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Contribution

L’École nationale supérieure vétérinaire d’Alger sans animaux… une aberration

“L’aberration, ce n’est pas l’erreur humaine, c’est la constance dans l’erreur.” Anonyme

Une école vétérinaire sans ferme pédagogique d’animaux, est-ce possible ? Eh bien oui, c’est possible en Algérie ! Comme il est possible de rester impassible devant les scandales de différentes natures qui ont secoué notre pays avec toute l’impunité qui va avec. Autant d’aberrations… L’aberration relative à l’École nationale supérieure vétérinaire d’Alger (ENSV) que je souhaiterais évoquer perdure depuis… plus de 40 ans. Elle est, sans cesse, rappelée par le réflexe, gênant, de recherche d’odeur d’animaux exprimé par toute personne de bonne constitution mentale pénétrant cette école.
Gênant !! Parce que cette odeur y est, malheureusement, inexistante, du fait de l’absence de ferme. Oui, une absence flagrante dans la première institution censée fournir au pays les meilleurs cadres qui auront à veiller sur la santé animale et donc la santé publique, rendant ébahis les personnes foulant son sol, pour la première fois, notamment les enfants (d’enseignants en général) désirant approcher des animaux et les délégations étrangères collaborant avec l’institution.
L’aberration est d’autant plus intense qu’une nouvelle et plus grande école, située à Oued Smar, non loin de l’USTHB, annoncée en grande pompe pendant des années (elle a été achevée en 2013 et occupée depuis 2014, sans être, à ce jour, officiellement inaugurée par les autorités…une autre aberration !), sans qu’on ait réfléchi à dégager un espace pour une ferme abritant les animaux considérés comme la substance essentielle dans la formation du vétérinaire. De ce fait, cette substance est quémandée, je pèse bien mes mots, pour les besoins pédagogiques du futur vétérinaire, auprès des responsables des fermes privées, dont l’accès dépend, la plupart du temps, du bon vouloir de tel ou tel enseignant ayant des entrées dans ces fermes. Cette substance est aussi recherchée dans certaines institutions de l’État gérant des domaines liés, en bonne partie, à la formation des vétérinaires.
À ce niveau, malgré les conventions, l’accès aux animaux dépend, encore une fois et en général, de la bonne volonté du responsable en place et ses relations avec le directeur de l’école du moment. Au niveau des abattoirs proches de l’ENSV (Ruisseau, El-Harrach, Eucalyptus) ce contexte anti-pédagogique est encore pire ! Car les animaux sont gérés par des maquignons (sans connotation péjorative, quoique...) qui font la loi, laissant rarement les étudiants approcher leurs “marchandises”, et ce, sous le regard impuissant des responsables.
Pourtant, l’abattoir est l’endroit où l’étudiant vétérinaire se sent le plus à l’aise quant à l’apprentissage pratique d’une bonne partie de son métier, notamment les procédures d’inspection (ante-mortem et post-mortem de l’animal) nécessaires à la préservation de la santé publique, du fait que les animaux réformés sont destinés à l’abattage. Pour faire un parallèle et être plus explicite, imaginez une école d’informatique, comme l’ESI (Ecole supérieure d’informatique d’Alger), dépourvue d’ordinateurs et que pour les besoins pédagogiques, les étudiants, menés par un enseignant, s’adressent au cybercafé du coin pour faire des travaux pratiques, et ce, au cas où les places seraient disponibles et les ordinateurs fonctionnels. Pour ne pas dire une stupidité, vous conviendrez que cette situation est plus qu’une aberration ! Eh bien, c’est cette aberration qui frappe depuis longtemps et de plein fouet l’ENSV d’Alger. Pour rester dans le domaine de l’informatique et à l’ère de l’expansion des TIC (technologies de l’information et de la communication), il faut savoir que dans les écoles vétérinaires des pays avancés, l’incontournable ferme, qui occupe le quotidien de l’étudiant, est désormais informatisée et les vaches sont… “connectées”.
En effet, au-delà du maniement de l’échographe pour suivre l’évolution de la portée d’un animal ou encore des appareils ultrasoniques servant au dépistage des maladies via les supports numériques, cet apprentissage s’avère d’un grand apport à l’industrie agroalimentaire, telles que la production et la transformation laitières et la conserverie. Voilà un autre exemple de la fracture numérique qui sépare notre pays de ceux qui projettent l’avenir. Manifestement, elle se déploie même dans le domaine de la santé animale. Par ailleurs, il est difficile pour un directeur de l’ENSV, si tant est qu’il y en ait eu des tentatives, d’exposer le problème de la ferme aux autorités, dans la mesure où il faut du temps et un dévouement total pour faire aboutir le projet avec toute la mobilisation des différents secteurs que cela implique : l’enseignement supérieur, l’agriculture, les finances, les domaines sans oublier… l’inconditionnel appui politique. Qui de tous les directeurs nommés jusqu’à récemment aurait risqué de s’aventurer dans cette complexité ?
Pour cause, ils sont rares les directeurs qui se sont succédé à la tête de cet établissement qui ont occupé ce poste plus de 4 années, et ce, depuis la création de l’École nationale vétérinaire d’Alger (ENV) en 1970. Les trois ou quatre directeurs qui ont passé plus de temps n’avaient, peut-être, pas le dévouement nécessaire pour ce projet ou réduisaient leurs missions (administratives et techniques) à une simple gestion de carrière.

