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A la une / Contribution

Contribution pour la Rédaction Digitale de "Liberté" (#RDL) (*)

Il est temps que l’État revigore l’esprit de l’Émir

©D.R

La Charte d’Alger (Avril 1964), dans ses trois premiers paragraphes, décrit l’Émir Abd-El-Kader comme suit : ‘’La volatilisation rapide de la bureaucratie d’origine turque devant l’agression française laisse apparaître à travers le territoire national des forces authentiquement algériennes qui prennent la direction de la résistance armée contre l’invasion étrangère. C’est ainsi qu’émerge et s’affirme l’autorité de l’Émir Abd El Kader’’. ‘’Par la suppression de la différence entre tribus makhzen et tribus raïa, Abd El Kader détruit les anciens rapports d’exploitation établis au détriment des masses paysannes et  aspire à unifier dans l’action contre l’ennemi au profit d’une autorité centrale unique du pays en posant les fondements d’une économie moderne se heurte aux tendances anti-nationales des féodaux et aux préjugés des chefs locaux comme le bey Ahmed de Constantine qui, malgré une résistance acharnée à l’invasion, n’accède  pas à la conscience de la nécessité d’une action unifiée contre l’envahisseur’’. ‘’Au  bout de dix-sept années de lutte opiniâtre, de flux, les forces françaises d’agression et de pillage viennent à bout de l’Émir Abd El Kader. Mais la résistance armée ne prend pas fin pour autant. Des noms glorieux comme ceux de Boumaza, de Selman El Djellabi, de Bou Baghla, de Cheikh El Haddad et de Mokrani témoignent de leur aspiration sans cesse renaissante à s’unir pour mettre en échec l’effort militaire français et ses méthodes d’extermination ainsi que les facteurs de régression et de division incarnés par les féodaux’’.

Le livre scolaire, dans tous ses paliers, a toujours été dans l’à peu-près ou carrément dans le faux puisqu’il apprend à nos enfants que :

  1. ‘’la résistance a commencé, à l’Ouest du pays (!), dès l’invasion coloniale française du 16 Juin 1830’’, alors que le Général Damrémont a débarqué à Oran le 04/01/1831.
  2. ’’les habitants de la région (de Mascara ?) ont prêté allégeance à l’Émir en 1832’’, alors que le texte de la moubaya’â (copie dans le musée des armées à Alger) cite nommément ‘’les présents et d’autres non désignés’’ dans le texte, puisqu’il y avait entre autres délégations présentes, celles du Djurdjura, de Annaba, des Ouled Nails, des Chaâmbas ; une délégation des Banou Mizab étant arrivée en retard.
  3. ‘’la résistance faiblira à cause de la guerre à outrance menée par les armées françaises, ce qui conduira l’Émir à se…rendre’’ (!).

Le 27 Novembre 1832, l’Émir Abd-El-Kader a eu la légitimité populaire pour diriger la résistance à l’occupant d’Est en Ouest et du Nord au Sud du pays en désignant des khalifas (au nombre de 24 en 17 années dans 16 régions du pays) aussi engagés que lui, d’une intégrité irréprochable, morts chahids pour la plupart d’entre eux lors des combats (116 batailles) contre la plus puissante armée de l’époque (armée Napoléonienne) composée au début de l’invasion de 35.000 hommes pour atteindre le chiffre, énorme pour l’époque, de plus de 125.000 hommes surarmés et suréquipés, armée coloniale dirigée par ‘’plus de 150 généraux, 16 ministres de la guerre et 5 princes de France’’ (in : ‘’Livre d’Or de l’Algérie Française’’).

L’Émir Abd-El-Kader aura négocié 2 trêves (‘’Desmichels’’, le 26 Février 1834 et ‘’la Tafna’’ le 30 Mai 1837) et un armistice (le 23 Décembre 1847), tous les 3 traités dénoncés par la France,  trois fois parjure s’il en est. Après la défaite française à Sidi Brahim du 23-26 Septembre 1845 avec près de 700 morts français qui est décrite par Guizot comme ‘’parmi l’une des 3 plus grandes défaites des armées coloniales françaises en Afrique avec la Macta [plus de 1500 morts français] et les 2 retraites de Constantine [plus de 2000 morts français]’’, Alexis de Tocqueville (dont son chef de cabinet lorsqu’il était Ministre des Affaires Étrangères n’était autre que Joseph-Arthur de Gobineau, théoricien du racisme : ‘’Essai sur l’inégalité des races’’) donnera, lors de son second voyage en Algérie en 1846, son aval d’homme politique aux généraux français criminels et génocidaires pour appliquer ‘’la politique de la terre brulée’’, razzias, massacres horribles et lâches à grande échelle, enfumades, tous crimes de guerre et contre l’humanité, crimes imprescriptibles et dont la France devra reconnaitre tôt ou tard…

