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Contribution

En Algérie, il n’y a que des Algériens

Il semble que tout le monde ait oublié cela, en Algérie comme à l’étranger. Ainsi, les évènements tragiques que traverse Ghardaïa sont tantôt présentés comme un conflit entre Arabes et Berbères, tantôt comme un conflit entre sunnites et ibadites. Personne ne caractérise la situation comme un conflit entre Algériens. Pourtant, c’est ainsi que cette crise doit être présentée.

Certes il y a, en Algérie comme dans les autres pays du Maghreb, des arabophones et des berbérophones, mais y a-t-il, pour autant, des Arabes et des Berbères ? Tout le monde semble convaincu qu’il y a effectivement deux ethnies distinctes. L’origine de la confusion vient du fait qu’avec l’arrivée de l’islam au Maghreb, les Berbères ont connu une arabisation massive. En effet, en embrassant la nouvelle religion, ils ont adopté la langue arabe, la langue du Coran. Cependant, le processus d’arabisation du peuple berbère n’a pas été homogène dans toutes les régions du Grand-Maghreb.
Certains Berbères, pour des raisons géographiques et politiques, ont été davantage arabisés que d’autres. Ils n’ont gardé que certains mots de leur langue d’origine, le tamazight, souvent conjugués et prononcés “à l’arabe”, à tel point qu’il faut parfois beaucoup de concentration pour reconnaître ces termes. Ils parlent aujourd’hui l’arabe algérien, tunisien, marocain, libyen ou encore mauritanien. D’autres, bien qu’ils aient conservé leur langue d’origine, ont, eux aussi, adopté beaucoup de mots arabes, à leur tour berbérisés, autrement dit, conjugués et prononcés en tamazight.
On peut donc en déduire que la langue des Berbères, au contact de la langue arabe, a évolué progressivement vers deux langues différentes, qui malgré tout préservent le lien fort qui existe entre elles : l’arabe algérien et le berbère contemporain. D’autres termes, d’origine française, notamment, que ces deux langues algériennes partagent, viennent renforcer leurs liens.
Cependant les historiens maghrébins ont préféré, pour des raisons qu’il n’y a pas lieu d’évoquer ici, présenter la population du grand Maghreb différemment. Pour eux, ceux qui parlent arabe sont des Arabes et ceux qui parlent le berbère sont des Berbères. C’est ainsi qu’Ibn khaldoun présente une carte démographique du Maghreb fractionnée entre tribus berbères d’un côté et tribus arabes de l’autre, comme si un mur invisible les séparait ; pourtant, il est parmi les premiers à parler de l’arabisation des Berbères. Depuis lors, la même présentation persiste et elle se retrouve chez tous les historiens maghrébins. Il semble que le principe d’imitation du savoir des anciens ne s’applique donc pas uniquement au domaine des sciences religieuses mais aussi à l’histoire !
Les violences, que la région de Ghardaïa a connues, nous montrent à quel point cette présentation erronée est ancrée dans les esprits. Tous présentent le conflit comme un conflit entre Arabes et Berbères, comme si en Algérie il y avait deux peuples et non un seul.

Mais, que signifie être Arabe ou être berbère ?
Le terme berbère est utilisé pour désigner le peuple autochtone du nord de l’Afrique. Quant au terme arabe, il désigne, à l’origine, un peuple qui vivait dans la Péninsule arabique. De ce fait, considérer les Algériens qui parlent la langue arabe comme des Arabes signifie-t-il que leurs ancêtres soient venus d’Arabie ? Le croire irait à l’encontre de l’histoire de notre pays ; l’arabisation du peuple berbère, qui s’est accélérée après l’Indépendance, est un fait historique. Parler la langue arabe ne signifie donc pas nécessairement être venu d’Arabie.
Si être Arabe était une culture, cette distinction entre Arabes et Berbères serait inexacte, d’une part parce que les Algériens partagent tous la même culture, d’autre part, parce que la culture algérienne n’est pas constituée que d’un seul élément mais de plusieurs, dont la culture tamazight qu’on retrouve dans toutes les régions d’Algérie. De ce fait considérer les Algériens comme des Arabes, au nom de la culture, serait non seulement une erreur mais une simplification de la réalité, déniant à la culture algérienne toute sa dimension et sa richesse. Il est donc plus correct de parler de culture algérienne et de peuple algérien. Toutefois, si l’on prend en compte l’idée que certains Arabes seraient, au cours de l’histoire, réellement venus au Maghreb, peut-on parler, aujourd’hui encore, d’Arabes et les distinguer des Berbères après tant de siècles ? Rappelons que d’autres peuples sont venus. Si on ne peut, de nos jours, les distinguer du reste de la population, pourquoi pourrait-on y distinguer les Arabes ? Ceux-ci se sont mêlés au peuple originel pour former le peuple algérien. Toute distinction tendant à diviser le peuple, entre Arabes d’un côté et Berbères de l’autre, est une aberration autant historique que sociale, et quand elle risque d’alimenter des haines, l’aborder n’est pas une question de choix mais de nécessité. Le premier objectif de ce discours est donc de renouer avec la vérité.
En conclusion, il est indispensable d’insister sur le fait qu’en Algérie, il n’y a ni Arabes ni Berbères, mais seulement des Algériens ; les Mozabites et les Chaâmbas qui s’affrontent sont des Algériens et seulement des Algériens. C’est ainsi qu’ils doivent être présentés et c’est ainsi que le problème doit être abordé et discuté. Quant à la question confessionnelle, elle aussi mise en avant, rappelons que l’Algérie est un État et que dans un État, les individus sont avant tout des citoyens et non des malikites et des ibadites. Cependant, cette question, très sensible, est un autre problème qui nécessite une autre analyse.

R. A.


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