Une formation sans fondamentaux…. un gâchis
Issu de cette formation, le vétérinaire sortant de l’ENSV ne sait plus où donner de la tête. Il doit trimer encore des années en butinant de ferme en ferme privée et d’écuries aux rares clubs cynophiles, pour acquérir, sur le tas, les réflexes les plus élémentaires du métier, notamment l’approche de l’animal. Et pourtant, l’abord de l’animal, qui a fait tant défaut au jeune vétérinaire le long de son apprentissage, fait partie des fondamentaux que tout étudiant en médecine vétérinaire doit acquérir.
Malheureusement, l’approche de l’animal est, pour le vétérinaire fraichement sorti de l’ENSV, le premier “os’’ qu’il aura à surmonter sur les différents champs, car durant les cinq années passées dans cette école, les occasions d’approcher et d’apprivoiser les diverses espèces animales se comptent sur le bout des doigts. Ce problème est d’autant plus important pour le jeune vétérinaire qui choisirait de s’installer à titre privé pour exercer sa profession, même si, par ailleurs, ce choix se fait de plus en plus rare de nos jours. En effet, n’ayant pas d’autre alternative faute de postes budgétaires dans le secteur public, dans la grande majorité les vétérinaires de la dernière décennie s’engagent au sein des firmes pharmaceutiques (actuellement en difficultés…manque de bol !!) en qualité de délégué médical, ceci, s’ils ne changent pas, carrément, de métier dans l’espoir d’avoir une meilleure position sociale. Quel gâchis !!!
Et dire qu’à chacune de leurs sorties, les membres du gouvernement, relayés par les chefs des organisations patronales, ont pour leitmotiv les nouvelles orientations économiques de l’État qui se tournent vers le développement de toutes les filières agricoles et agroalimentaires. Bien évidemment, ce changement de cap ou, plutôt, ce retour aux sources, dans un pays connu, traditionnellement et socio-économiquement, pour sa vocation agropastorale, est dicté par cette période de “vaches maigres” que nous traversons actuellement et motivé par le souci de faire sortir le pays de sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. Or, peut-on garantir et développer des programmes qui permettent d’intensifier nos ressources animales sans assurer une bonne couverture sanitaire à ces dernières ? Pour rappel, la facture d’importation du lait et des matières grasses laitières continue de saigner les caisses de l’État, même si, sur le plan officiel, on affirme une baisse de 30% pour l’année 2015, alors qu’au même moment la “matière grise” permettant d’avoir un taux de “matière grasse” locale, meilleure et salubre surtout, ne dispose même pas de substance essentielle, la vache en l’occurrence. Peut-on alors rêver de période de “vaches grasses” sans garantir une bonne formation aux professionnels qui auront la charge technique et scientifique d’orienter ces vaches vers la production laitière et/ou carnée mais aussi de veiller, avec des actions qui s’articulent autour des services de l’État, sur leur santé. La FAO et l’OMS, les deux organisations mondiales qui veillent sur la santé de l’homme et des différentes communautés, affirment qu’un État ne peut assurer, entièrement, sa sécurité alimentaire sans garantir, au préalable, la sécurité “sanitaire’’ des aliments qu’il produit. Pourtant, sur ce point précis, le vétérinaire a un rôle primordial dans la société. Il est le premier maillon de la chaîne du contrôle de la salubrité de l’aliment d’origine animale destiné à l’humain. Dieu seul sait combien nous avons besoin du vétérinaire aux postes-frontières, notamment au niveau des ports et des aéroports, vu notre dépendance criante vis-à-vis des importations.

