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A LA UNE / Contribution

Académie pour l’aménagement de la langue amazighe

Contraintes et réalité du terrain

Beaucoup reste à faire pour l’apprentissage de tamazight. ©D. R.

Ce n’est pas du tout l’académie qui développerait une langue, ce sont plutôt les travaux de recherche.

Toutes les initiatives individuelles menées par des chercheurs autodidactes et universitaires ont contribué en dehors des institutions étatiques pour l’aménagement de tamazight sur les plans : grammatical, syntaxique, lexico-sémantique et ce qui a même conduit à la mise en place d’un système graphique, voire orthographique à base latine pour l’écriture moderne et standardisée de la langue amazighe. Il s’agit d’un grand chantier de recherche qui a duré plus d’un demi-siècle en se référant aux travaux initiés par les pères-blancs, les premiers chercheurs kabyles, en l’occurrence Ben Sedira, Boulifa, Feraoun, ainsi que ceux publiés par le Fichier de la documentation berbère (FDB) à partir des années 40. Ce sont des travaux également exploités par l’écrivain chercheur Mouloud Mammeri après l’indépendance.
Après l’officialisation de la langue amazighe,  l’annonce de la création d’une  académie- qui serait mise en place dans les prochains mois-constitue un grand tournant dans l’histoire de la langue amazighe mais aussi un enjeu. Mais  ce n’est pas du tout l’académie qui développerait une langue, c’est plutôt les travaux de recherche, les initiatives des universitaires, des poètes, des romanciers qui devraient être encouragés et exploités pour l’aménagement de la langue. Il faudrait libérer en premier lieu, les universités du contrôle de l’administration qui a pris en otage des chercheurs compétents dans les différents domaines de recherches : linguistique, littérature, socio-anthropologie et histoire, les laisser à travailler en toute liberté et sans aucune contrainte ou obstacle administrative.
Combien de soutenances de mémoires de magister, de thèses de doctorat et de l’habilitation universitaire en langue et culture amazighes ont été bloquées par certains responsables particulièrement à l’université de Tizi Ouzou ? Certains enseignants sont poussés à payer les frais de leurs soutenances (restauration, billetterie et transport des membres de jury), d’autres ont subi des pratiques inacceptables, harcèlements et pressions !?
Dans les milieux universitaires, tout le travail de recherche a été fait individuellement par l’enseignant, il n’a eu aucun soutien ni financier, ni moral, c’est la même situation pour toutes les filières et spécialités dans les différents domaines. Le cadre administratif ne permet pas aux enseignants-chercheurs de travailler la langue, analyser et développer sa linguistique, sa littérature et sa civilisation (histoire et socio-anthropologie), alors comment cette nouvelle académie dans une telle situation permettrait-elle aux chercheurs de travailler et d’aménager la langue tamazight en toute liberté ? Cette académie risque de devenir pour nous une institution qui remettra en cause tout ce qui a été réalisé pendant presque un siècle.
La réforme de l’État, la mise en place d’un système démocratique sont indispensables pour mieux réussir la réforme du système éducatif et universitaire et prendre sérieusement l’aménagement linguistique de la langue amazighe avec ses variantes (kabyle, chaoui, mozabite, touareg) en exploitant même celles des autres pays de l’Afrique du Nord (rifain, chleuh, moyen atlas). Cela permettrait à revoir complètement l’enseignement de l’histoire et de la sociologie en Algérie. Alors croire un jour de développer la langue tamazight dans un environnement de contraintes idéologiques, de censures ou attendre de la promouvoir dans le cadre d’une académie qui fonctionnera loin de toute liberté d’expression, de réflexion et en dehors du fonctionnement démocratique des institutions scientifiques est une illusion.

Par : Koussaila Alik

Enseignant-chercheur, docteur en linguistique amazighe (Maître de conférences), département de langue et culture amazighes, Université Mouloud-Mammeri, Tizi Ouzou.

 


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