Grand stratège militaire, fin diplomate, l’Émir Abd-El-Kader a initié un dialogue avec les ecclésiastiques présents en Algérie, ce qui devait amener à un échange de prisonniers et la rédaction d’un édit sur ‘’le comportement que devait avoir l’armée musulmane envers les prisonniers de guerre’’, prélude à la ‘’convention de Genève sur les prisonniers de guerre’’ qui ne devait voir le jour que plusieurs années plus tard.

Après le parjure français du 23 décembre 1847 qui a fait suite à l’armistice accepté par les généraux français et le duc d’Aumale, fils de Louis-Philippe, roi de France, l’Émir Abd-El-Kader et ceux qui avaient accepté de l’accompagner dans son exil (97 personnes au total dont 61 hommes, 21 femmes, 6 filles et 9 garçons) sera incarcéré dans des endroits lugubres (fort Malbousquet, fort Lamalgue, puis les geôles du glacial ‘’château de Pau’’) et pour essayer d’achever la patience des détenus, dans le site insalubre à l’époque, du ‘’château d’Amboise’’.

Louis-Napoléon Bonaparte reconnaitra en l’Émir, l’ennemi de la France lors de sa mise en liberté le 16 Octobre 1852 par ces mots : ‘’…depuis longtemps, vous le savez, votre captivité me causait une peine véritable, car elle me rappelait sans cesse que le gouvernement qui m’a précédé n’avait pas tenu les engagements pris envers un ennemi malheureux ; et rien à mes yeux de plus humiliant pour le gouvernement d’une grande nation, que de méconnaître sa force au point de manquer à sa promesse… Vous avez été l’ennemi de la France, mais je n’en rends pas moins justice à votre courage, à votre caractère, à votre résignation dans le malheur; c’est pourquoi je tiens à l’honneur de faire cesser votre captivité’’…). Humiliant en effet, pour une grande nation de manquer à sa promesse envers son ennemi...et le maintenir injustement captif durant cinq longues et terribles années.

Après 3 années très fructueuses passées à Brousse (Turquie), très enrichissantes pour la suite de son combat, le grand djihad ou combat contre les passions dans lequel il entrera de plein pied dès son entrée triomphale à Damas (Syrie) en 1855, jusqu’à son…départ vers la Vérité, le 26 Mai 1883 en passant par l’action unique en son genre du sauvetage de plusieurs milliers de chrétiens menacés de mort du 09 au 16 Juillet 1860 et par son aide apporté pour le percement du canal de Suez (inauguré le 17 Novembre 1869 en sa présence) dont il voyait un rapprochement entre Orient et Occident, Abd-El-Kader devrait rester pour les Algériens, cet homme universel, homme de paix et du vivre ensemble, épris de justice, fondateur de l’état algérien dans le sens le plus moderne du terme, symbole de la jeunesse et de notre unité nationale.

Combien d’algériens portent le nom glorieux d’Abd-El-Kader ? Rues, places, écoles, lycées portent le nom d’Abd-El-Kader dans chaque ville, village ou douar d’Algérie, tout comme des rues, des places et même toute une ville des États-Unis d’Amérique portent le nom de cet homme hors du commun. Durant notre glorieuse révolution du 1ier Novembre 1954, le portrait de l’Émir trônait partout comme le symbole de l’espoir et de la victoire. Par ces temps d’incertitudes et des défis qui nous guettent, il est temps que l’état revigore l’esprit de l’Émir oublié depuis quelques années déjà et se remémorer un certain 05 Juillet 1966 lors du retour de l’Émir à El-Alia où le président Boumedienne a fait un vibrant et émouvant discours donnant sa promesse à l’Émir, devant le peuple algérien, que sa sépulture n’est que provisoire, en attendant la construction d’un mausolée…pourquoi pas attenant à la grande mosquée de Mohammadia, mosquée construite sur instructions de S.E. le président de la République, Monsieur Abdelaziz Bouteflika, qui a réussi l’exploit, avec courage et abnégation, de faire revenir l’Émir de Damas à Alger.

Chamyl BOUTALEB

Docteur d’état en médecine

(*): Les contributions publiées par la Rédaction Digitale de "Liberté" (#RDL) relèvent exclusivement de la responsabilité de leurs auteurs


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