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A la une / Contribution

Ali Yahia Abdennour à propos des poursuites judiciaires contre le journal “EL Khabar”

“C’est une faute politique”

© Yahia Magha/Archives Liberté

Montesquieu disait : “Il n’y a pas de plus atroce tyrannie que celle qui s’exerce à l’ombre des lois et sous les couleurs de la justice.”

Le ministre de la Communication a dispensé un discours de haine et d’exclusion, de sectarisme et d’intolérance à l’égard d’El Khabar. Le dérapage de la pensée est une faiblesse politique inexcusable. Porte-voix de la raison d’État, il est perdu dans des gesticulations inutiles, a fait appel à des anathèmes inexcusables, sur la base d’arguments faux et pernicieux qui tiennent lieu d’orientation politique. Il n’a pas été maître de sa pensée et de son verbe, a porté atteinte aux principes de déontologie et d’éthique qui règlent la profession de journaliste. Il veut étouffer la liberté d’expression. Il est au-dessus des lois, à tous les droits, alors que son rôle est de faire appliquer la loi, toute la loi. Il a manqué d’objectivité et de prudence dans ses affirmations à l’égard d’El Khabar, qui critique le pouvoir. Correction et courtoisie sont tombées en disgrâce. L’anathème ne peut tenir lieu d’analyse, parce que tous les progrès de la pensée sont nés de la discussion, du dialogue, et de la contradiction. Il n’y a de censure à la pensée que celle de la conscience. Le mensonge et l’intolérance exprimés par ceux qui campent au carrefour des vents où l’on installe des opinions et des pensées.
Pour le ministre de la Communication, critique à juste titre le pouvoir, il demeure un blasphème, et même un crime de lèse-majesté. La démocratie reste l’enjeu du débat et du combat à mener sur le plan politique. Dans les arguments qu’il développe pour éliminer El Khabar du jeu politique, enjolivés par des contre-vérités, ce ministre fait preuve de docilité, à l’égard de ses commanditaires au sommet de l’État.

