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63e anniversaire de la création du GPRA

Le Gouvernement de l’Algérie combattante

© D. R.

Par : AMIN KHAN
        AUTEUR

Le 19 septembre 1958, l’Algérie combattante proclamait, à partir du Caire, la naissance de son premier Gouvernement par la voix de son président, Ferhat Abbas. Après l’Appel du 1er Novembre 1954 qui fixe l’objectif et le moyen : l’indépendance nationale par la lutte armée du peuple algérien, après le Congrès du 20 août 1956 qui organise la Révolution, développe et consolide son assise politique, la création du GPRA procède à la rupture irréversible avec la France coloniale par l’instauration de la souveraineté nationale de l’Algérie. 

La proclamation du GPRA, suivie de la reconnaissance internationale de nombreux Etats, crée un fait historique qui s’impose au monde et, en premier lieu, à la France coloniale qui n’y pourra rien, malgré le redoublement de la violence contre le peuple algérien, que met en œuvre De Gaulle dès son retour au pouvoir en mai 1958.

L’indépendance sera obtenue (le 3 juillet 1962) grâce à la détermination et aux sacrifices (encore méconnus) du peuple algérien, et grâce à la clairvoyance et à la sagesse de ses dirigeants. En effet, malgré les dissensions, les crises, les rivalités, les luttes fratricides et les drames, les dirigeants du FLN s’avéreront capables de mener le pays à bon port. 

Lorsqu’on pense à la disparité des forces en présence, à la puissance économique, militaire et diplomatique de la France, adossée à l’Otan et à 132 ans de domination coloniale en Algérie, on ne peut que reconnaître les qualités du peuple algérien et admirer la grandeur de sa révolution. 

Ces hommes, qui ont eu l’honneur de faire partie du premier Gouvernement de l’Etat-nation algérien, sont les héritiers du long combat d’un peuple conduit par l’extrême violence de la domination coloniale au bord de l’annihilation. 

Son économie détruite, ses structures sociales brisées, sa culture écrasée et ridiculisée, ses valeurs piétinées, ce peuple est parvenu à trouver au fond de lui-même les ressources spirituelles, morales, intellectuelles et politiques pour inverser le cours d’une histoire qui semblait le destiner à subir (comme aujourd’hui les Palestiniens) le sort des Indiens d’Amérique.

Sur le plan politique ces hommes sont les héritiers du mouvement national moderne qui, depuis l’Emir Khaled et Messali, depuis l’Etoile Nord-Africaine jusqu’au Front de libération nationale, a patiemment forgé les instruments de sa libération. 

Génération après génération, le peuple algérien a produit des élites politiques qui, malgré les difficultés et un rapport des forces tragiquement déséquilibré, se sont constamment efforcées d’assumer le défi de l’existence de leur peuple, en faisant preuve de détermination et d’abnégation, mais aussi d’intelligence, de créativité, de souplesse et d’imagination.

Même si la distance entre le rêve de l’indépendance nationale et la douloureuse et déprimante réalité de l’oppression coloniale pouvait souvent paraître infinie, cela n’a pas empêché les résistants, les militants, les révolutionnaires algériens de maintenir la flamme vivante et d’avancer à travers “la nuit coloniale”. 

En septembre 1958, ces hommes, jeunes pour la plupart (la moyenne d’âge des membres du GPRA est de 39 ans), ont déjà derrière eux une précieuse expérience militante du combat et du débat politiques, de la réflexion stratégique, de la connaissance de leur société et des réalités du monde.

Quelles qu’aient pu être les problèmes surgis entre eux, et leurs limites à chacun, ils avaient eu la chance de travailler et d’agir avec des compagnons de lutte et des dirigeants de la stature de Abane, Benboulaid, Belouizdad, Ben M’hidi, Dahlab, Didouche, Lahouel ou Zighoud, pour ne citer que ceux-là... 

Au cours de leur vie militante, ils ont eu à faire des choix et des compromis difficiles. Ils ont  eu  à  assumer  des  décisions  tout  aussi difficiles. Mais, finalement, la valeur de ces hommes s’est révélée dans l’épreuve de la révolution. La création du GPRA ne limitait pas l’ambition de la révolution à l’instauration de la souveraineté nationale. 

Comme le soulignait Hocine Aït Ahmed, à l’occasion du 50e anniversaire de sa création :  “Parmi les raisons multiples qui ont conduit à la proclamation du GPRA, il est nécessaire de rappeler la protection et le respect des droits de l’Homme. Dans notre souci politique, le GPRA avait l’ambition de faire appliquer les conventions de Genève, pour protéger notre population et nos combattants, pour interdire les bombardements de villages, pour interdire la prise d’otages et les représailles collectives, pour le respect du soldat, pour sauver nos jeunes de la guillotine, nos cadres de l’assassinat…”

D’emblée, le GPRA se conçoit donc comme instance de direction de la guerre, de l’Etat et de la révolution. Et la complexité des tâches qui découlaient de ces responsabilités n’aurait pu être appréhendée et gérée sans le déploiement de grands talents politiques.

