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A la une / Contribution

Contribution (Liberte-algerie.com)

J’ai rêvé d’Aylan cette nuit…

©D.R.

Aylan a rejoint le ciel et nous a donné à tous, au moins l’espace d’un moment,  l’envie de quitter ce monde d’hypocrites sanguinaires pour l’au-delà, mais avant de penser à partir, un petit mot s’impose 

Qu’on se le dise…

La photo du petit ange échoué sur la plage turque m’a torturée, pétrifiée, choquée, peinée et m’a laissée sans voix. J’ai perdu l’appétit, le sommeil et le dernier brin d’espoir qui me restait…

Aylan Kurdi, trois ans, a eu comme seul tort d’être né dans une ville dévorée par les feux de la guerre, une ville où le fantôme  de la mort a tout rayé sur son passage, d’être né dans une famille où le père ne peut se permettre d’assurer le minimum à ses enfants, le droit à la vie..

 

Un père désespéré, détruit et pétrifié qui a perdu tout ce qui lui restait et ce qu’il avait de plus précieux, sa famille, ses enfants, sa femme, prunelle de ses yeux. Lui qui a cru partir loin sans retour, a du regagner sa ville-terreur bien plus tôt qu’il ne pensait pour y enterrer… sa vie !

 

Je n’ai rien à vous dire, vous n’avez rien à me dire non plus et rien à vous dire entre-vous aussi, cessons de jacasser,  j’impose le silenceabsolu, le silence qui déchire, qui heurte, qui étouffe et qui nous transforme en rocher –quoique nous le sommes déjà quelque part- , un peu de respect s’il vous plaît vos paroles me torturent et ne servent à rien, essayons le silence, il y aura moins de mensonges, à tout le moins…

 

Taisez-vous, je vais parler, et  je ne m’adresserai pas à vous, je n’ai rien à vous dire j’ai dit, c’est à Aylan que je veux parler..

 

Aylan m’entends-tu mon bébé ? le son des vagues n’arrange pas les choses mais je vais me rapprocher de toi..

 Aylan : d’un signe de la tête laisse savoir qu’il m’entend

‘ J’ai rêvé de toi hier mon ange, tu étais bien entouré par ta maman et ton  grand frère Gulip, tu m’es apparu souriant, en pleine forme et tu jouais au ballon avec les enfants du quartier’

Aylan : ‘ Ils me manquent tous, je veux qu’on joue encore, je veux que papa vienne avec nous. Il a mis du temps, plus de temps que prévu … où est-il ? ‘

‘Mon chéri, mon enfant, mon aimé, papa te rejoindra un jour sois-en sûr, ce n’est qu’une question de temps  mais d’ici là tu dois prendre soin de Gulip et de ta maman et bien t’entraîner au balon ainsi quand papa viendra tu lui montreras que tu sais jouer …’

Aylan, ne m’a pas répondu il s’est contenté de sourire, ce sourire magnifique qui vous a tous déstabilisé ; ce sourire qui a provoqué votre colère et votre silence à la fois…

 

‘Aylan, je veux que tu ailles embrasser tous ceux que j’aime là où tu es, ils t’attendent et sont heureux de t’accueillir, ils prendront soin de toi. Dis leur, s’il te plaît que leur monde est bien meilleur que le nôtre dis leur qu’ici, il n’y a plus de vérité, plus d’humanité, plus de parole et plus de dignité. Explique leur que nous sommes malheureux ici, que nous ne sommes que victime de ceux qui gouvernent, volent, dilapident, vident les banques, achètent les armes, tuent des hommes, manigancent et nous écrasent avec un grand sourire affiché dans les écrans de télévision, dis leur ça ‘ 3am tefham 3layi Aylan habibi ?’ ( me comprends –tu mon chéri? )

 

Dis leur que notre monde est en guerre, que l’Irak est tombé, la Syrie aussi ; la Libye aussi, le Yemen aussi, la Tunisie se bat encore, l’Algérie résiste et que les autres n’ont pas trop changé…

 

Dis aux plus âgés d’entre ceux que tu trouveras là bas, que tout a changé, qu’aujourd’hui des enfants syriens fuient leur magnifique pays vers des pays froids et lointains pour ‘ survivre’, dis leur que notre orient se vide et se divise, qu’il est amoché et que les hommes meurent, tous les jours, pour des raisons banales, dis leur que notre Syrie saigne, dis leur qu’ils nous ont tout pris et qu’ils veulent diviser ce qui reste de nos terres.

 

Aylan, ne pleure pas, sois fort et courageux, tu seras en sécurité là où tu es, on prendra soin de toi, de Gulip et de ta maman, nous prendrons soin de ton papa ici …’

 

Vous pouvez à présent rompre votre silence, après tout, ce n’est pas de votre faute ce qui est arrivé, c’est leur faute à eux, c’est eux qui décident de notre sort à tous, nous autres passifs, subirons et serons pour toujours, des spectateurs inertes. Certes, nous grincherons un peu lorsqu’un drame arrivera puis après une semaine ou 10 jours, la brume va passer donc,  pour gagner du temps essuyez vos larmes, changez vos photos de profile facebook, trouvez-vous un autre sujet d’actualité pour tuer le temps ; bientôt Aylan fera partie du passé..

Circulez y a rien à voir et prenez vos visages et votre hypocrisie avec vous.

PS : Cher Aylan il y a une personne en particulier qui te recevra là où tu es, embrasse-la pour moi et dis lui qu’elle a de la chance, beaucoup de chance d’avoir quitté ce monde de fous, inutile de te dire que cette personne te donnera comme elle m’a donné à moi, tout l’amour du monde… 

Mounira EL-BOUTI

(De Tunis)

Publié dans : liberte-algerie.com

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