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A la une / Contribution

“EN TOUTE FRANCHISE…”

CETTE “LANGUE” QU’ON ASSASSINE ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION

© D.R

Par : CHEKRI MOHAMED
Pédagogue, inspecteur de l’enseignement primaire, wilaya de Tizi Ouzou

Dans cette chronique, il s’agit de réfléchir et de faire réfléchir sur certains éléments, du moins les plus fondamentaux. C’est quoi ces “programmes” dont on entend dire encore et encore qu’ils sont de deuxième génération ? Nous n’avions jamais eu de “programmes de première génération” pour parler de ceux de deuxième génération. Cette appellation est un leurre, œuvre de l’ancienne équipe. Nous avons juste des programmes “réécrits” depuis deux mille dix-sept. Et très mal réécrits d’ailleurs.”

Dès qu’il s’agit de parler d’une langue, tout devient compliqué ! Tout devient complexe ! Et lorsqu’il s’agit de la langue française, surnommée “butin de guerre” par Kateb Yacine, le glissement vers “l’idéologie” et “la politique” est vite brandi comme un raccourci, voire comme une accusation à l’encontre de ceux et celles dont on dira qu’ils font et disent trop. Doit-on fermer les yeux sur tous les dépassements ? Doit-on nous taire sur toutes les humiliations subies ? Et le tout, dans une Algérie nouvelle en chantier ?
Le sujet de l’évaluation certificative en langue française de fin de cycle primaire qui vient de se dérouler a mis tous les praticiens, à différents niveaux, dans l’embarras et la gêne. La colère a gagné tous les esprits : élèves, parents, enseignants, directeurs, inspecteurs... Ce sujet, à vrai dire ce fiasco, a figé une réalité aux yeux de tout un chacun. Il sonne et résonne comme une “alerte”. 

Désolé de le dire, ou plutôt de l’écrire, de façon brute : le mal n’est pas simplement dans le “s” qui manquait, dans une consigne mal formulée, dans un questionnaire ne répondant pas aux normes attendues, dans les noms qui sont devenus des adjectifs, dans une situation d’intégration construite de façon aléatoire, dans une boîte à outils mal conçue et qui verrouille l’esprit de l’enfant, dans un texte à produire demandé que l’élève peut “reproduire” de mémoire puisqu’il a été préparé justement pour ce cas de figure, dans le contenu du texte, fade et ne véhiculant aucune valeur écrite et implicite… Même si toutes les insuffisances inventoriées précédemment constituent “un mal”.

Le niveau laisse à désirer. La descente aux enfers est entamée. Elle est inexorable et il semblerait que rien ne peut l’arrêter. Il suffit d’analyser les nombreux sujets publiés sur la Toile et mis en œuvre dans certaines circonscriptions et avec la bénédiction de “qui de droit”, les responsables des circonscriptions, pour s’apercevoir que le mal est partout, que le mal est profond. Que l’on ne vienne plus alors “critiquer” les enseignants au point d’en faire des boucs émissaires. Même la République-mère n’apparaît plus comme un territoire “uni”. C’est à croire que nous vivons dans un pays à plusieurs sociétés, à plusieurs systèmes éducatifs. Et à chaque système ses lois et ses règles.

Dans cette chronique, il ne s’agit ni de politique ni d’idéologie. La meilleure façon de “dépassionner” un débat est de l’extraire des sèves politique et idéologique, et de le réduire à son aspect le plus simple, le plus juste, le plus scientifique. Au diable les francophones et les laïcs ! Au diable les arabophones et les conservateurs ! Au diable les berbérophones et les modernistes ! Au diable les islamistes d’ici et d’ailleurs !
Il ne s’agit pas non plus de critiques gratuites, donc non fondées, ou de calculs selon l’adversité, donc avec des visées “nocturnes”. Il s’agit de dire la vérité et de crier le mal ! Il s’agit d’aller dans le sens de “l’alerte” afin de faire évoluer les choses. Il ne s’agit pas non plus d’accuser et de jeter l’opprobre sur tel ou tel intervenant ou d’émettre des condamnations, ni de défendre l’indéfendable au nom de telle ou telle relation, corporatiste ou autre. Il s’agit d’ouvrir des réflexions puis des chantiers afin que cessent toutes ces humiliations parce que ce qui s’est passé en est une. 

Il y aura toujours des brebis galeuses qui, au nom d’intérêts occultes et de bas niveau, généralement “relationnels”, découvriront subitement que “la faute est humaine”, qu’“à l’impossible, nul n’est tenu”… Ces brebis galeuses iront jusqu’à, peut-être, imputer cette mascarade aux islamistes, aux opposants à la langue française, aux membres de la commission de relecture, aux services secrets et peut-être à la main étrangère… Pauvres “brebis galeuses” ! 
Et tant pis pour le chroniqueur si la vérité sera retenue contre lui comme grief. Ils sont nombreux ceux et celles qui partagent ses opinions !
Dans cette chronique, il s’agit simplement de “langue”. De pédagogie. De didactique. D’un sujet d’une évaluation nationale, à propos de laquelle je joins personnellement ma voix à celle de ceux qui défendent l’idée de sa suppression, mais avec un nouveau protocole d’évaluation afin de garantir “l’essentiel”, “le niveau” et “l’équité”. Il s’agit également de normes. Les normes de cette langue. Les normes d’un test d’évaluation. 

