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Contribution

L’économie algérienne à l’épreuve de Marsyas !

© D.R.

À ce jour, seuls les décideurs politiques ont eu trop de gain de parole ; on oublie qu’il y a d’autres énergies que l’on n’a pas assez écoutées, à l’image des producteurs de richesses et de savoir.

De par le monde, pourtant, c’est la règle : les économistes sont appelés, et aussi payés, pour faire des analyses, et les gouvernants, notamment les exécutifs, se chargent de l’habillage politique des mesures qui sont préconisées par ces détenteurs de savoir, nonobstant leur idéologie, car il n’y a pas d’économie de gauche ou de droite, de la majorité au pouvoir ou de l’opposition ; la stratégie économique ne peut être que bonne ou mauvaise !
Et au moment même où des voix d’état-major politiques et de journalistes affidés s’élèvent pour dire que le temps n’est plus aux “expertises” et que le régime du pouvoir en place “doit partir”, le Premier ministre Abdelmalek Sellal annonce la tenue d’une réunion avec le Cnes, le 20 septembre.
Le Cnes, ce conseil en hibernation depuis 2011 où il a eu à discuter ou à conjecturer pour reprendre sa sémantique, avec des organisations locales de la société civile, est aujourd’hui requis pour donner son point de vue sur la crise.
Par la voix de son président, il a répondu présent et projette, d’ores et déjà, de réunir tout ce que l’Algérie compte d’experts de renom, pour un débat d’idées et, plus encore, avancer des propositions à même de permettre au pays d’affronter les temps de disette qui lui sont promis.
Le Premier ministre s’en remet, en fin de compte, au Cnes et aux scientifiques ; il a été obligé de changer de braquet, après avoir pris tout de même toutes les mesures pour atténuer les tensions budgétaires subies par le pays : bancarisation de l’argent de l’informel, réduction des importations, généralisation de la règle du 51/49 à tous les secteurs, y compris le commerce du détail. Il a aussi admis que la crise est sérieuse et que la baisse du pétrole s’inscrit dans la durée. Le langage de vérité, se sont dits certains.
A priori, cela ne lui a pas suffi, lui qui se voit contraint de regarder du côté des experts et des universitaires, desquels il espère quelques solutions “miracles”. Il s’emploie, dit-on, à travers une “veille stratégique” qui ne dit pas son nom, à étudier toutes les contributions qui se publient, spontanément, dans la presse nationale.
Seulement voilà, beaucoup parmi ces gens du savoir font plus dans la rhétorique et la sémantique que dans l’analyse objective, sereine et sans complaisance du tableau de bord de l’économie du pays et de ses perspectives.
Presque toutes leurs expertises se rejoignent, en ce sens qu’elles gravitent essentiellement autour de la révision des subventions et des transferts sociaux, de sorte qu’ils soient ciblés pour profiter aux catégories les plus démunies, la révision de la règle du 51/49 pour favoriser les investissements étrangers, la consécration effective de la liberté d’entreprendre, en supprimant notamment l’autorisation préalable du CNI pour tout projet supérieur à 15 milliards de dinars, la débureaucratisation, la révision de la fiscalité, la libération des prix, l’arrêt du processus d’adhésion à l’OMC, la sortie de la Zale et l’abolition de l’Accord d’association avec l’Union européenne.
Question : Sellal va-t-il faire cause commune avec toutes ces thèses libérales et les potions amères de leurs auteurs, ou s’en tenir à sa politique de “rationalisation des dépenses” différente selon lui de “l’austérité” ? Le temps nous le dira, même si les premiers signes de la politique d’austérité sont palpables avec la réduction du budget de fonctionnement de 2016 de 9%, voire plus, des coupes budgétaires en cascade, le gel des recrutements et la renonciation à des projets d’équipements structurants !
En attendant, d’autres idées et autant de pistes de sortie de crise émergent çà et là, et commencent à susciter quelque intérêt.
Il y a celles de Nabni et aussi du FCE.
D’autres intellectuels aussi affûtés évoquent la nécessité d’installer, partout, “l’intelligence économique”, ce mode de gouvernance universel fondé sur la maîtrise et l’exploitation de l’information stratégique pour créer de la valeur durable.
On parle aussi du “tout Maghreb”, par opposition au “non Maghreb” !
La somme de 100 milliards de dollars supplémentaires par an a été par exemple énoncée ! Elle correspondrait à des bénéfices qu’auraient pu engranger les économies du Maghreb à l’horizon 2015, si leurs pays cessaient de se regarder en chiens de faïence et décidaient, enfin, de coopérer ! L’information, rapportée par l’hebdomadaire Jeune Afrique, est imputée à Abderrahmane Hadj Nacer, l’ancien gouverneur de la Banque centrale d’Algérie et fervent partisan de l’UMA qui, hélas, s’est révélée incapable de s’affirmer comme ensemble régional. Pas plus politique qu’économique !
Pourtant, l’Union promise était riche de promesses à sa naissance : “Union douanière” dès 1995, puis “Marché commun” à l’horizon 2000. À l’image de l’Union européenne ! Plusieurs années sont passées depuis, et les économies du Maghreb continuent d’avancer en ordre dispersé, malgré quelques rares initiatives comme la création d’une “Union maghrébine des employeurs” (UME) en 2007 et d’une “Union maghrébine des foires” en 2008, qui a tenu son premier salon à Alger.
