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A la une / Contribution

Après l’agression à l’arme blanche dans un lycée d’Oran

L’école algérienne : entre le marteau et l’enclume

Trop d’agressions violentes ont été renregistrées ces derniers temps dans les établissements scolaires. ©D. R.

L’agression à l’arme blanche d’un élève à l’encontre de son camarade de lycée à Bousfer, dans la wilaya d’Oran, a malheureusement entraîné le décès du lycéen. Mais cet acte n’est pas unique en Algérie !

Les enquêtes et les sondages d’opinion montrent que “les actes de violence” sont en vigueur au sein des établissements scolaires. Mais les causes de ces actes divergent d’un milieu à l’autre, incitant à rechercher des solutions susceptibles d’éradiquer cette calamité. D’abord, la démission des parents dans l’éducation des enfants, aggravée par le chômage et la pauvreté de ces derniers, à l’origine de leur renoncement, qui favorise les comportements violents à l’école et la délinquance juvénile. Ensuite, la violence ne se limite pas aux élèves eux-mêmes, elle arrive aussi à impliquer le corps éducatif, surtout les enseignants, dans ce gouffre. En effet, l’absence de communication entre professeurs et élèves, due surtout au conflit de générations, peut entraîner une certaine incompréhension qui aboutira à des paroles ou des gestes grossiers. Aujourd’hui, “55% des cas de violences physiques ou verbales sont enregistrées au sein même des établissements contre 45% dans l’espace environnant des écoles”, et 74% des cas ont été enregistrés en milieu urbain contre 26% en milieu rural. Autrement dit, c’est en ville que les élèves, ainsi que les professeurs, subissent le plus de violence. Cette tendance serait notamment liée à l'environnement social, à la situation démographique et aux contextes économique et culturel dans lesquels ils évoluent. Face à un tel constat, nul ne sera surpris d’apprendre qu’Alger et Oran détiennent le pourcentage le plus important de violences scolaires, avec 20% de cas enregistrés.
À qui la faute ?
Le rapport révèle qu’entre septembre 2014 et mai 2015, 1 000 cas d’agressions verbales ou physiques enregistrés ont entraîné des blessures, voire la mort. Dans la même période, pas moins de 25 cas d’enlèvement ont été déclarés un peu partout à travers les établissements du pays. Des chiffres qui donnent froid au dos, lorsqu’on sait que ces actes ont lieu dans ou à proximité d’établissements censés éduquer les futures générations.
Il devient manifestement urgent de restituer une place primordiale à l’éducation civique dans les curricula scolaires et protéger les établissements.
Les rares fois où l'on aborde le sujet de la violence à l'école, une question revient avec insistance : à qui la faute ? À défaut d'assumer leurs responsabilités, les acteurs du système scolaire essaient de s'innocenter, sinon de s’accuser mutuellement. La violence à l'école est la conséquence d'un processus, d'une politique, d'un système dont les acteurs assument tous une part de responsabilité. Si aujourd'hui l'école publique véhicule une image plutôt négative, c'est que cela est peut-être voulu. Nous avons tendance à isoler l'école de son environnement. On oublie souvent que l'école reflète, d'une manière ou d'une autre, tout ce qui anime ou agite la société, qu’elle soit japonaise, américaine, française ou algérienne.
L'école publique est dépréciée par les parents, contestée par les élèves, critiquée même par les enseignants, dénigrée par la société, mise sur la sellette par les médias… Même le statut de l'enseignant, jadis un personnage respecté pour son savoir et sa “sacralité”, est attaqué. Aujourd’hui, il y a des parents qui menacent les enseignants, au moindre problème avec leurs enfants, sans être inquiétés. Les classes sont pires que des écuries, l'environnement immédiat du lycée est investi par les dealers et les clochards, les familles des élèves viennent voir les enseignants rien que pour les insulter, la direction est quasi absente…

