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A la une / Contribution

Abdelaziz Rahabi réagit à une contribution sur les relations algéro-marocaines

“Il reste beaucoup à faire pour construire un consensus sur notre politique étrangère”

© Billel Zehani/Archives Liberté

Le quotidien Liberté a publié un texte long de deux pages et signé du tout nouveau secrétaire national du RCD à l’économie et à l’environnement, Ouamar Saoudi. Ce texte présenté sous la forme d’une contribution (?) est en réalité un long procès inquisitoire à une interview que j’ai donnée sur les relations algéro-marocaines, la construction maghrébine et la question de la réouverture des frontières terrestres entre les deux pays (1).
L’auteur de ce fatras traite des sujets sérieux et délicats de façon polémique en recourant aux clauses de style linguistiques, procès d’intention et autres attaques personnelles qui cachent une véritable tare, celle d’une méconnaissance affligeante de la propre réalité géopolitique de l’Algérie.
1. Ainsi, je précise que je n’ai pas réagi à une déclaration de Mohcin Belabas sur les frontières algéro-marocaines, mais répondu à la presse sur les questions évoquées antérieurement. C’est son droit le plus absolu comme citoyen et en sa qualité de chef de Parti et c’est d’ailleurs le sens de ma déclaration “…Sur le principe, nous sommes tous tenus, partis du pouvoir et opposition, de participer au consensus national en matière de politique extérieure dans ses deux dimensions : diplomatie et défense de l’intégrité territoriale. Cela ne réduit en rien notre droit à l’information, à l’appréciation et à la critique de notre politique étrangère.” (2)
2. De même que je persiste à croire que nos élites sont en retard par rapport à celles du Maroc et de la Tunisie, tout simplement parce que ces pays ont connu un parcours historique différent de celui de l’Algérie et se sont ouverts au monde avant nous ; elles sont donc plus mondialisées et ont un rapport pragmatique avec le temps réel.
Ces mêmes pays envisagent une intégration verticale, et le nôtre en est encore à une vision horizontale qui ne lui apportera pas le savoir-faire que nos amis ont pu acquérir dans certains domaines (délocalisation, services bancaires et autres, éducation, téléphonie…).
3. L’auteur de l’article qualifie la mesure d’expulsion massive et violente des touristes algériens et l’imposition des visas par le Maroc en 1994 comme “une décision intempestive de Hassan II” et il enfonce l’outrecuidance en ajoutant “Hassan II n’est pas connu pour être un enfant de chœur et chaque fois qu’il a pu manœuvrer pour perturber ou affaiblir des vis-à-vis, internes ou externes, il ne s’en est pas privé. Mais, pour une fois, la réaction du monarque marocain n’est pas celle qui prêterait le plus à critique.” Je laisse le choix aux lecteurs et aux militants du RCD de mesurer la portée de cet exercice d’auto-flagellation dans lequel, succombant à la litote et au sens décalé de la formule, un responsable politique algérien justifie et soutient des mesures inacceptables que leurs propres auteurs étrangers ont fini par reconsidérer.
4. En effet, le Maroc ne trouverait pas plus mauvais porte-parole pour défendre ses thèses, puisque c’est le roi du Maroc, Mohammed VI lui-même, qui a annoncé la suppression du visa d’entrée pour les Algériens et de manière unilatérale – dans les mêmes formes que son imposition – le 30 juillet 2004 avant d’être suivie par l’Algérie 2 avril 2005.
5. Il écrit encore : “Je ne crois pas savoir que le même diplomate (moi-même) se soit particulièrement ému quand, suite à un match de football, des Algériens ont décroché le drapeau français pour hisser l’emblème algérien sur une municipalité de la région parisienne.” J’invite les lecteurs à trouver un seul rapport avec mon appréciation sur le fait que le décrochage du drapeau algérien par un citoyen marocain de l’emblème national de notre consulat le jour de notre fête nationale le 1er novembre 2013, n’est pas un acte de nature à favoriser la confiance entre les deux pays. En effet j’ai dit… Un discours officiel et public d’une telle virulence a favorisé et a provoqué, à mon sens, l’action des activistes marocains qui ont arraché le drapeau du consulat algérien Casablanca en novembre 2013. Suite à cette violation de l’immunité d’une représentation consulaire, l’Algérie n’a pas reçu d’excuses formelles. Pis encore, le délinquant qui a commis cet acte ignoble en un jour de fête nationale a été relâché par la justice. (2).
6. L’auteur du texte du 25 février écrit présomptueusement sur le climat des relations bilatérales :
“La confiance qui doit précéder la solution se construit par des actes attestant de la bonne volonté des parties à régler un conflit. Si on dispose d’une qualité relationnelle exemplaire, c’est que, par définition, la tension est dissoute et que, donc, le problème n’est plus’’. La réalité est bien plus complexe, elle ne s’accommode pas des lectures linéaires ou manichéennes et nous recommande une observation bien plus rigoureuse des enjeux régionaux. Revenons aux faits historiques :
- Le communiqué commun algéro-marocain du 16 mai 1988 portant reprise des relations diplomatiques, rompues par le Maroc le 7 mars 1976, appuie “un referendum d’autodétermination se déroulant dans une sincérité absolue sans contrainte d’aucune sorte”.
C’est cette dynamique qui a favorisé la tenue du sommet maghrébin de Zéralda le 10 juin 1988 et consacré le découplage du processus d’intégration maghrébine de la question du Sahara occidental traitée dans le cadre onusien au titre du parachèvement de la décolonisation.
- Cet accord stratégique est le fondement même du traité de Marrakech du 17 février 1989 qui a été précédé d’une rencontre à Marrakech le 4 janvier entre le roi du Maroc et une délégation de hauts dirigeants sahraouis.
Le 3 mars de la même année le Roi annonce la prochaine ratification de la Convention délimitant les frontières (Rabat 15 juin 1972). Ratifiée par l’Algérie en mai 1973, elle ne le sera par l’autre partie que vingt ans plus tard.
La dynamique de la construction maghrébine au plan institutionnel a été freinée par une décision souveraine du Maroc de geler en décembre 1995 sa participation aux activités de l’UMA alors qu’il avait convenu de découpler la question du Sahara du processus de l’UMA.
Le Maroc a ratifié 9 accords sur les 37 accords et instruments adoptés par l’UMA, l’Algérie en a ratifié 29. Cela renseigne sur le niveau d’engagement de chacun des deux pays.
7. L’auteur de cet article écrit encore : “À condition de ne pas avoir commis l’irréparable sur le même sujet. Les cinq chefs d’État de l’UMA avaient pris solennellement l’engagement de ne jamais agréer un parti islamiste sans en avoir préalablement référé aux autres. En 1990, Rabat, Tunis, Nouakchott et Tripoli apprennent par les médias qu’Alger avait décidé de faire cavalier seul.’’ Rien de plus faux et non conforme à la vérité car l’Algérie ne s’est pas engagée à Marrakech sur les questions de politique intérieure. Bien au contraire, elle n’a pas apprécié que le Roi, au cours d’une visite à Alger en 1990, reçoive et à sa propre demande uniquement le chef du FIS Abassi Madani pour évoquer “le laboratoire algérien de l’islamisme” et écouter la position du chef du FIS sur la question du Sahara occidental.

