Scroll To Top
FLASH
  • L'Algérie a enregistré 219 nouveaux cas de coronavirus (Covid-19) et 5 décès durant les dernières 24 heures
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

A la une / Contribution

20 août 1956- 20 août 2020

La Révolution de février à l’épreuve de la Soummam

© D.R

Par : Hend Sadi
Figure du combat démocratique

 

 

Par-delà l’Algérie, les expériences contemporaines vécues par les divers pays musulmans dans des contextes pourtant très variés, avec ou sans interventions extérieures, incitent toutes à la plus grande vigilance.”

Des deux principes fondamentaux de la Soummam : 1- Primauté du politique sur le militaire. 2- République sociale et démocratique et non restauration d’une théocratie révolue, il est significatif que ce soit sur le deuxième point que le mouvement, né en février 2019, ait achoppé dans une phase particulière de son évolution.

Pourtant, en passant très rapidement du rejet du 5e mandat au rejet de tout le système, puis en inscrivant son action dans le cadre d’une “Algérie libre démocratique” et, mieux encore, celui d’un “État civil et non militaire” – au grand dam de l’omnipotent chef de l’état-major de l’époque –, le mouvement avait fait un bond prodigieux qui laissait entrevoir une faculté de progression inédite. Mais la dynamique fulgurante qui l’avait tiré vers le haut s’est enrayée dans l’ultime étape, celle qui restait à franchir pour consacrer les bases d’un État algérien moderne. En effet, l’emprise de la religion sur le politique, qui a lourdement compromis le destin algérien, n’a pas été récusée.

Les lignes de démarcation ont bougé, mais la digue n’a pas cédé. Aussitôt passée la période d’hébétude due à la surprise initiale provoquée par l’explosion de février 2019, on a assisté à de multiples tentatives plus ou moins coordonnées de remise en selle de personnalités appartenant à la nébuleuse intégriste. D’abord, un groupe hétéroclite essaya d’insuffler aux événements une dynamique à travers l’oxymore “badissiste-novembriste”, tandis qu’en marge de ces activistes un ballon d’essai fut lancé en proposant une figure racornie du oulémisme en la personne d’Ahmed Taleb (que l’écrivain Mohamed Kacimi a qualifié de “criminel culturel”) pour assurer la phase de transition.

Ni l’une ni l’autre de ces initiatives n’ont eu prise sur le cours des événements. Une autre alerte fut enregistrée lorsque quelques personnalités connues du mouvement, dont l’une d’entre elles, le commandant Lakhdar Bouregaâ, avait reçu des hommages unanimes, rendirent une visite très médiatique à un ancien leader du FIS. Tollé de protestations. Ceux qui s’étaient crus autorisés à agir implicitement en représentants du mouvement à travers un tel geste furent sèchement désavoués et virent leur crédit au sein mouvement fondre comme neige au soleil.

Puis apparut une manière nouvelle dans les marches lorsque de-ci de-là étaient scandés des cris “Allah Akbar” accolés à des noms propres. Enfin, dernier épisode de cette entreprise de recyclage de l’islamisme, la tentative, plus diffuse mais plus importante, lancée par le biais associatif, essentiellement depuis l’étranger et relayée par des acteurs divers. Ces échecs répétés disent bien les difficultés qu’éprouve le courant théocratique à contrôler le mouvement, mais, par le sommet ou par la base, de manière directe ou indirecte, de l’intérieur comme de l’extérieur, l’islamisme ne renonce pas. Pour une bonne part, cette résilience puise sa force dans notre passé récent. 

Un passif lourd
Dès juin 1962, à Tripoli, Ben Bella avait quasiment mis le pays sous tutelle égyptienne(1) et, dès son installation au pouvoir, il livre aux frères musulmans l’école algérienne. Une école qu’Ahmed Taleb s’est attelé à achever en essaimant ses oulémas dans l’administration de l’Éducation nationale, action dont on a pu mesurer les effets – encore récemment –, à l’aune de l’impuissance de la ministre de tutelle (Mme Benghebrit) à entreprendre la moindre réforme. Dotées de “budgets illimités”, les campagnes d’arabisation menées tambour battant sous Boumediène complètent le travail, mettant au pas toutes les institutions étatiques sommées de propager l’arabo-islamisme et son sectarisme avec durant plus de cinquante ans.