Le constat est alarmant
Les professeurs ne sont pas des adversaires, des dictateurs ou des tyrans ; ils sont là pour accompagner les élèves tout au long de leur scolarité, même dans les moments les plus difficiles. Il est vrai que la déscolarisation progressive de l'école tend à la transformer en lieu de gestion des populations et non plus de transmission du savoir. Mais, il y a des profs malhonnêtes qui agressent verbalement et physiquement leurs élèves. Ceux-là sont une minorité face aux profs honnêtes qui aiment leur métier et qui sont violemment agressés par des élèves en mal-être.
Il y a aussi des élèves, à l'âge difficile de l'adolescence, qui cherchent à provoquer la peur chez leurs enseignants. Il est difficile de gérer des jeunes qui vivent de sérieux problèmes dans leurs propres familles. En période des examens, la violence bat son plein. Pour une bonne partie des élèves, la fraude est devenue le chemin le plus court vers la réussite. Avec un programme chargé, face à des modes d'examen qui favorisent la mémorisation et le “par-cœurisme”, et surtout dans une société qui ne récompense pas le mérite et les méritants, les élèves recourent à la triche. Les enseignants et les surveillants sont souvent victimes de leurs “prises”. À la fin des épreuves, ils se font agresser à la sortie des établissements par les élèves qu'ils ont dénoncés. L'école publique cesse alors d'exercer ses effets éducatifs, cognitifs, psychopédagogiques et civiques ; elle renonce aussi à son rôle. Adieu l'égalité des chances !
La vente des drogues à proximité des écoles constitue l’un des plus grands dangers auxquels doivent faire face les décideurs publics. Car il s’agit d’un dossier transversal qui dépasse la compétence du seul ministère de l’Éducation nationale. En effet, plusieurs observateurs ont pointé du doigt la grande présence des dealers à proximité des écoles, et ce que cela engendre en termes d’augmentation du niveau de la violence. Depuis toujours, les écoles ont constitué des lieux de socialisation et de régulation des conflits. Mais, aujourd’hui, les structures scolaires, au même titre que les familles et les quartiers, sont en crise et ne semblent plus être capables de jouer ce rôle ; ce qui explique la montée du sentiment d’insécurité et de violence au sein même de l’école. Maintenant, la violence dans les établissements n’est plus l’affaire du ministère de l’Éducation mais de tout le gouvernement, car l’avenir du pays est en jeu. D’où la première priorité d’installer un programme pour combattre ce fléau, avant d’entamer une refondation de l’éducation pour que celle-ci produise un Algérien digne, civilisé et non violent.

Nécessité d’un programme gouvernemental
Le lancement d’un programme pour protéger les écoles et lycées contre la violence, les agressions et les enlèvements est imminent. Pour cela, le gouvernement doit envisager de recruter des gardiens, placer des caméras de surveillance dans les environs de l’établissement connectées à l’établissement et au commissariat le plus proche, ainsi qu’à l’intérieur des établissements, dans les couloirs et dans la cour. Sans oublier de multiplier des patrouilles de surveillance sécuritaire devant ces établissements. Ce programment doit, en outre, comporter le volet pédagogique qu’il faut “rendre” à l’enseignant et à l’établissement, multiplier les sorties culturelles et sportives (en condamnant juridiquement toute obstruction de la part de certains enseignants). Il est également important de penser à créer des établissements pour les enfants difficiles, qui seront encadrés par des psychologues et de nouveaux centres de formation pour orienter les élèves incapables de suivre les rythmes scolaires. Et ce, tout en se penchant sur un projet de loi criminalisant les agressions contre les établissements scolaires. Par ailleurs, ce programme doit prévoir la révision du volume horaire de l’élève, avec un allégement de l’heure de cours à 45 minutes,  l’amélioration des conditions des élèves, à travers le développement de la sécurité sociale et  l’institution de l’accompagnateur scolaire, avec le recrutement de psychologues, la détection des épidémies et maladies contagieuses en milieu scolaire et l’inscription des interventions d’urgence pour la maintenance et la restauration des établissements scolaires, de même que l’amélioration des services dans les foyers et restaurants des écoles rurales ou celles situées à l’intérieur du pays. Il est essentiel de revenir à l’enseignement civique du primaire au secondaire et de redonner au conseil de discipline de l’établissement toute son autorité. D’autres aspects, qui ne sont pas des moindres, doivent aussi être pris en compte, comme par exemple le fait de connecter les établissements scolaires à internet et la création de bibliothèques numériques dans les établissements pour empêcher le recours aux cours particuliers. Enfin, il est nécessaire de lancer un vrai dialogue sociétal sur la refonte du système éducatif avec la participation de toutes les parties concernées. Les choses doivent changer !

H. B.
Professeur de mathématiques au lycée colonel Lotfi d’Oran et porte-parole national du Conseil des lycées d’Algérie (CLA)


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