Le pouvoir cherche à contrôler l’information et ceux qui la détiennent, pour les orienter vers la propagande qui satisfait ses objectifs
Le verrouillage de l’information prouve qu’elle est conçue au sommet de l’État. Les droits de l’État sont sans limites, et c’est l’arbitraire, le despotisme, la dictature. En vertu de quel droit un pouvoir issu d’élections massivement truquées, qui s’est illustré par son opposition à toute ouverture démocratique et n’a pas permis l’émergence d’élus reflétant toutes les tendances de la société et les aspirations du peuple algérien, peut-il régenter le pays et s’imposer à l’écrasante majorité du peuple algérien ! Il ne peut gouverner que par les moyens de la dictature. Le peuple algérien n’est pas traité en adulte par le pouvoir qui a tenté d’obtenir sa démobilisation, sa dépolitisation, en voulant construire une société où tout vient de l’État et revient à l’État. C’est du peuple à qui il faut restituer son autodétermination que vient le pouvoir, c’est dans le peuple que réside la légitimité, la légalité, la souveraineté. La question de la légitimité se pose dès qu’il y a conflit, opposition ou divorce, entre le pouvoir en vigueur et la volonté de la nation, entre les aspirations du peuple et les objectifs du pouvoir.
Quand l’État ne respecte pas les droits établis par la Constitution, il se met “hors le droit”. Il n’y a alors plus de Constitution. Le pouvoir dit défendre les droits de l’homme, alors qu’en réalité, il les réprime, les bafoue, les viole. Hommage du vice à la vertu. Le pouvoir est unique, centralisé, maître de tout, en un mot despolitique, assujettissant le peuple à l’État. Il n’existe pas de droit contre lui. Critiquer la politique du pouvoir er porter atteinte aux intérêts supérieurs du pays sont deux choses différentes, mais le pouvoir entretient la confession. Le peuple algérien ne se reconnaît pas dans ce pouvoir qui a confisqué la souveraineté populaire par un système d’encadrement, de quadrillage et de contrôle du peuple.
Le mensonge fleuri est élevé au niveau d’une politique d’État, tout en ce qui concerne l’état de santé du président, le jeu politique bloqué par les divisions au sommet de l’État  Jamais l’échec du pouvoir n’a été aussi évident, jamais l’attente d’un changement de système politique et non de changement dans le système n’a été aussi profond. Le peuple algérien est sous surveillance policière. Les effectifs de militaires, de gendarmes, de policiers et de police politique sont jugés excessifs.
Le groupe de presse d’El Khabar, confronté à un problème vital qui met en jeu son existence même, a besoin de l’intelligence, de l’expérience et du soutien de tous les Algériens qui défendent la liberté d’expression. Il a un capital de sympathie pour sa défense des libertés, de toutes les libertés et son écoute aux aspirations novatrices de la société. Les opinions exprimées par El Khabar sont à contre-courant de celles du pouvoir. Accepter qu’El Khabar ne puisse aborder certains sujets tabous, sans s’attirer les foudres du pouvoir, c’est tolérer l’intolérable et accepter l’inacceptable. Il se distingue en faisant son devoir de recherche de la vérité et de la dire, et en s’ouvrant à toutes les sensibilités de critiques, sociales et culturelles. La fonction n’est pas seulement de critiquer l’autocensure, mais de dénoncer les abus du pouvoir, de constituer un contre-pouvoir. La mission du journaliste, qui est prêt à rompre bien des attaches de son cœur et de son esprit à son devoir, est dure, c’est ce qui en fait l’honorabilité.
En fait, à travers la tentative d’éliminer El Khabar qui est une grave menace qui pèse sur la liberté, c’est la liberté d’expression qui est mise en cause. Le pouvoir cherche à éliminer les contradictions, en éliminant les contradictions. Le dialogue de sourd qui s’est engagé entre le pouvoir et El Khabar va-t-il déboucher sur une épreuve de force qui va mettre en cause son rôle et peut-être même son existence. Parce qu’on voit monter la crise dans tous les domaines, le pouvoir accuse l’homme d’affaire Issad Rabrab, mais ce n’est pas parce qu’il veut casser Rebrab qu’il supprimera la crise. Comment peut-on reconnaître qu’un droit reconnu à Ali Haddad, qui défend les thèses du pouvoir, de créer deux journaux, une télévision, et bientôt une radio, puisse être refusé à d’autres, à Rebrab en particulier, alors que les Algériens sont censés être égaux en droits et en devoirs.
Les journaux à grand tirage, grands moyens d’information, ont informé leurs lecteurs et l’opinion politique sur des pratiques qui menacent dangereusement les libertés. Quand on parle aujourd’hui de liberté, on ne pense pas seulement à la possibilité de résister, de s’opposer, de refuser l’atteinte à la liberté d’expression qui est une liberté précieuse, mais aussi de la pratiquer.