Les succès électoraux du FIS sont une illustration parfaite de cette politique. Alors que l’appareil d’État était encore sous le contrôle exclusif de l’ex-parti unique FLN, le FIS, qui n’avait que quelques mois d’existence légale en juin 1990, rafle 953 communes des 1 539 existantes et 32 wilayas sur 48 avec 54% des suffrages exprimés. Il récidive en 1991 en enlevant 188 des 231 sièges acquis au premier tour (soit 82%), l’APN en comptant 430 au total.

En tête dans la majorité des circonscriptions restantes, la dynamique politique était telle que nombre de ses concurrents, notamment FLN, encore en lice au deuxième tour, déclarèrent forfait et appelèrent à voter pour le FIS qu’ils n’osaient plus affronter. Ces résultats spectaculaires ne doivent rien à la main d’Allah, rien au génie des dirigeants du FIS et pas davantage à l’indigente idéologie de ces derniers. Cette victoire est l’œuvre des institutions de l’État (éducation, justice, information, culture…). 

Celle des clans – tous confondus – qui ont régné sur l’Algérie, de médias aux ordres, du réseau des mosquées qui, toutes, se sont donné la main pour modeler les mentalités. Ce sont les institutions qui ont fait le lit du FIS et ce sont elles qui ont mené pour lui une campagne ininterrompue depuis 1962.
Cette disposition de l’époque du parti unique fit dire à Kateb Yacine que “le mouvement islamiste était le seul parti autorisé à tenir cinq réunions par jour et un congrès par semaine”. Socle idéologique stable du régime, l’arabo-islamisme n’a été remis en question par aucune des équipes qui se sont succédé à la tête de l’État algérien, même lorsque celles-ci se sont opposées et parfois entredéchirées (Ben Bella est renversé par Boumediène mais ce dernier livre l’école aux oulémas, Chadli s’écarte de l’étatisme économique de Boumediène mais fait adopter le code de la famille et ouvre les portes de l’université à l’islamisme en arabisant l’enseignement supérieur). Au final, lui-même pure création du régime, le FIS n’eut qu’à ouvrir son escarcelle pour y recueillir les fruits mûrs tombés dedans. Installé par l’armée après la défaite militaire du FIS, Abdelaziz Bouteflika a bien vite renoncé à ses velléités modernistes pour poursuivre la même ligne. 

C’est sous son règne que la retransmission par la télévision des matchs de football et des bulletins d’informations est interrompue pour faire place au direct des appels à la prière.  Et c’est encore lui qui introduit les lois sur le blasphème, pourchasse les non-jeûneurs, lance le chantier ruineux de la grande mosquée d’Alger, etc.

L’islamisme est une pandémie
Par-delà l’Algérie, les expériences contemporaines vécues par les divers pays musulmans dans des contextes pourtant très variés, avec ou sans interventions extérieures, incitent toutes à la plus grande vigilance.
À commencer par l’Iran qui a sonné le renouveau islamiste et dont la Révolution à ses débuts avait suscité un fort élan de sympathie sur la scène internationale. C’est un gouvernement pro-américain incarné par le Shah d’Iran qui s’affiche comme le dépositaire d’une dynastie multimillénaire qui est renversé en 1979 par l’ayatollah Khomeini, avec le soutien très actif des opposants communistes au régime. Mais les alliés de Khomeini ne tardèrent pas à déchanter.

Par milliers, les cadres de cette mouvance (Toudeh, communistes, nationalistes) finirent pendus au bout d’une corde. Quarante ans après la naissance de la république islamique d’Iran, la première du genre au monde, la démocratie et les libertés fondamentales de la personne humaine ne sont toujours pas à l’ordre du jour(2). Dans l’Afghanistan voisin, la configuration est inversée. C’est un régime prosoviétique qui est renversé par des rebelles soutenus par les États-Unis d’Amérique. Mais le résultat est une autre république islamique, avec davantage de désordre. La Mecque du terrorisme islamiste, l’Afghanistan est le théâtre de violents conflits que les interventions internationales attisent davantage qu’elles ne les réduisent.

La démocratie tout comme les droits élémentaires de la personne humaine y sont des vœux… pieux. Pays jouissant de revenus faramineux, l’Arabie Saoudite est une contrée où le permis de conduire représente le fantasme des rêves féminins. Cette monarchie qui abrite les Lieux saints de l’islam fait disparaître ses opposants dans des bains d’acide et décime les Yéménites dans l’indifférence de ses voisins musulmans. Tombées sous le coup d’agressions étrangères, les dictatures irakienne et libyenne sont devenues des zones où règne le chaos islamiste. Quant à la Turquie, elle ne se contente pas de massacrer les Kurdes, d’emprisonner ses journalistes, d’exécuter ses opposants, elle rêve aussi de renouer avec la grandeur passée de l’empire ottoman, comme en témoignent les prétentions qu’elle affiche sur la Libye et en Méditerranée orientale. Pris sous une menace arabo-islamique alimentée par le Qatar et les monarchies du Golfe, les pays du Sahel ne doivent leur survie qu’au soutien de la France. 

