

 


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