La mobilisation de tous les démocrates et républicains pour la défense d’”El Khabar” est un devoir et une obligation
Sans lésiner sur les moyens, le pouvoir cherche à se débarrasser d’El Khabar, qui est pour lui un intolérable défi. La presse libre favorise la libre expression des opinions différentes et de la confrontation des idées qui sont comme les clous, plus on les frappe plus ils s’enfoncent, s’affirment, s’enrichissent et puisent un surcroît de vigueur dans les coups qu’on leur porte. La presse libre est pourchassée par le pouvoir parce qu’elle défend la démocratie et la liberté d’expression, et lutte pour l’émergence d’une Algérie moderne. La presse intégrée au pouvoir imprime des articles où l’intolérance, la haine, la diffamation constituent, à la fois, la forme et le fond, et s’aligne sur le discours officiel laudatif, écrit par un thuriféraire du pouvoir.
La médiatisation des leaders politiques, partie prenante du pouvoir ou d’un de ses clans, et le silence sur les activités des leaders parties de l’opposition, voilà l’activité de l’ENTV.
Les Algériens se sont élevés très nombreux contre les atteintes à la liberté de la presse par le pouvoir. Ils ne sont pas dans un rapport pouvoir-liberté, mais dans un rapport pouvoir-pouvoir. La liberté ne peut être effective sans les garanties minimales qui sont celles d’un État de droit qui s’oppose au droit de l’État. Le pouvoir est une dictature qui n’accepte ni vrai multipartisme, ni confrontation des idées, ni alternance. La liberté d’expression ne peut exister que si elle ne connaît pas d’entraves. Le rôle de la presse indépendante est important pout mobiliser l’opinion publique. La solidarité des pressions est totale, car ce sont la liberté de la presse et la liberté d’expression qui sont en danger. Les libertés d’opinion, d’expression, d’association, portent en elles la force capable de débrancher le pouvoir dictatorial.

Le juge jugera-t-il en son âme et conscience ou en fonction des consignes du pouvoir ?
Toute interdiction et toute manipulation de la justice par le pouvoir représentent un danger pour les justiciables. La justice est l’instrument de légitimation du pouvoir. Elle s’évertue à vouloir donner à un pouvoir dictatorial, la face d’un État de droit. Institution indispensable au bon fonctionnement de la démocratie et de l’État de droit, elle a perdu sa crédibilité parce qu’elle est assujettie au pouvoir exécutif. Les Algériens ne feront confiance à la justice que lorsqu’elle sera indépendante du pouvoir politique et libre de son exercice. L’intime conviction qui devrait guider les juges dans leur décision tend à devenir l’exacte intention qu’ils peuvent avoir de ce que le pouvoir attend d’eux. Il s’agit d’une forme accentuée de politisation de la justice, c’est-à-dire de son alignement sur le discours du pouvoir, ce qui conduit à la déchéance du droit comme forme protectrice contre l’arbitraire.  La justice est amenée de plus en plus à donner des gages de loyauté, qui visent non plus en dépit de l’apparence maintenue, le peuple algérien au nom duquel elle est censée prendre ses décisions, mais des occupants du pouvoir. L’appareil judiciaire tend à avoir pour mission de donner l’autorité de la chose jugée, à une répression décidée par le pouvoir et mise en œuvre par le ministre de la Communication.

Pour une société de liberté
Cet article vise particulièrement deux objectifs : apporter ma totale solidarité agissante à la presse indépendante, particulièrement à El Khabar, et sensibiliser les Algériens sur les nombreuses violations des droits de l’homme. Défendre les droits des Algériens dont ils sont déniés, est la mission des militants des droits de l’Homme qui ont un caractère constitutionnel, ce qui signifie qu’ils sont au sommet du droit, au-dessus des lois, au sommet des règles de droit. La notion des droits de l’Homme signifie d’abord le refus de l’arbitraire et du despotisme du pouvoir. Les droits de l’Homme sont en danger perpétuel de manipulation et de récupération par le pouvoir. Ils reposent sur deux principes fondamentaux, le principe de liberté et le principe de légalité. Notre destin est de vivre ensemble comme un peuple libre, dans un État de droit, de liberté, de justice et des droits de l’Homme.
Le mouvement populaire déclenché pour la défense d’El Khabar a pris de l’extension, a gagné l’opinion publique qui identifie les dirigeants de ce pays, qui le gèrent et l’exploitent à leur profit. Les milieux officiels qui ont enregistré un échec parce que la mobilisation populaire et de la presse libre, toutes deux admirables, pour la défense de la liberté d’expression a commencé à porter ses fruits, reculeront parce que la réalité du terrain, ne cesse, jour après jour, de les condamner.


A. Y. A.
Alger le 9 mai 2016-05-10

 


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