Une omniprésence  : “de la fourche à la fourchette” et “de l’étable à la table”
Par ailleurs, spécialiste de la médecine et de la chirurgie des animaux, le vétérinaire est un élément clef dans la prévention des maladies et autres zoonoses dangereuses comme la rage, le kyste hydatique, la tuberculose, la toxoplasmose et la brucellose pour ne citer que ces dernières. Sa présence est incontournable dans les haras et certaines institutions de l’armée, telle que le régiment de cavalerie de la Garde républicaine, ou la moindre boiterie et autres vices rédhibitoires du cheval est signe de l’inaptitude médicale de ce noble animal aux représentations protocolaires et de souveraineté nationale. Technicien de la production et de la reproduction des animaux, il est incontournable dans l’amélioration de la croissance et la production des différents cheptels (aviaire, bovin, ovin, camelin, caprin et équin).
Hygiéniste au niveau des collectivités locales, le vétérinaire veille aussi sur notre alimentation lorsqu’on sait que le nombre de toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) enregistré à travers l’ensemble du territoire national ne cesse d’augmenter ces dernières années.
Auprès de l’éleveur, le vétérinaire gère aussi bien les questions d’hygiène et de nutrition que celles relatives à la productivité et à la rentabilité. Dans l’industrie agroalimentaire, il participe à l’élaboration de nouveaux produits destinés à la consommation humaine ou animale. Son implication sera au premier plan au cas où l’Algérie signerait les accords avec l’Union européenne, synonymes d’applications strictes du Codex alimentarius et des normes HACCP pour l’industrie agroalimentaire.
Dans les laboratoires pharmaceutiques, il intervient comme spécialiste dans la fabrication de médicaments mais aussi dans le contrôle de l'application des procédures de pharmacovigilance, lorsqu’on sait que le commun des Algériens affirme aujourd’hui que le poulet est “bourré’’ d’antibiotiques.
Le vétérinaire est aussi directement concerné par la préservation génétique des races et des variétés locales de certaines espèces animales à plus forte raison que l’Algérie dispose d’un patrimoine naturel très diversifié.
D’ailleurs, le célèbre physiologiste Ivan Pavlov a bien indiqué la noblesse de ce métier en disant : “Si le médecin soigne l’homme, le vétérinaire soigne l’humanité”, tandis qu’une métaphore illustre la forte implication du vétérinaire dans la continuité d’une chaîne conduisant de l’élevage à la consommation des denrées d’origine animale et qui permet, en une expression triviale, d’envelopper une multitude d’interrelations : “de la fourche à la fourchette” ou encore “de l'étable à la table”.
Est-il donc logique de priver un professionnel de la santé animale, de surcroît, issu de la première école vétérinaire à l’échelle nationale, de se familiariser avec l’animal ? Malgré l’importance dont jouit son domaine, le vétérinaire local sortant se désengage, quand même, et s’éloigne, en général et de plus en plus, de son métier. Est-ce parce que la formation telle qu’elle se présente localement ne lui donne pas envie de persévérer dans son domaine avec toute la passion qu’il faut ?
Comment cela pourrait être le cas, me diriez-vous, en l’absence de la substance la plus élémentaire, l’animal, durant presque toute la période de sa formation qui s’étale sur 5 ans au lieu de 6 à 7 ans comme il se fait partout ailleurs…encore une autre aberration !


 A. L.  
lamara_fr@yahoo.fr
(*) Enseignant de l’ENSV


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