Conclusion :
Je ne suis pas un partisan de la négation de l’État mais de sa nécessaire réforme et de son urgente adaptation à la modernité car aussi archaïque, corrompu et liberticide que soit son régime actuel, l’État reste à consolider et demeure une forme d’organisation indispensable à la survie de la Nation. J’ai un regard critique sur sa politique extérieure notamment, je pense que l’on peut faire mieux si on écoutait et suivait un peu plus les professionnels comme partout ailleurs. C’est une conviction et un combat, et l’auteur de cette attaque contre les choix stratégiques de mon pays et contre ma personne me donne des motifs supplémentaires de croire qu’il reste beaucoup à faire pour construire un consensus national sur notre politique étrangère et de défense nationale.
Je n’ai jugé ni utile ni intéressant de réagir à des attaques personnelles gratuites et non fondées parce quelles représentent pour moi le degré zéro de la politique, renseignent sur le niveau et l’indigence intellectuelle de ceux qui les portent et n’apportent rien au débat serein et constructif que beaucoup d’entre nous s’efforcent laborieusement d’instaurer dans notre pays.

NDLR : le titre et le surtitre sont de la rédaction
1. http://www.liberte-algerie.com/contributions/la-frontiere-en-otage-242784
2. (http://www.tsa-algerie.com/20160215/abdelaziz-rahabi-la-reouverture-des-frontieres-aidera-lest-du-maroc.


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2 réactions
no passaran le 03/03/2016 à 11h30

vous écrivez que ''nos élites sont en retard par rapport à celles de tunisie et maroc''.les ''élites'' comme vous ont été et sont encore au pouvoir sont en retard par incompétence et par idéologie conservatrice. les vrais élites ont pris le chemin de l'exil où ils réussissent mieux parce qu'ils n'ont pas en face d'eux des bureaucrates jaloux de garder leur koursi. Vous avez annoncé une constitution avec un vice président, Bouteflika vous a berné, l'anticipation chez vous, j'attends de voir....

amin83 le 03/03/2016 à 12h33

Merci Monsieur le Ministre pour cette leçon magistrale à cet avocat- supplétif. du Maroc et de la France . Les militants sincères du RCD apprécieront .

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2 réactions