Le bilan est bien maigre, ce qui avait alarmé le patron du FMI d’alors, Dominique Strauss-Kahn, qui, en 2008, lors d’une escale à Tripoli a appelé “à accélérer la réalisation de l’intégration économique des pays de la zone”.  Paradoxe, les économies du pays du Maghreb s’avèrent, davantage, tournées vers l’Europe que vers leurs voisins directs. Plutôt aussi que de négocier, en force, avec l’Union européenne, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie ont fait cavalier seul, sans pour autant en tirer des avantages commerciaux et douaniers.
Ce n’est quand même pas compliqué de s’appliquer à eux-mêmes les relations commerciales et douanières qu’ils ont avec l’UE, s’est étonné DSK à Tripoli.
La zone maghrébine a pourtant de quoi séduire, elle offre un marché de 100 millions de consommateurs à l’horizon 2020 ! Sauf que les dures réalités du terrain freinent toutes les initiatives : marchés aux besoins mal identifiés, lourdeurs bureaucratiques, barrières tarifaires, systèmes bancaires peu concurrentiels et donc faible soutien à l’investissement productif !
Réaliser la communauté économique maghrébine ferait gagner à ses membres une valeur ajoutée annuelle d’environ 10 milliards de dollars, soit l’équivalent de 5% de leurs produits intérieurs bruts cumulés (paroles d’experts !).
Actuellement, d’éminents universitaires de la Méditerranée, dont le professeur algérien Abderrahmane Mebtoul, tentent de relancer le débat et d’attirer ainsi l’attention des décideurs sur les avantages d’un Maghreb uni. “Il serait suicidaire pour chaque pays du Maghreb de faire cavalier seul”, relève le professeur qui affirme que “l’intégration économique régionale est une nécessité historique”. “Et sans inclusion euro-méditerranéenne, le Maghreb serait bien davantage ballotté par les tempêtes du marché, avec le risque d’une marginalisation croissante ; une sortie des radars de l’histoire”, a prédit l’éminent professeur, qui a ajouté : “On peut faire avancer l’intégration maghrébine par des synergies cultuelles et économiques comme cela s’est passé entre l’Allemagne et la France, grâce au programme Schuman du charbon et de l’acier.”
Par exemple, et les exemples sont nombreux entre tous les pays du Maghreb, la combinaison du gaz algérien et du phosphate marocain, au moyen de co-partenariats internationaux bien ciblés, permettrait de créer une des plus grandes entreprises d’envergure mondiale d’engrais, selon les experts, comme le professeur Mebtoul.
Ces derniers recommandent également la redynamisation de la Banque maghrébine d’investissement, la création d’une “monnaie maghrébine”, à l’image de l’euro européen, ainsi que la mise en place d’une “bourse maghrébine” qui devrait s’insérer, “horizon 2020”, au sein du projet de création de la bourse euro-méditerranéenne.
Tous ces projets, s’ils étaient mis en œuvre, contribueraient, à coup sûr, à la prospérité du Maghreb et de ses habitants.
Certes, c’est encore un rêve, diront certains, au regard des obstacles de toutes natures qui ne sont pas à négliger. Le business peut faire, dit-on, ce que les politiques ne font pas ! Mais ce projet de l’UMA ne mobilise guère les dirigeants politiques ou peu ou prou !
Malgré les déclarations qui affectent un positivisme de façade et les échanges épistolaires des plus denses entre les autorités, les raisons de la discorde entre pays voisins demeurent les plus fortes.
Et pourtant, il y a des choses à faire ! Il y a de l’espace, par exemple, pour “la diplomatie économique”, le Maghreb ayant toutes les potentialités pour devenir un pivot stable. Et aussi pour traiter, d’égal à égal, avec l’Europe et la Chine, par exemple.
La diplomatie économique, en France, est le fer de lance du ministère des Affaires étrangères. Laurent Fabius s’en occupe personnellement. Qu’on se rappelle ses déplacements en Algérie pour promouvoir le partenariat signé avec Renault et l’enthousiasme qu’il a mis pour faire aboutir le contrat !
En attendant, crise du pétrole ou pas, beaucoup trouvent insensé que l’on continue à le pomper de façon frénétique pour payer la facture alimentaire, sans penser aux générations futures. En ces temps de crise, le gouvernement, qui compte sur les “walis managers” pour créer de l’investissement, booster l’emploi et tirer la croissance vers le haut, ne pense qu’à réduire les dépenses de l’importation. De combien de temps dispose-t-il pour, raisonnablement, “rationner” celles-ci, sans détruire en même temps des activités économiques connectées au commerce extérieur et, partant, mettre en difficulté les quelques PMI/PME qui contribuent à la croissance, malgré toutes les vicissitudes ?
En définitive, et comme chacun le sait, l’austérité ne convient pas à la croissance, n’en déplaise à tous ceux qui prônent ce mode de gestion économique, et beaucoup se souviendront, peut-être, de ce qu’il advint dans la mythologie grecque au malheureux Marsyas.
Pour avoir laissé entendre qu’il pouvait rivaliser avec le dieu Apollon, ce dernier lui lança un défi impossible à relever : il lui fallait à la fois jouer de la flûte et chanter dans le même mouvement !
Bien sûr, Marsyas n’y parvint pas, et pour bien montrer aux autres créatures que l’on ne pouvait, impudemment, le contredire, Apollon se vengea en l’attachant à un pin, avant de l’écorcher vif et de clouer sa peau près d’une grotte (***).
Jouer de la flûte et chanter en même temps, quelle idée ! C’est un peu comme si on lançait comme défi à une nation de sacrifier à la fois à l’austérité et de produire de la croissance !


C. A.
(*) Cadre supérieur en retraite
Cherif.ali42@gmail.com
Renvois :
(**) Outoudert Abrous. Edito/Liberté.
(***) J. Macé-Scaron Marianne.  


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