Il s’agit aussi de processus. processus de conception d’un test d’une évaluation nationale. Processus du choix des concepteurs. Sur quels critères les concepteurs sont-ils choisis ? Sur quels critères “ceux qui choisissent un sujet d’évaluation” sont-ils à leur tour choisis ? Quelle place est accordée à la compétence ? À l’engagement ? Au compagnonnage ? À la cooptation ?
Dans cette chronique, il s’agit de réfléchir et de faire réfléchir sur certains éléments, du moins les plus fondamentaux.
C’est quoi ces “programmes” dont on entend dire encore et encore qu’ils sont de deuxième génération ? Nous n’avions jamais eu de “programmes de première génération” pour parler de ceux de deuxième génération. Cette appellation est un leurre, œuvre de l’ancienne équipe. Nous avons juste des programmes “réécrits” depuis deux mille dix-sept. Et très mal réécrits d’ailleurs.

C’est quoi ces “compétences terminales” revues à la baisse ? Avant la réécriture de ces programmes, on pouvait proposer aux élèves de cinquième année primaire des énoncés oraux et écrits allant de quatre-vingts à cent vingt mots. Maintenant, on peut tout juste leur proposer des énoncés oraux de vingt à trente mots et des énoncés écrits allant de trente à quarante mots. Dites-moi, braves gens, c’est quoi vingt, trente ou quarante mots ? Ne pouvait-on pas réduire les compétences de “production” afin de ne pas demander à l’élève de produire plus qu’il ne peut produire et garder les compétences de “compréhension” ? Ce qui permet de proposer aux élèves des énoncés oraux et écrits authentiques, de bonne facture et structurés autour des actes de parole avec un dynamisme communicatif conséquent.
C’est quoi cette “malédiction d’Algérien” qui consiste à ne proposer aux élèves algériens que les “compétences minimales” ? C’est à croire que nous doutons de nous-mêmes !

C’est quoi ces manuels scolaires qui posent des problèmes à tous les praticiens ? Ce sont des manuels sans “âme”, sans “fond”, où ne se décline aucune méthode, et qui manquent de cohérence et de logique. Ces manuels sont réduits à des pages où sont assemblés des items, des activités, des exercices, des dessins… sans aucune cohérence ni logique. L’enseignant se doit de chercher pour trouver. Que dire alors de l’élève ? Et on continue à parler de “Manuel de l’élève”. C’est quoi ces textes courts mais illisibles, difficiles et ne répondant pas aux objectifs ni aux actes de parole et qui contraignent les enseignants à en chercher d’autres ailleurs ? Pourtant le manuel scolaire est l’outil didactique le plus prisé par les enseignants. Pourquoi alors ne pas en concevoir d’autres comme des leviers et qui participeront même à la formation des enseignants ? C’est vrai qu’un manuel scolaire, au-delà de sa valeur didactique et pédagogique, draine aussi de l’argent. 

Beaucoup d’argent ! Pourquoi ne pas ouvrir le marché du “manuel scolaire” à tous les praticiens qui veulent y participer en constituant leurs propres équipes ? Et que le meilleur gagne !
C’est quoi cet examen national de cinquième qu’on veut garder tel un “garde-fou” et à n’importe quel prix ? Alors que dans le fond et dans la forme il ressemble de plus en plus à une “élection” : il coûte suffisamment cher, il génère trop de pression, les résultats sont presque connus d’avance et avoisinent les cent pour cent! Et, d’année en année, il fait l’objet de “petits carnages” et de “petits ratés”. 

Veut-on faire admettre tous les élèves au cycle supérieur ? Il ne s’agit pas de faire échouer des élèves, bien sûr. Mais il ne s’agit pas de les faire admettre tous. Il s’agit de n’envoyer au collège que les élèves qui peuvent réussir ou, à défaut, s’y accrocher. À quoi bon y envoyer les élèves sans acquis et sans les “compétences de base” dans les trois langages fondamentaux et qui finiront par “caler” en cours d’année scolaire ?
Et tout seul, je m’interroge et je me parle à moi-même : comment devient-on enseignant de langue française dans mon pays ? Comment devient-on inspecteur de langue française ? Comment devient-on concepteur d’un manuel scolaire ? Comment devient-on concepteur d’un sujet d’examen ? Comment devient-on formateur et formateur des formateurs ?… Est-ce par les élections ? Si c’est le cas, je voudrais bien m’y présenter.
N’est-il pas temps de donner un coup de pied dans la fourmilière ?
En pédagogie – et ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les pédagogues –, c’est tout le temps un travail de “déconstruction” puis de “reconstruction” !

À bon entendeur…


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