Au Nigeria, le mouvement terroriste Boko Haram, qui revendique la scission et milite pour la charia, communique en arabe. En Afrique, l’arabo-islamisme entend effacer les croyances africaines et, dans le même mouvement, ses langues et cultures qu’il tient pour méprisables.

Il n’est jusqu’aux lointaines Indonésie et Philippines que l’on avait longtemps crues protégées par leur pluralisme culturel et ethnique qui ne soient à leur tour atteintes par la furie islamiste. Dans le si vaste monde musulman, pas une seule démocratie, pas un seul cas qui puisse servir de modèle ! C’est dire le poids du handicap qui pèse sur l’avènement de la démocratie en contexte islamique. L’islamisme est une pandémie.

Cultiver l’idée qu’en Algérie le danger islamiste est une fiction et que la fraude électorale ou la corruption seraient les seules priorités à prendre en compte avant la chute du régime est une faute coupable. Rien ne garantit que la chute du régime débouchera sur un système meilleur. Affirmer, comme le fait Addi Lahouari, que peu importe l’élu, qu’il soit “islamiste” ou “berbériste”, dès lors que son élection reflète la volonté du peuple, est irresponsable.

Faussement naïf, cet énoncé appelle deux remarques :
- La première est que l’on s’interroge sur la persistance que l’on met à établir un parallèle entre l’islamiste et le berbériste. Elle vient d’être poussée à son extrême par la ministre de la Culture(3) dont l’intervention a contraint le directeur de la maison de la culture de Bgayet à rédiger une mise au point qui fait du conquérant sanguinaire Okba et de son vainqueur, le résistant Aksel (Koceïla), “deux valeureux fils de l’Algérie unie et fière”. 

Okba, valeureux fils de l’Algérie ! Mais jusqu’où ira la dérive ? Une preuve de la dissymétrie entre les deux profils : si l’islamiste a toutes les chances de passer dans un scrutin national pour peu qu’il soit maquillé, celles du berbériste sont exactement égales à zéro. 

Non que celui-ci soit plus dangereux pour la société ou qu’il se réclame de valeurs moins authentiques, mais simplement parce que, à l’inverse de l’islamiste, tout a été fait pour le diaboliser, l’éliminer – parfois physiquement. Sans revenir sur le cas du FIS, il serait absurde de faire comme si soixante années de conditionnement idéologique arabo-islamique sous tutelle de l’État n’avaient aucune incidence sur le résultat des élections.

La deuxième remarque est que l’on ne semble tirer aucune leçon de notre passé récent puisque l’on admet la participation de tous les courants, y compris celle des ennemis de la démocratie, à une élection qui n’est sécurisée par aucune mesure de nature à éviter une issue qui serait fatidique à la démocratie. 

Au final, habiller le scrutin d’un pluralisme des plus factices ne sert qu’à donner une caution démocratique à l’islamisme, celle qu’octroie la prise du pouvoir par les urnes. Faut-il alors baisser les bras et se résigner à accepter la fatalité de l’islamisme comme horizon indépassable de la démocratie en pays musulman ? 
Sûrement pas. L’existence même de ce débat, encore tabou il y a peu, est une première victoire. Les échecs sanglants de l’islamisme en Algérie et partout ailleurs dans le monde dessillent les yeux d’un nombre de plus en plus grand de citoyens. 

L’avortement de ses récentes tentatives de contrôle du mouvement contraint encore davantage l’islamisme à la dissimulation, à avancer masqué et, même, à se réclamer… d’une démocratie de façade ! Il est lucide d’en prendre acte mais mortel d’en être dupe.

Chacun convient qu’il est loin le temps où les tenants de l’arabo-islamisme jouissaient d’une domination idéologique telle qu’ils pouvaient, en toute impunité, ajouter l’insulte au crime, à l’instar de Tahar Ouattar qui déclara en 1993 que l’assassinat de Tahar Djaout était “une perte pour sa famille et pour la France”. En fait, Ouattar ne fit qu’emboîter le pas à ses maîtres. Avant lui, en octobre 1989, l’imam égyptien El Ghazali avait affiché beaucoup de morgue dans des circonstances similaires.