Faire face à l’intensification de la guerre, au Plan Challe, à la fermeture des frontières par la ligne Morice, à la pénurie en armes et en argent des maquis, à la fatigue d’une population éprouvée comme jamais, aux influences et aux pressions plus ou moins amicales de l’Egypte, de la Tunisie et du Maroc, à la diplomatie française et à ses négociateurs, n’aurait pas été possible autrement. 

Malheureusement, victimes de l’occultation de l’histoire par le régime, les 45 millions d’Algériens d’aujourd’hui ignorent, et donc ne peuvent vraiment apprécier la valeur de la révolution, celle de ses dirigeants, ou encore celle des 9 millions de leurs compatriotes de l’époque. 

Et savent-ils que, pour que l’indépendance, si chèrement acquise, continue d’avoir un sens dans le monde d’aujourd’hui et de demain, le peuple algérien doit renouer avec les valeurs essentielles de la révolution, les mêmes valeurs qui lui permettront de construire l’Etat de droit, un Etat pleinement souverain et démocratique ?    

De façon dramatique, la victoire de l’Algérie combattante sous la direction du GPRA en 1962 s’accompagne d’une défaite politique de grave conséquence, durable jusqu’à nos jours, puisque le GPRA se divise et éclate en violences fratricides au moment même de la victoire et de l’indépendance.

Cette scission violente de la direction de la Révolution est l’aboutissement des tensions, des rivalités, des conflits et des contradictions qui ont miné la Révolution dès 1954, entre ceux qui voulaient déclencher l’insurrection le plus rapidement possible et ceux qui souhaitaient disposer de plus de temps afin d’assurer une meilleure préparation, entre ceux qui souhaitaient associer les Centralistes, les Udmistes et les Oulémas et ceux qui souhaitaient que la direction de la Révolution reste entre les mains des anciens de l’OS et du PPA, entre “ceux de l’intérieur” et “ceux de l’extérieur”, entre “politiques” et “militaires”, entre “Kabyles” et “Arabes”, entre régions ou entre tribus, entre individus en compétition pour le “pouvoir”… Il est remarquable que, malgré tout, c’est la dynamique de la révolution qui a prévalu sur les conflits internes, et que ceux-ci, même si parfois “réglés” dans le sang, n’ont pas dégénéré au point de la remettre en cause.

Et ceci, probablement du fait que les archaïsmes présents dans la culture des combattants et des dirigeants étaient “contrebalancés” chez eux par la vigueur des valeurs forgées dans une pratique militante moderne et démocratique acquise dans les partis et les associations, où la légitimité politique s’obtenait, essentiellement, par la capacité de convaincre. Si la dynamique de la Révolution et la qualité de ses dirigeants ont permis la conquête de l’indépendance nationale, depuis, les conditions historiques ont changé, dans le sens de la difficulté et de la complexité. 

Aussi, la réduction décisive des archaïsmes, un progrès radical de la culture politique démocratique dans la société, s’avère aujourd’hui absolument nécessaire, non seulement au développement de l’Algérie, mais à son existence même, en tant qu’Etat-nation pleinement souverain et indépendant.

Ce défi à relever, aujourd’hui, comme hier ou demain, c’est celui de la légitimité. Car fondamentalement, c’est la légitimité du combat pour l’indépendance, et la légitimité de ceux qui l’ont mené, qui ont permis l’accomplissement de ce grand moment historique. 

Le premier Gouvernement provisoire de la république algérienne
-Ferhat Abbas, Président        
-Belkacem Krim, vice-président et ministre des Forces armées        
-Ahmed Ben Bella, vice-président                                                       
-Hocine Aït Ahmed, ministre d’Etat Rabah Bitat, ministre d’Etat
-Mohamed Boudiaf, ministre d’Etat
-Mohamed Khider, ministre d’Etat
-Lamine Debaghine, ministre des Affaires extérieures                           
-Mahmoud Chérif, ministre de l’Armement et du Ravitaillement          
-Lakhdar Bentobbal, ministre de l’Intérieur                                       
-Abdelhafid Boussouf, ministre des Liaisons générales et des Communications     
-Ahmed Francis, ministre des Finances 
-Abdelhamid Mehri, ministre des Affaires nord-africaines                          
-M’hamed Yazid, ministre de l’Information                                      
-Benyoucef Benkhedda, ministre des Affaires sociales                               
-Tewfik El Madani, ministre des Affaires culturelles                           
-Lamine Khène, Secrétaire d’Etat                 
-Omar Oussedik, Secrétaire d’Etat
-Mustapha Stambouli, Secrétaire d’Etat


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