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A la une / Contribution

Polémique sur la “daridja” à l’école

Encore une diversion du système-pouvoir !

Dois-je y aller, comme tous, dans mon écrit, sur ce non-événement qui est l’enseignement de la “daridja” aux premiers paliers de l'enseignement et me plier à ce principe des réactions en chaîne qui fait qu'on ne peut parler que de ce dont tout le monde parle ?

Je n'irai pas dans le sens de ce courant que je considère abusif, aveugle, restrictif et surtout subversif et dont l'une des conséquences est de masquer le réel, le non-dit, l’inavoué par une fixation paralysante sur le sujet, alors que ce qui se cache est beaucoup plus important et même plus grave.
Aller donc dans ce crétinisme linguistique que l'on veut imposer à nos enfants, c'est aller dans le sens de l'agitation stérile et non constructive, ce qui n'est pas l'objet de mon écrit.
Toute réforme dans le système éducatif ne doit pas avoir, à mon avis, pour objectif de prouver ou d'approuver le bien-fondé d'une idée ou d'une démarche, mais d'abord de trouver l'origine des difficultés, des échecs et des tourments qui affectent nos enfants et, par la même, notre société. En ce sens, ce n'est point l'introduction de la langue arabe dès la première année scolaire qui est le véritable mal de l'école algérienne, mais il est bel et bien dans le système pédagogique mis en œuvre (je dis bien système parce que l'on va retrouver
cette notion de système tout le long de cet
exposé).
À la pédagogie qui est l'art d'enseigner par et pour la raison, on a substitué un “pédagogisme” qui est un enseignement “hors raison”. On comprend dès lors pourquoi certains enseignants peuvent dire à l'enfant qui réfléchit : “Mais pour qui tu te prends ?”
Le pédagogisme écarte l'individu de la conception de règles personnelles qui lui sont indispensables pour vivre sa vie humainement.
Sans règles personnelles, il risque de n'agir que sur commande et de ne prendre aucune initiative, même dans les cas d’extrême urgence.
Cette passivité que nous observons dans le quotidien n'a-t-elle pas été induite à l'école par une pédagogie visant plus la dépendance et la soumission que l'autonomie ?
La jeunesse d'aujourd'hui, marquée par un système pédagogique inhibiteur de la volonté et de la raison, est prisonnière de “l'habitude”, du figé car on lui a “figé” son cerveau gauche. Une pédagogie qui ne sollicite que le cerveau droit, faisant fi du sens, de la raison, de la déduction et qui exécute des instructions orales ou écrites simples. Des exemples ? En voici deux, significatifs.
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1- On a dit aux enfants d'Octobre 88 (donc des écoliers sous l'influence de cette pédagogie de la soumission et de l'endoctrinement) de sortir dans la rue et ils sont sortis, sans savoir ni pour qui ni pourquoi ?
2- On a dit aux jeunes de 92 de monter aux maquis, ils sont montés, on leur a dit de redescendre et ils sont redescendus par une simple fetwa.
Il est donc clair que pour le système, il s'agit moins de promouvoir l'individu doté de discernement et de raison que d'en obtenir ce que l'on en attend, c'est-à-dire l’obéissance.
La socialisation primerait la raison et la réflexion individuelle.
En clair, on pratique aux dépens des parents une pédagogie dont la finalité n'est pas la promotion individuelle de l'homme et son épanouissement. Elle est destinée à la création d'une entité socialisée, à qui l'on attribue, pour certains, les moyens nécessaires à la tenue de la place qu'on lui destine dans la société que le système a projetée. Il s'agit là d'une démarche dirigée contre la personne dans le but de limiter ses possibilités et son autonomie.
On comprend dès lors le manque d'engagement de l'élite algérienne dans sa tranche jeune dans des actions pour le changement.
Il est clair que tous ces désordres et les exclusions induits par la pédagogie en vigueur sont autant de violences intolérables pour les personnes qui les subissent, comme pour leur entourage, enseignants compris.
Par ailleurs, cette pédagogie a des effets délétères sur notre société, car elle assure la promotion sociale de ceux qui sont plus enclins que les autres à l'argument d'autorité ; elle met également en perspective l’avènement d'un homme plus suiveur qu'acteur, plus agi que décideur, plus naturellement porté à la dépendance qu'à l'autonomie . En somme “l'homo-chita”.
C'est ainsi que le système a été construit et consolidé au fil des années avec, à la base, une strate d'agis préparés à toutes les obéissances. En superposition se trouve une deuxième strate, beaucoup moins nombreuse et qui constitue ceux qu'on nomme communément les enfants du système ou les commis du système qui ont pour mission de distribuer des ordres à ceux du dessous.
Quant aux exclus du système, c'est-à-dire la majorité, ils ne représentent qu'une masse de votants pour la légitimation du système-pouvoir.
Dans cet ordre d'idées, il est aisé de comprendre le soin tout particulier qu'il convient de porter à la “mise à l'écart” des esprits critiques, le plus tôt possible et partout où ils pourraient émerger, afin que le système puisse fonctionner sans remise en cause.
En définitive, si nos enfants veulent un diplôme, une place, une reconnaissance, ils doivent adhérer au système.
Telle est la finalité du pédagogisme qui sévit dans notre école.
Enfin, au lieu de s'en prendre au véritable mal qui gangrène l'école et qui fait tant de mal à la société, on s'en prend au futile, au dérisoire.
Je termine en affirmant que ce n'est pas la langue arabe, en soi, qui est toxique ou qui constitue une violence pour l'enfant, mais bien l'incapacité à pouvoir la socialiser correctement.


Dr M. M.
(*) Universitaire


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