El Ghazali est allé jusqu’à remettre en cause la légitimité de l’inhumation en terre algérienne de celui dont l’œuvre avait porté si haut le patriotisme algérien qu’il en est devenu l’incarnation incandescente : l’écrivain Kateb Yacine. Dans sa lettre “Contre Kateb Yacine” dans laquelle il se dresse contre ceux qui “tentent d’élever la bassesse de l’écrivain qui hait l’islam et l’arabisme, pour en faire un éminent penseur”, il ajoutait : “Si cela dépendait de moi, j’aurais conseillé de l’enterrer en France et non en Algérie.” Pour l’imam, “Kateb Yacine est un individu [qui] a abjuré l’islam, et son abjuration le remplit comme une bouteille de vin se remplit de souillure et de saleté”.
Et dire que sous Chadli l’auteur de cette lettre avait officié à la Télévision nationale de la pauvre Algérie des années durant, payé sur les deniers de l’État, pour formater les consciences des Algériens.

Le rappel de ces faits pas si lointains après tout ne vise pas à attiser des divisions ou à nourrir des haines entre Algériens, mais à souligner les dangers d’une idéologie qui délivre le “permis de tuer”, mieux, qui légitime le crime en en faisant un devoir dès lors que la victime, exclue de la “oumma”, est promise “au feu de l’Enfer” par Allah lui-même. Une idéologie dont le sectarisme est absolu et l’expansionnisme sans limites. 

De la Soummam à Tripoli
Est-il déraisonnable de vouloir tirer leçon de ce passif hérité de nos aînés ? De ce point de vue, la réunion du CNRA du 25 mai au 7 juin 1962 tenue à Tripoli est, avec ce qui s’est ensuivi, particulièrement édifiante eu égard aux polémiques qui agitent la scène politique aujourd’hui. Cette réunion, dite aussi “Congrès de Tripoli”, a été une telle foire d’empoigne que le président du GPRA Ben Khedda n’a trouvé d’autres moyens de préserver une unité de façade que de quitter, dans la nuit du 6 au 7 juin, Tripoli pour rejoindre Tunis sans en informer les congressistes qu’il plonge dans l’impasse.

Rancunes accumulées, rivalités exacerbées par l’imminence de l’indépendance qui allait offrir un pouvoir à prendre alimentent un magma de haines d’où émergent deux hommes, tous deux vice-présidents du GPRA, qui s’opposent en déposant deux listes concurrentes à l’élection du bureau politique du FLN. D’un côté Krim Belkacem, du groupe des 6, au maquis depuis 1947 ; mais sur le pont dès 1954, le négociateur des accords d’Évian verra son influence s’éroder au sein du FLN  à partir de 1957 jusqu’à devenir en 1962 “l’homme à abattre”(4) aux yeux de nombre de ses pairs. De l’autre côté Ahmed Ben Bella, du groupe des 9, ancien chef de l’OS, ministre d’État ; ce vieux militant relativement préservé par son emprisonnement retrouve de l’éclat à sa libération, s’affranchit des contraintes organiques et se répand en déclarations tonitruantes largement reprises par la presse.

Face à un camp frileux qui se retranche derrière des incantations à la sauvegarde de l’unité nationale, Ben Bella, en se posant comme l’homme de la “restauration arabo-musulmane”(5) dans sa campagne, est seul à afficher avec détermination une idéologie qui lui vaut le soutien indéfectible de Nasser, auquel il est totalement dévoué(6).  À l’origine de la référence à l’arabo-islamisme introduite dans le programme de Tripoli, il ne vote les résolutions du congrès qu’après avoir pris par téléphone l’avis de Nasser. 

C’est aussi auprès de ce dernier qu’il négocia – après le cessez-le-feu (avril 1962) – un approvisionnement en armement lourd(7). La première célébration de l’Indépendance organisée le 5 juillet 1962 le trouve encore… au Caire.  Alors que le chef de la Wilaya III, Mohand Oulhadj, hisse officiellement le premier drapeau national en territoire algérien sur la plage de Sidi Fredj en ce 5 juillet, Ben Bella, lui, annonce depuis la capitale égyptienne qu’il est “en train de dresser les plans de [son] action”(8). Porté par un bureau politique du FLN contesté, issu du congrès de Tripoli, s’appuyant sur l’état-major avec son armée des frontières équipée d’un armement lourd flambant neuf, Ben Bella s’ouvre la route d’Alger en marchant sur les cadavres des maquisards des Wilayas III et IV.

 


 (À suivre)

 


1- L’arabisme était le fondement de la République arabe unie (RAU) au sein de laquelle Nasser aspirait à réunir autour de l’Égypte un certain nombre de satellites. L’adhésion à cette idéologie était donc naturellement le critère discriminant du Caire pour choisir et promouvoir ses favoris parmi les dirigeants algériens. Selon ce critère, Ben Bella arrivait largement en tête devant les autres.
À Nasser qui le reçut en tête-à-tête, à l’insu de ses pairs, en avril 1962, Ben Bella réitéra “sa conviction et celle de tous ses partisans dans l’appartenance de l’Algérie à la nation arabe et dans la nécessité de renforcer ses liens avec la RAU sur la voie de l’unité”, rapporte Fathi Al Dib, le chef des services (moukhabarat) égyptiens in Fathi Al Dib : Abdel Nasser et la Révolution algérienne, éd. L’Harmattan, Paris, 1985 (p. 399).
2- En marge d’un entretien qu’il (Malik Aït Aoudia et moi-même) nous avait accordé au début des années 1990 pour le compte du journal Asalu, le premier président de la République islamique d’Iran, A. Bani Sadr, nous avait fait part de l’appréhension qu’il a ressentie dès les discussions qui ont décidé de la dénomination du nouvel État que les vainqueurs du Shah s’apprêtaient
à mettre en place. Soucieux de donner une image moderne et valorisante de leurs institutions, les révolutionnaires décidèrent de rompre avec l’idée de restauration du califat et optèrent pour une forme républicaine de l’État. Au terme d’échanges fiévreux qui durèrent plusieurs nuits blanches, un consensus semblait poindre lorsque la formule de la République islamique d’Iran allait être enrichie du qualificatif démocratique : l’intitulé “République islamique démocratique d’Iran” devait donner satisfaction à tous et lever les craintes de ceux qui nourrissaient une inquiétude sur l’avenir de la démocratie dans le nouveau régime. Se dressa alors un ayatollah qui interpella ainsi l’Assemblée : “Que manque-t-il à République islamique ? L’islam serait-il imparfait ? Qui, parmi vous, voudrait apporter un correctif à l’œuvre d’Allah ?” Un silence glacial mit un terme définitif au débat. Et Bani Sadr nous a confié que, dès cet instant, il avait été saisi d’un doute profond, avant même d’être investi de la charge de président de cette première République islamique qui allait définitivement tourner le dos à la démocratie.
3- Le directeur, auteur de cette mise au point, a réagi contre son administrateur de la page facebook de la maison de la culture Taos-Amrouche, “fautif” d’avoir reproduit une publication d’un universitaire qui a rappelé “les bienfaits” de l’invasion d’Okba. Le “coupable” a été sanctionné (cf. Liberté du 11 août 2020).
4- Harbi, Mohammed : FLN mirage et réalité, des origines à la prise du pouvoir (1945-1962), éd. Jeune Afrique, 1985.
5- Harbi, Mohammed, op. cit.
6- Lorsque les cinq responsables FLN arrêtés dans le détournement d’avion de 1956 sont invités le 31 mars 1962 dans la capitale égyptienne qui s’apprête à les recevoir en grande pompe, le refus de Boudiaf de faire partie du voyage précisément en raison du leadership que l’Égypte attribue à Ben Bella inquiète Nasser. À travers une approche ethniciste assumée, Fathi Al Dib rassure Nasser en ces termes :  “L’origine arabe des trois chefs, Ben Bella, Khider et Bitat avait créé des liens étroits entre eux. Par ailleurs, ils étaient convaincus de l’appartenance de l’Algérie
à la nation arabe. Tandis qu’Aït Ahmed, malgré des liens de parenté du côté de sa femme avec Khider, conservait son fanatisme kabyle et élevait même ses enfants dans cette voie.” Al Dib recommande toutefois de ménager Aït Ahmed afin de ne pas le pousser dans les bras des opposants à Ben Bella. Le jour de la réception, ajoute Al Dib, “Nasser, avec son bon sens naturel, avait mené la conversation de manière habile et intelligente de telle sorte qu’Aït Ahmed puisse sentir qu’il était privilégié, ce qui avait augmenté sa confiance en lui”. Mais en marge de la réception, Nasser reçoit en aparté Ben Bella à qui il apporte tout son soutien, in Fathi Al Dib, op. cit. (p. 398).
7- Le 9 avril Ben Bella lui présente la liste de l’armement lourd “mise au point par Boumediène et l’état-major” qu’Al Dib reproduit dans son livre 
(pp. 399 et 400).
8- L’Été de la discorde. Algérie 1962, Ali Haroun, Casbah Éditions, 2000, p. 83.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER